La bonne note des participants : A la fin du forum, plusieurs participants ont apprécié positivement les travaux et livré leur lecture du traitement de l’information relative aux actes terroristes.

Société
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Daouda Mané, directeur de la rédaction du journal sénégalais «Le Soleil»:

«Le forum a été très instructif». «Le forum a été très instructif du point de vue des communications de haute facture qui l’ont meublé. Les uns et les autres ont beaucoup appris et utiliseront les idées reçues pour que l’Afrique de l’Ouest et même tout le continent en bénéficie. S’agissant du traitement des informations sur le terrorisme, c’est un exercice difficile pour le journaliste, parce que l’impératif du devoir d’informer se confronte à celui de préserver la sécurité publique par laquelle il est concerné. Car, sans paix, il aura du mal à exercer son métier. Il faut donc que les médias, les forces de défense et de sécurité et les gouvernants travaillent ensemble en toute confiance sans quoi, il n’y aura pas de résultats»

Valentin Mbougueng, conseiller spécial du DG de Fraternité Matin

«Nous avons parfois fait le jeu des terroristes».

«Dans le contexte de terrorisme, il faut absolument s’en tenir à l’éthique dans le traitement de l’information y afférente. Il faut avoir à l’idée la responsabilité, qui doit être la nôtre dans le traitement et la publication d’informations ultra sensibles pouvant mettre en péril les interventions des forces de sécurité. Nous devons trouver la bonne formule, savoir où mettre le curseur entre la liberté d’informer qui est l’essence du journaliste et le devoir de protéger l’Etat dans lequel nous sommes car s’il se désintègre, il n’y a plus de liberté de presse. C’est en cela, que le forum est une grande réussite. En témoigne, la mobilisation de medias venus de la zone UEMOA, du G5 Sahel et d’au-delà. Les recommandations vont permettre de poursuivre les réflexions et de trouver les moyens pour les journalistes de se spécialiser davantage, car au départ, nous avons péché par inexpérience. Nous ne savions pas comment traiter ces questions et nous avons parfois fait le jeu des terroristes sans le savoir»

Aichatou Mindaoudou, PDG du bureau d’études IPITI

«Il faut privilégier l’intérêt général».

«Ce forum a été très pertinent et il vient à point nommé vu la situation qui prévaut dans notre sous-région. Il est important que chaque composante de la société réfléchisse à comment elle peut apporter sa contribution à la lutte contre le terrorisme. Dans leur travail, les journalistes doivent comprendre qu’il faut sacrifier les intérêts particuliers sur l’autel de l’intérêt général. En démocratie, la liberté d’expression est sacrée. Je ne suis pas de ceux qui voudraient qu’elle soit limitée n’importe comment. Mais, il y a des limites qui sont objectives. Si les journalistes adoptent une attitude qui fait que le pays se casse, où irons-nous vivre ? Le journaliste doit donc jouer son rôle mais quand cela est nécessaire. Il faut privilégier l’intérêt général afin de préserver la paix, la sécurité et la quiétude des populations».

Isselmou Moustapha Salihi, fondateur du journal mauritanien Tahalil :

«Interviewer des victimes en état de choc alimente la psychose».

«Les services de sécurité sont dans le silence et le secret défense et ne rendent comptent qu’à leur hiérarchie. Nous, journalistes, par contre, rendons compte à l’opinion publique. Même si nous consacrons le droit du citoyen à l’information, la liberté d’expression et d’opinion nous sommes des citoyens avant tout. Nous devons donc respecter la loi qui protège le secrèt défense et la sécurité nationale. Aussi, il faut éviter de se faire manipuler par la propagande djihadiste ou terroriste, de publier par exemple les communiqués de revendication d’attaques, des images choquantes, des informations sur les mouvements des forces de défense et de sécurité, car l’ennemi peut l’exploiter. Il faut aussi éviter d’interviewer des victimes en état de choc, car cela contribue à la psychose et à la terreur. Mais par contre, il faut continuer à donner l’information, car ce ne sont pas les journalistes qui produisent les attaques ou les inventent. Le forum est de ce fait à saluer, car il a été une excellente opportunité pour échanger sur les visions, les perceptions, les expériences des uns et des autres. Les intervenants provenaient d’horizons divers avec des spécialités différentes. Les deux jours d’échanges intenses ont permis de comparer les approches suivies par différents pays, mais aussi d’analyser très scientifiquement les causes de la menace, sa manifestation et la façon de la gérer. J’espère que ce genre de forum se répètera»

Serge Daniel, correspondant de RFI au Mali : «il faut trouver le juste milieu»

«Ce forum n’a pas été inutile, car il a abouti à la mise en place d’un conseil scientifique. Il y aura donc une suite. Des journalistes sont venus de partout avec des expériences qu’ils ont partagées. C’est quelque chose de positif. La couverture des attentats terroristes est nouvelle pour les hommes de médias. Au cours du forum, journalistes, agents des forces de l’ordre et de défense et autorités ont vu comment ils peuvent collaborer dans cette situation. Un journaliste n’est pas un terroriste. Il informe. Ce qu’il faut faire en cas d’actes terroristes, c’est le strict minimum sans prendre parti pour les terroristes. C’est le juste milieu qu’il faut trouver surtout quand les opérations sont en cours. Il ne faut pas, dans ce cas, informer de la position des forces de défense et de sécurité».

Boureima Ouédraogo, directeur de publication du journal ‘’Le Reporter’’

«Les journalistes ne sont pas des pyromanes».

«Dans le contexte sécuritaire actuel, il est normal que nous, journalistes, changions nos pratiques de production et de traitement de l’information. Il appartient à tous les acteurs engagés de voir dans quelles mesures créer des passerelles nécessaires pour collaborer, afin que le droit du citoyen à l’information ne soit pas sacrifié sur l’autel des dispositifs sécuritaires. Les FDS, les pouvoirs publics en général ont tendance à croire que les médias constituent des freins à la lutte contre le terrorisme et l’insécurité. Ce qui est totalement faux. La question de fond est de savoir si les acteurs politiques, publics, les FDS ont cette capacité de s’adapter au contexte, en sachant que l’information demeure un droit même en situation de guerre, de lutte contre le terrorisme. Il va falloir voir dans quelles mesures trouver les moyens de donner l’information vraie aux médias. Discuter avec les organes de presse, car les journalistes ne sont pas des pyromanes. Ils savent faire la part des choses entre l’information stratégique qui peut aider les populations à se protéger et une information qui peut mettre à mal la cohésion et le vivre-ensemble, la sécurité nationale. Il y a un minimum de confiance qu’il faut faire aux hommes de médias par rapport à leur capacité de discernement. C’est en cela que ce forum, comme toutes les initiatives qui permettent de lancer la réflexion sur la contribution des médias à la lutte contre le terrorisme, est une bonne action. Tout dépend maintenant de ce qu’on fait après les réflexions».

 

NB : Cet article publié dans le cadre du partenariat avec le quotidien burkinabé ‘’Sidwaya’’, qui l’a publié dans son édition du 23 juin 2019)