Chroniques sahéliennes : LES MENDIANTS

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Les mendiants, il en est beaucoup question depuis qu’en début 2022, les réseaux sociaux ont été enflammés par les images de hordes de quémandeurs nigériens envahissant le centre-ville de Dakar (Sénégal), et prétendant être là pour des raisons qui n’ont convaincu personne. Ces images, et surtout les mensonges qui les entouraient, ont indigné tous nos compatriotes et amené le gouvernement à affréter un avion gros porteur pour rapatrier lesdits mendiants à Niamey d’abord, puis dans leurs terroirs respectifs des départements de Kantché et Magaria.

En réalité, ce n’est pas la première fois que le département de Kantché fait parler de lui sur ce bien triste phénomène : en 2013, plus de 90 corps d’une colonne humaine provenant de ce département ont été retrouvés dans le désert du Ténéré. En route pour l’Algérie, où elles s’adonnent à la mendicité, ces personnes, abandonnées par leurs guides (des trafiquants, en fait) ont succombé à la faim et à la soif.

Autre lieu, même drame : à Niamey, tous les carrefours de la ville sont quotidiennement, nuit et jour, pris d’assaut par des nuées de mendiants de tous âges, certains infirmes, d’autres bien portants. Mais tous, animés par une seule intention : vivre aux crochets des autres en tendant la main, faisant de la mendicité une profession !

La mendicité ne se justifie ni par la religion, ni par l’appartenance à la communauté nigérienne. Pourtant, nous fait-on remarquer, les mendiants sont issus de communautés musulmanes, et ce sont des Nigériens, de Niamey à Dakar, en passant par Cotonou, Lomé, Accra, jusqu’en Afrique centrale.

Demandez-le à nos ulémas, la religion musulmane détermine de manière précise les catégories de personnes autorisées à demander l’aumône. La grande majorité des mendiants observés sur nos carrefours et dans les capitales africaines qu’ils ont envahies, n’entrent pas dans ces catégories. D’autre part, les raisons d’ordres humanitaire et sécuritaire avancées par nos compatriotes tendant la sébile à Dakar et ailleurs, ne se pas recevables : la plupart des nigériens vivent au Niger, et ne mendient pas.

La mendicité à l’international, à laquelle s’adonnent certains de nos compatriotes, cache d’autres tares : la paresse bien sûr, mais aussi la recherche du gain facile et la prostitution. Il est dommage que dans certaines de nos régions, des réseaux de trafiquants se soient constitués pour ouvrir des routes internationales de la mendicité et y engouffrer des milliers de personnes crédules ; il est dommage que dans certaines de nos régions, la communauté toute entière œuvre à la promotion de ces mauvaises habitudes et pratiques, qui jurent d’avec les préceptes de l’islam et empêchent à des milliers d’enfants d’aller à l’école.

Il est établi, depuis le choc de mars 2022, que l’internationalisation de la mendicité des nigériens est en lien avec des réseaux de trafic et de traite des personnes. Ces domaines étant légiférés (loi sur l’exploitation des enfants depuis 1963 ; loi de 2015 sur la migration irrégulière), il y a lieu pour le gouvernement de s’atteler encore une fois à l’application de la loi : en nettoyant les carrefours de nos villes des vrais et faux mendiants qui les encombrent ; en rapatriant des capitales ouest-africaines nos compatriotes qui y mendient ; en luttant contre le trafic et la traite des personnes ; et en mettant devant leurs responsabilités les familles et les communautés rurales dont sont issus les mendiants.

Il y va de l’image de notre pays.

Pour réagir : idimamak@gmail.com

Par Idimama Koutoudi(onep)