Editorial : Les excès de l’unilatéralisme

Edito
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Sur la scène internationale, lorsque l’on est en présence de deux Etats souverains, un principe cardinal gouverne les rapports interétatiques : le principe de réciprocité. En effet, le principe de réciprocité dans les relations internationales postule que chaque Etat se doit d’attendre de la part d’un autre Etat le respect de sa souveraineté, et dispose à cet effet, d’un droit de représailles lorsque ce principe est enfreint par un autre Etat. Toutefois, ce principe de

réciprocité est encadré par une autre règle, qui est celle de la proportionnalité, en vertu de laquelle les représailles doivent être proportionnelles aux

violations subies par l’Etat victime.

Cependant, pour construire et pérenniser la paix mondiale, le multilatéralisme s’est avéré comme l’instrument privilégié de la doctrine diplomatique contemporaine qui sonna le glas du

bipolarisme hérité de la Guerre froide ayant caractérisé les relations internationales entre 1949 et 1989. En effet, la disparition des deux blocs (Est/Ouest de part et d’autre du Rideau de fer), l’émergence de nouvelles puissances planétaires (Chine, Inde, Brésil, Corée du Sud, Turquie) et la globalisation des échanges économiques et commerciaux auront profondément modifié la configuration géopolitique de la planète telle qu’elle était apparue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En plus, les Etats du Tiers-monde commençaient à hausser le ton en

appelant à un nouvel ordre international afin de prendre en compte leurs aspirations au développement économique et social. Mais, les puissances

dominantes, pour perpétuer leur hégémonie sur la planète, sont souvent enclines à recourir à ce que l’on appelle, en langage

géopolitique, à l’unilatéralisme dans leurs relations internationales. On a pu ainsi parler à ce sujet, ces dernières années, d’un certain unilatéralisme américain incarné par la formule ‘’America First’’ (l’Amérique d’abord).

 

Aujourd’hui, chez nous au Niger, avec le dernier attentat terroriste  perpétré dans la réserve de Kouré et qui a fait huit morts dont  six humanitaires français et deux Nigériens, attentat qui a laissé sous le choc tout le peuple nigérien,  l’on semble assister, à une espèce de résurgence de l’unilatéralisme avec cette surprenante décision du Quai d’Orsay d’inscrire le Niger sur la liste pays à éviter de visiter sauf cas de force majeur. Les Nigériens dans leur ensemble sont profondément consternés par cette décision qu’ils trouvent  excessive. Que l’on se comprenne bien, la France est un pays ami du Niger, et cette amitié solide est marquée par un engagement permanent de la France aux cotés de notre pays. En témoigne la participation active actuelle de de la France, via l’opération Barkhane, dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Mais là où les Nigériens ont du mal à comprendre la réaction  de nos amis français, c’est sans doute le fait d’avoir pris cette décision sous le coup de l’émotion, sans égards aux conséquences sur l’économie d’un pays ami déjà confronté aux vicissitudes de la COVID 19.

Nous comprenons parfaitement la douleur et la colère après ce drame horrible, douleur et colère que nous partageons mais cela ne correspond pas à l’équilibre qui devrait régner dans l’appréciation de la situation sécuritaire dans notre pays. Entre nous quel pays ou quelle ville au monde peut échapper  au phénomène terroriste ? Aux Etats Unis d’Amérique, New York a connu son 11 septembre et son cortège de morts en 2001; En France, Paris a vécu ses drames du Bataclan, du Stade de France et du siège de Charlie Hebdo, le 14 novembre 2015. Est-ce que ces deux pays ont été déclarés infréquentables pour autant ?

D’ailleurs, l’on se souvient  qu’au lendemain de ces attaques meurtrières contre la capitale française, réagissant aux propos de la chaine de télévision Fox News qui qualifiait la ville de Paris ‘’d’endroit dangereux’’, la Maire de la ville-lumière, Anne Hidalgo, avait décidé de porter plainte contre la chaine américaine pour les propos excessifs et dévalorisants pour l’image de Paris. C’est donc pour dire qu’il est excessif de considérer le territoire intégral du Niger comme un « endroit dangereux » ou il ne sied pas d’y aller, à un moment où, paradoxalement, tous les partenaires le considèrent comme le pays du Sahel qui enregistre les meilleurs résultats en matière de prévention et de lutte contre le terrorisme. Pourtant, cela n’échappe à personne, la France qui est à nos côtés au quotidien en premier, ainsi que la communauté internationale qui nous accompagne sont témoins des immenses sacrifices consentis par le Niger, à travers ses Forces de Défense et de Sécurité, dans ce combat contre le terrorisme qui endeuille tout le Sahel.

Nous osons espérer qu’il s’agit d’une décision prise sous le coup de l’émotion, et que très rapidement la  pondération et la compréhension mutuelle qui ont toujours  gouverner les relations bilatérales entre nos deux pays amis prévaudront, car les excès en toute chose sont nuisibles.

 

 

Par Zakari Alzouma Coulibaly