Hommage posthume à Elhadji Oumarou Goumour : Le monde du pèlerinage perd une grande valeur

Société
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Le temps passe et chaque période s’en va avec les hommes qui l’ont marquée. La mort d’Elhadji Goumour Oumarou est une grande perte pour sa famille d’abord, ses amis et connaissances et pour le monde de l’organisation du pèlerinage et de la oumra au Niger.

Maître Goumour a vécu et il a bien vécu. Il a rempli sa part de contrat sur terre et il est parti à un moment où le monde du pèlerinage aux lieux saints de l’Islam a besoin de lui, de ses conseils avisés et de son amour pour le travail bien fait. Il est parti à jamais après juste un mois de deuil qui l’a encore fragilisé à la suite de la mort subite de son petit frère et ami Elhadj Moussa Kalla Yacouba, Directeur Général de Jamaa Hadj.

Elhadji Goumour qui était déjà affaibli par la maladie a reçu cette perte comme un choc et depuis ce jour, son état s’est empiré en dépit des soins et de l’amour des siens.

Elhadji Goumour Oumarou avait son côté clair-obscur de policier en civil avec son arme et ses nombreux amis policiers. Il était aussi un sportif, footballeur et grand pratiquant des arts martiaux. Il était parmi les premiers disciples du Coréen Me Cho, celui-là qui a introduit le taekwondo au Niger dans les années 80. Il avait gardé une amitié solide avec Me Cho qu’il conduisait pendant ses séjours à Niamey.

Mais on retiendra surtout d’Elhadji Goumour Oumarou, son rôle au Niger et en terre sainte, dans l’organisation du pèlerinage à la Mecque, un domaine dans lequel il a encadré ou formé la plupart des chefs d’agence actuels. Parce qu’il a devancé beaucoup sur le terrain et qu’il a toujours œuvré avec intégrité pour la renommée du pays, tout le monde lui témoigne un grand respect, aussi bien au Niger, qu’en Arabie Saoudite.

Feu Elhadj Goumour Oumarou était un des pionniers dans le domaine du pèlerinage. Il avait travaillé à Air Niger, puis à l’ANPO, à un moment où les agences se comptaient sur les bouts du doigt : il y avait l’ANPO de Dicko, Alheria de Soumaila Noma, Dares Salam de Idé et Godia de Me Crise.

Il a assisté à l’éclosion de la multitude d’Agences et aussi à la modernisation du domaine avec la création du COHO, l’avènement du téléphone portable, du train pour le transport des pèlerins, etc…

Elhadji Goumour Oumarou était un homme rigoureux et intègre. Il a assisté à la création de l’ANPO, mais en affichant très vite sa liberté de pensée, il fut écarté du nombre des personnes actionnaires. D’ailleurs à plusieurs moments, il a fallu qu’on lui rappelle qu’il n’est qu’un simple employé de l’ANPO et non un actionnaire.

Par son travail rigoureux dans l’agence, il avait atteint un stade où il était plus qu’indispensable. Il était capable, avec les encadreurs dont il était le chef de gérer un hadj à la perfection. Elhadji Goumour était méticuleux au travail et voulait que tout le monde soit intègre comme lui. A des moments il portait le costume de redresseur des torts à qui on chuchotait les travers des autres pour qu’il y mette fin. Ses remontrances n’épargnaient personne.

Cette posture ne lui a pas permis de profiter de sa position. Et c’est seulement quand il est devenu Secrétaire Particulier du Premier Ministre Hassane Mayaki qu’il a réussi à amener ses parents à la Mecque. Mais son application dans le travail du Hadj lui a valu l’estime des partenaires au Niger et en Arabie Saoudite.

A la floraison des agences de pèlerinage, il prit la tête du Groupe Mikat (du nom de son agence), composé d’une trentaine d’agences. A cette époque, faire preuve d’autorité est souvent assimilé à la dictature. Les gens penchent plutôt pour la responsabilité et la confiance. Or beaucoup de gens n’ont aucune estime de soi et bafouent rapidement la confiance en eux en privilégiant leurs propres intérêts aux dépens de l’intérêt général. Elhadj Goumour était de ceux sur qui on pouvait compter pour préserver l’intérêt général.

A la Mecque, Elhadj Goumour Oumrou était le souffre-douleur des encadreurs avec son rôle de Domato de la ferme. Dès que quelqu’un s’absentait, il prenait son téléphone pour l’appeler. C’était à lui de décider quand aller à Djeddah pour faire le marché. Il voulait que tout le monde soit à tout moment disponible et prêt à répondre aux sollicitations des pèlerins. Il avait raison, car c’était l’engagement pris à Niamey par tous les encadreurs. 

Et jusqu’à ses derniers moments, Elhadj Goumour était resté intègre, au service des pèlerins.

Que Dieu fasse que nous nous retrouvons au paradis. Car comme on dit, «Koullou Nafsin za ikatoul Maout»: toute vie goutera à la mort.

Adieu grand frère, Adieu cher ami, qu’Allah te fasse miséricorde.

Par Mahamane Hadi Mahamane et Abdoulwahid Tinni