Recommandation forte du colloque d’Abidjan de juin 2025 sur le journalisme économique, le Forum International de la Presse Economique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE UEMOA) est devenu une réalité avec la tenue de sa première édition à Dakar du 24 au 26 juin 2026 à Axil Hôtel. Une initiative que la Plateforme des Médias de l’UEMOA a pu matérialiser en partenariat avec la Commission de l’UEMOA. Des professionnels des médias venus des huit (8) pays de l’espace communautaire, des représentants des institutions dont l’UEMOA, la BOAD, la BCEAO, des Universitaires, ont répondu présents à cette rencontre placée sous le thème « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest ».
Le FIPE, a tenu à dire, dans son mot de bienvenue, le coordonnateur de la Plateforme des médias de l’UEMOA, M. Léonard DOSSOU, n’est pas un forum de plus. Aboutissement d’une réflexion collective sur la place de l’information économique dans la transformation des économies de la zone, l’initiative vise la construction d’une Afrique de l’Ouest mieux informée, mieux intégrée et davantage attractive pour les investissements.

La conseillère technique en communication, du président de la commission de l’UEMOA, Mme Amina Mbodj qui s’est réjouie de la tenue du Forum, a souligné la contribution de la presse économique dans la mise en œuvre des objectifs que poursuit l’institution communautaire.
Le directeur adjoint du commerce extérieur au Sénégal, M. Paul Faye, représentant le ministre sénégalais de l’industrie et commerce qui ouvrait le Forum, a apprécié cette initiative qui valorise le rôle de la presse économique tout en créant un espace de dialogue entre médias, investisseurs et acteurs économiques pour encourager les investissements régionaux et internationaux. « Nos peuples et populations ont besoin d’être sensibilisés sur les enjeux de l’heure mais aussi sur les opportunités qu’offre l’intégration économique, régionale et continentale ainsi que la libre circulation des personnes et des biens », a-t-il déclaré.
Des éléments pour baliser les innovations
La conférence inaugurale du Forum a été magistralement animée par Prof. Thierno THIOUNE, Agrégé d’Économie. Pour lui, le thème « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest », choisi pour la rencontre, rappelle que la région dispose d’atouts réels, mesurables, mais interpelle aussi quant aux éléments à prendre en compte notamment ceux liés à la démographie, à la technologie et à la géopolitique. L’universitaire a évoqué à cet effet ce qu’il appelle les cinq vérités économiques au cœur des innovations à apporter concernant l’avenir de l’économie ouest africaine, avant de mettre en exergue le rôle décisif que les journalistes économiques, doivent jouer dans ce contexte.
La Zone UEMOA, a-t-il d’abord annoncé, devrait enregistrer une croissance de 6,2 % en moyenne à la fin de l’année 2026. Ce qui, a-t-il fait remarquer serait l’un des taux les plus élevés de toute l’Afrique subsaharienne, largement supérieur à la moyenne de l’Afrique de l’Ouest et du Centre qui se situerait à 3,9 %. « Une économie qui croît à 6 % par an double de taille en moins de douze ans », a soutenu le spécialiste. Une autre vérité concernant la Zone est ce que Prof. THIOUNE considère comme sa matière première la plus abondante : la jeunesse. Car 70 % de la population d’Afrique subsaharienne a moins de trente ans. La troisième vérité, c’est l’innovation technologique, qui facilite beaucoup l’inclusion financière avec par exemple, les fintech, l’expansion de la téléphonie mobile qui permettent aux populations rurales de bénéficier de plusieurs opportunités. Cependant, la quatrième vérité sur laquelle met le doigt Pr THIOUNE est inconfortable : malgré le potentiel, la situation du commerce formel intra-africain dans la Zone ne représente aujourd’hui que 16 % du commerce total du continent. Les retombées de la Zone de libre-échange continentale africaine, opérationnelle depuis janvier 2021, se font attendre.
Croissance en hausse, des atouts ou défis de la jeunesse en termes de formation, d’emploi ou de main d’œuvre, les succès technologiques et un cadre d’intégration (l’UEMOA, la CEDEAO, la ZLECAf dont le potentiel statistique doit être transformé en réalité), l’Afrique de l’Ouest a des atouts et potentialités qui ne demandent qu’à être pleinement activés.
L’information, une infrastructure tout aussi décisive
S’il en était besoin, la cinquième vérité justifie l’initiative du Forum, car elle fait référence au rôle et pouvoir de l’information. En effet, tout comme les infrastructures routières, énergétiques, numériques, l’infrastructure de l’information économique fiable est tout aussi décisive pour l’attractivité de la région, au même titre qu’un port en eau profonde ou un réseau de fibre optique. « Un investisseur qui hésite entre Accra, Dakar et Abidjan ne lit pas seulement des rapports de la Banque mondiale ; il lit aussi vos articles, il regarde si la presse locale est capable d’expliquer une politique fiscale, de décrypter un budget, de distinguer une rumeur d’un fait vérifié », a lancé Pr THIOUNE. La presse locale doit donc mieux informer pour attirer, déconstruire les stéréotypes qui font encore percevoir la région à travers le seul prisme de l’instabilité, et donner aux décideurs comme aux citoyens les clés de lecture d’une transformation économique réelle, mais encore largement sous-racontée.

Ainsi, concernant les innovations dont il est question pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest, il s’agit, non pas seulement d’adopter de nouvelles technologies, mais aussi comme il a été dit dans les différents panels d’innover dans la gouvernance des institutions, rendre viables les zones économiques spéciales, bien concevoir les partenariats public-privé, harmoniser la fiscalité, etc. Aussi, il faut innover dans la façon de considérer la jeunesse afin d’éviter qu’elle soit une bombe à retardement, mais plutôt un acteur de développement. Enfin, il faut surtout innover dans la manière dont l’économie régionale est racontée.
Célébration de l’excellence dans le journalisme économique
Le concours dénommé Prix du journaliste économique de l’Uemoa, dont les lauréats ont été récompensés à l’issue du Forum de Dakar, participe de la démarche de valorisation et de célébration de l’excellence dans cette spécialité du journalisme. Sur 36 candidatures provenant de la Côte d’Ivoire, du Benin, du Togo, du Sénégal, du Burkina Faso, du Mali, du Niger, 21 ont été jugées recevables et évaluées par le Jury.
Le Sénégal à travers le media en ligne Seneweb a raflé les deux premières places avec Aicha FALL (1ère), Moustapha TOUMBOU(2ème). La Côte d’Ivoire a remporté la 3ème place avec Nadge KOFFI du journal Afrique Economie.
Le jury, composé de Jean Claude KOME (Côte d’Ivoire) ; Seydou KA (Sénégal) ; Dr Kondi Napo SONHAYE (Togo) ; Souley MOUTARI (Niger) ; Tamsir DIABATE (Mali) ; Adama NDIAYE (Sénégal), et Dr Abdou Diaw (Sénégal), a formulé des recommandations visant la pérennisation du concours et l’amélioration des conditions de son organisation. Il s’agit de lancer le concours plus tôt afin de permettre aux candidats de disposer d’un délai suffisant pour préparer et soumettre des productions de meilleure qualité ; désigner un secrétaire du jury chargé de la réception, de l’enregistrement et de la transmission des productions aux membres du jury, afin de garantir une meilleure organisation ; encourager davantage les confrères de Guinée-Bissau à participer aux prochaines éditions, à travers une communication ciblée et un accompagnement dans le processus de candidature.
La 1ère édition du Forum International de la Presse Economique de l’Afrique de l’Ouest organisée par la Plateforme des médias de l’UEMOA a ainsi pris fin à la satisfaction des participants et avec l’engagement de la pérennisation de l’initiative.
Souley Moutari (ONEP)
Envoyé Spécial
