Interpellation, à l’Assemblée nationale, du ministre de l’Education Nationale : Pr. Ibrahim Natatou répond à la question de prise en charge des écoliers et des enseignants obligés de fuir les zones d’insécurité

Politique
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Les travaux en séance plénière de la première session ordinaire au titre de l’année 2022 de l’Assemblée nationale se poursuivent à l’hémicycle Place de la concertation. Au cours de la plénière d’hier, réservée au contrôle de l’action gouvernementale, les députés nationaux ont interpellé le ministre de l’Education Nationale, Pr. Ibrahim Natatou sur les dispositions prises par le gouvernement pour prendre en charge les écoliers et les enseignants obligés de fuir les zones d’insécurité notamment la construction des centres de regroupements sécurisés. Le ministre de l’Education est allé répondre aux questions posées par le député Idi Ango Ousmane. La séance plénière a été présidée par le président de l’Assemblée nationale, M. Seini Oumarou en présence du commissaire du gouvernement, M. Mahamadou Lawaly Dan Dano, ministre de la Communication, chargé des Relations avec les Institutions.

Au total, c’est une série de douze (12) questions que le député auteur de l’interpellation a posées au commissaire du gouvernement sur les dispositions prises par le gouvernement pour garantir l’école aux écoliers et enseignants des zones d’insécurité du Niger. Le député a ainsi voulu en savoir un peu plus sur le nombre d’écoles fermées, les élèves et enseignants touchés, la localisation des victimes, le nombre des centres de regroupement, le rattrapage des cours, le programme de travail du Ministère avec les ONG et humanitaires intervenant dans le secteur etc.

En réponse à l’interpellation du député national, le ministre Ibrahim Natatou s’est d’abord réjoui de l’opportunité qui lui est offerte de se présenter devant la représentation nationale pour répondre aux préoccupations qui sont les siennes et au-delà, celles de ses concitoyens. Selon le ministre, l’éducation est une priorité du programme de renaissance acte 3 de SE. Bazoum Mohamed, Président de la République, Chef de l’Etat, qui avait dit lors de son investiture qu’il fera de l’éducation un domaine dont il s’occupera personnellement autant qu’il s’occupera de la sécurité.

L’insécurité que vit le Niger a des conséquences et leurs impacts ont suscité une crise à l’école. En effet, pour les deux premières questions, les statistiques en matière d’urgence varient d’une période à une autre. C’est ainsi que, selon la dernière situation compilée par les services centraux de l’Education Nationale à partir des données remontées des régions, en date du 05 mai 2022, sur 22. 997 écoles, 791 écoles sont fermées dans les quatre régions affectées par l’insécurité (soit 3,44%). Ces écoles fermées comprennent 759 établissements primaires et 32 établissements d’enseignement secondaire général. «L’ensemble des écoles fermées totalisent 68.306 élèves, dont 33.089 filles, soit 48,44%. Ils se répartissent par région : Tillaberi avec 62.562 élèves dont 30.568 filles, soit 48,86 % ; Tahoua avec 3.511 élèves dont 1.432 filles, soit 40,78 % ; Diffa avec 1.768 élèves dont 883 filles, soit 49,94% et Maradi avec 465 élèves dont 206 filles, soit 44,30%», a précisé Prof Natatou. S’agissant des enseignants touchés sur les 4 régions, ils sont estimés à environ 2 430. «Ces enseignants sont immédiatement redéployés dans les écoles d’accueil de la région et dans des centres de regroupement» a déclaré le ministre de l’Education Nationale.

En outre, selon la synthèse des rapports de missions terrain des directions régionales, datant du 05 juin 2022, il a été enregistré 47.347 élèves déplacés ou réfugiés internes dont 21.995 filles soit 46,45%. Quant aux conditions de vie actuelle des victimes, le ministre a précisé qu’il existe trois

catégories d’enfants victimes d’insécurité. Ainsi, les enfants qui se sont déplacés avec leurs parents sont accueillis dans des centres de regroupement, où ils y sont réinscrits en tant qu’enfants déplacés internes. Ceux-là vivent avec leurs parents et dans les conditions mises en place par l’Etat et les organisations caritatives. Quant à la deuxième catégorie, il s’agit des enfants qui ont intégré des écoles voisines à leurs villages et qui vivent avec leurs parents ou des tuteurs. La troisième catégorie concerne les enfants dont l’école est fermée mais qui sont restés dans leur village avec leurs parents. «Cette catégorie d’enfants est malheureusement en rupture totale d’apprentissage. Toutefois, mon département ministériel, en relation avec les partenaires techniques et financiers, a déjà commencé le processus de leur prise en charge, à travers des programmes d’enseignement à distance (école par les radios communautaires, la radiotélévision nationale, la digitalisation des contenus d’apprentissage encadré…). En résumé, la plupart des enfants victimes de l’insécurité vivent auprès de leurs parents ou de leurs tuteurs. Il a été prévu environ 130 centres de regroupement dont la plupart sont réalisés et opérationnels», a rassuré le ministre de l’Education Nationale.

Des mesures prises pour endiguer la déperdition scolaire

Le gouvernement est en train de prendre des mesures contre la déperdition et le retard de la scolarisation des jeunes écoliers enrôlés dans des écoles d’accueil. A ce niveau le ministre a souligné que seuls les centres de regroupement de la région de Tillaberi, ont démarré leurs activités pédagogiques en février 2022, soit 4 mois de retard par rapport au calendrier scolaire. Mais, il va sans dire que compte tenu de ce retard, un certain nombre de mesures sont envisagées pour permettre aux élèves de ces centres d’achever leurs activités d’enseignement/apprentissage.

Toutefois une réinsertion sociale des enfants et de leurs parents ayant abandonné leurs villages pour cause d’insécurité était prévue. Selon le ministre de l’Education Nationale, les questions relatives à la réinsertion sociale des victimes de l’insécurité, à l’anticipation du retour à une vie normale dans ces zones et aux répercutions socio-économiques et sécuritaires éventuelles, dépassent les compétences du seul Ministère de l’Education Nationale. «La contribution de mon département ministériel dans ce travail intersectoriel consiste par exemple à créer trois cent soixante-cinq (365) centres d’éducation non formelle pour prendre en charge 12.745 enfants non scolarisés ou déscolarisés dans les zones d’insécurité et d’autres programmes d’anticipation sont envisagés pour un retour à une vie normale des écoles de ces zones en proie à l’insécurité», a expliqué Prof Ibrahim Natatou.

Possibilité de rattrapage du retard de scolarisation

A ce niveau le ministre de l’Education nationale a expliqué que plusieurs mesures sont prises pour obtenir l’engagement de tous les acteurs notamment les élèves, les parents, les communautés, les partenaires techniques et financiers, les partenaires sociaux, les leaders religieux, les chefs traditionnels, les municipalités etc. pour assurer une continuité pédagogique à tous les enfants dans les zones d’insécurité et pour multiplier la sensibilisation des élèves et leurs parents. Il y a également la création des centres d’éducation non formelle qui permettront à certains élèves affectés de bénéficier d’une seconde chance en poursuivant leur scolarité au niveau de l’éducation nationale ou à la formation professionnelle par le biais des centres de formation aux métiers (CFM).

Font également partie de cette panoplie de mesures : la mise en œuvre des programmes d’urgence axés sur les notions fondamentales à acquérir par les apprenants ; l’organisation des cours de remédiation ; la mise en œuvre des techniques innovantes d’accompagnement pédagogique des élèves (tutorat, mentorat…) la digitalisation des contenus essentiels dans les disciplines fondamentales pour promouvoir les activités extrascolaires à travers l’auto apprentissage et l’enseignement à distance et assurer un suivi régulier de toutes les activités d’enseignement/apprentissage par les encadreurs pédagogiques.

Mesures d’accompagnement de l’enrôlement des enfants déplacés internes dans les écoles

Selon le ministre Natatou, il est tout à fait évident que dans le cadre de la prise en charge pédagogique des enfants de provenances différentes, des stratégies particulières soient mises en œuvre, comme c’est le cas dans les centres de regroupements évoqués. En ce qui concerne la gestion des urgences, elle constitue une donne avec laquelle, il faut désormais composer au regard des chocs sécuritaires et climatiques récurrents. «A cet effet, une division a été créée au sein de mon département pour prendre en charge la question. Nous rappelons qu’en matière de gestion des urgences, trois étapes importantes sont à observer à savoir la préparation, la réponse et le retour à la normalité», a soutenu le ministre de l’Education nationale.

Pr. Ibrahim Natatou a enfin dit que, l’éducation en situation d’urgence est un défi à relever. «Mon département ministériel s’est outillé pour l’affronter à travers l’adoption d’un plan prévisionnel de gestion des catastrophes assorti de feuilles routes régionales. La mise en œuvre de ce plan prévisionnel requiert le soutien de notre représentation nationale pour que des ressources conséquentes soient mobilisées», a-t-il conclu.

Notons enfin que les travaux en séance plénière reprennent ce mercredi, 15 juin 2022 à partir de 9h avec ordre du jour, examen et vote de deux projets de loi.

Seini Seydou Zakaria(onep)