Déjeuner de presse en prélude au 7ème Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique : Des débats sur la problématique sécuritaire en Afrique

Société
Spread the love

Sharing is caring!

En prélude à la tenue du 7ème Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, le Ministère des Affaires Etrangères et des Sénégalais de l’Extérieur a organisé vendredi dernier à Dakar, un déjeuner de presse. Cette grande rencontre a regroupé autour de la Ministre Aïssata Tall Sall, les éditorialistes de la presse africaine, les éminents chercheurs et les officiers généraux pour débattre des questions de sécurité dans notre sous-région et sur le continent de manière générale. Des débats très riches ont été menés au cours de ce déjeuner entre les journalistes et les spécialistes et Experts en matière de sécurité.

Dans ses mots introductifs, la Ministre Aïssata Tall Sall a souligné que la sécurité est une philosophie et une culture. Elle a ajouté que le Forum de Dakar s’est au fil des années imposé dans l’agenda de l’Afrique subsaharienne, et dans le monde. Elle a annoncé que plus de 400 Experts sont attendus à Dakar les 6 et 7 décembre prochains pour débattre des questions sécuritaires en Afrique.

Au cours de ce déjeuner de presse, plusieurs communications ont été présentées à l’assistance. Le directeur de Timbuktu Institute, Pr Bakary Sambe a évoqué le besoin pressant de s’attaquer aux causes profondes des conflits, du terrorisme et de l’extrémisme violent, liées à la pauvreté et au développement en Afrique. «Généralement on confond la lutte contre le terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent» a-t-il dit. La lutte contre le terrorisme, selon lui, vise à éliminer les cibles qui peuvent se régénérer ; la prévention de l’extrémisme violent s’attaque aux causes structurelles qui mènent au terrorisme. «Je pense qu’il faudrait œuvrer avec cette double approche ; ne pas négliger le militaire pour gérer les urgences sécuritaires, mais aussi ne pas négliger toute la dimension préventive. Au niveau de l’inclusion socio-économique des jeunes, il faut lutter contre les marginalisations de certaines régions et favoriser le développement du sentiment d’appartenance national qui peut empêcher aux jeunes de suivre les groupes terroristes qui viennent déstabiliser les pays et casser leur cohésion sociale. En faisant cela, je pense que les Etats vont s’attaquer aux racines du mal au lieu de s’arrêter seulement aux symptômes» a ajouté Pr Bakary Sambe.

Le directeur de Timbuktu Institute a souligné qu’aujourd’hui, il n’ya aucun pays du monde qui peut dire qu’il est à l’abri du terrorisme. «Le Burkina Faso de 2014 avant les attentats du Splendid Hôtel et du restaurant Le Cappucino était un pays intégré avec un dialogue inter religieux soutenu. Mais il en est arrivé là. Donc nous devons prendre nos précautions et ne pas être dans une forme de déni de la réalité et nous inscrire dès à présent dans la prévention. Il faut aussi aller vers la coopération régionale, apprendre les uns des autres ; comme le Maroc qui organise la formation des Imams, et Al Azar qui développe aussi d’autres programmes. Les pays doivent mutualiser leurs compétences, de manière conjointe, de manière coopérative parce que c’est un mal qui ne connait pas de frontière. C’est le sens de toute cette coopération africaine» a-t-il dit.

L’assistance a aussi eu droit à l’exposé du Pr Cheikh Ibrahima Niang de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar sur l’impact de la COVID 19  sur une jeunesse africaine déjà sous l’emprise de la précarité, et les nouvelles opportunités dans la situation post-COVID19. Quant au Général de Brigade Usman Abdulmumuni Yusuf, directeur des Affaires Stratégiques à l’Etat-major de l’Armée Nigériane, il a évoqué l’opportunité d’opérationnaliser la Force Africaine en attente face au besoin de coordination des armées présentes dans le Sahel. Intervenant à l’occasion de ce déjeuner de presse, le Général de Brigade Mbaye Cissé, directeur général du Centre de hautes études de défense et de sécurité du Sénégal, et président de la Commission scientifique du Forum de Dakar a souligné que la  particularité du Forum de Dakar est que chaque rendez-vous vient avec ses particularités. Il a ajouté que ce forum se déroule dans un contexte particulier qui est celui de la COVID 19.

«Et en posant les termes scientifiques du Forum, on s’est rendu compte qu’il ne faut pas reléguer au second plan les vulnérabilités et les fragilités traditionnelles du continent, mais de voir comment la COVID est venue se superposer à elles, et comment il faut très rapidement dans les nouvelles dynamiques en cours dans le monde, repositionner le continent de manière générale pour éviter que la pandémie ne soit un frein à  tous les efforts qui ont été entrepris cette année dans le domaine de la stabilité et de l’émergence économique du continent». Selon le Général Cissé le Comité scientifique a divisé le forum en deux blocs : le premier bloc sera réellement consacré aux menaces. «Nous allons examiner dans le premier bloc les défis sanitaires, les défis sécuritaires, et nous allons parler des nouvelles menaces. Parce que la pandémie a révélé que la cyber criminalité a revêtu de nouveaux habits. La cyber sécurité s’est révélée comme une autre grande fragilité de l’Afrique, étant donné que nous vivons aujourd’hui dans un monde interconnecté» a-t-il dit.

Il a indiqué que le forum n’est pas là pour diagnostiquer seulement. «Le forum est aussi là pour ouvrir des pistes. C’est l’objet du deuxième bloc qui sera intitulé le bloc de l’émergence. «Quelles sont les actions à prendre au niveau économique, pour accompagner le continent dans cette phase post-COVID ? Au niveau militaire quelles sont les actions à mener au niveau continental pour assurer la sécurité collective du continent ; financer les opérations de paix dans le continent, et densifier et renforcer de manière générale la sécurité sur le continent africain. Cela est un défi. Il ya aussi un autre défi, qui est de savoir comment rendre plus sûr les voies d’eau (les mers) en Afrique car elles concentrent un important trafic, et qui constituent pour beaucoup de pays africain une source de revenus très importante» a dit le Général Cissé.

Parlant de la Force Africaine en attente, il a indiqué que ce n’est pas un problème de capacité qui se pose. «Je pense que l’Afrique a suffisamment de ressources humaines de qualité pour mettre en place une force africaine capable d’agir sur le continent africain. Mais la question cruciale qui n’est pas encore réglée est la question des ressources. Et le Forum de Dakar a consacré un atelier à cette question. Avec l’apport des Experts, et avec l’évaluation qui a été faite jusque-là, on va aller vers une nouvelle piste» a conclu le Général Cissé. Sur toutes ces questions rendez-vous est pris pour les 6 et 7 décembre prochains à Dakar.

 Oumarou MoussaEnvoyé Spécial(onep)