Moustapha Alou
Le Président français, Emmanuel Macron, n’a pas dérogé à cette mauvaise tradition qui consiste aux Chefs d’Etat français de rassembler, en terre africaine, des Chefs d’Etat africains, voire les convoquer en France pour les tancer, les admonester, les sermonner, leur donner des leçons de morale, leur raconter à leur manière l’histoire de l’Afrique, leur enjoindre de s’expliquer et de clarifier leur position, dans une raillerie juvénile dans certains cas, un paternalisme outrancier à d’autres occasions .
Il y a quelques jours, en effet, à Nairobi, au Kenya, où il a convoqué des Chefs d’Etat africains pour une espèce de rencontre qu’il a appelée Africa Forward, Emmanuel Macron, en véritable suzerain face à ses vassaux, paternaliste comme d’habitude et goguenard comme à ses habitudes, a d’abord sermonné toute la salle qu’il a trouvé trop bruyante avant de s’autoproclamer comble de l’ironie… panafricaniste !
Au surplus, Tintin des temps modernes, héros de bandes dessinées françaises qui parcourt le monde avec son chien appelé Milou, il n’a pas caché sa satisfaction suite aux attaques lâches et barbares perpétrées au Mali par des groupes terroristes et mouvements séparatistes que son pays sponsorise, encadre, conseille et soutient.
Emmanuel Macron a paradé à Nairobi en narguant ciel et terre et surtout en distribuant des notes de bonne conduite aux Chefs d’Etat africains à l’instar de ses prédécesseurs chaque fois que l’occasion se présente.
En 1990 déjà, on se rappelle qu’au Sommet franco-africain de La Baule, presque-île balnéaire de Guérande bordant l’océan, là-bas en France, le Président français de l’époque, François Mitterrand, avait chapitré les Chefs d’Etat africains et leur avait enjoint de suivre la voie tracée par la France en ces termes : « Lorsque je dis démocratie, lorsque je trace un chemin, lorsque je dis que c’est la seule façon de parvenir à un état d’équilibre au moment ou apparaissait la nécessité d’une plus grande liberté, j’ai naturellement un schéma tout prêt… ».
Plus loin, le Président français conditionne l’aide au développement des pays africains à la mise en œuvre immédiate, sans discussion ni murmure, de son schéma tracé et tout tracé.
L’objectif de cette manœuvre était, et on l’a su plus tard et au fil des années, pour la France, sous le couvert de la démocratie, de poursuivre sa domination à travers un Président de la République imposé, corvéable à merci, prompt à défendre les intérêts de la France au détriment des intérêts des populations africaines.
Il y a quelques années, à Dakar au Sénégal, à l’Université Cheik Anta Diop précisément, Nicolas Sarkozy avait déclaré péremptoire que « l’Afrique n’est pas suffisamment rentrée dans l’histoire ».
Ces comportements paternalistes répétitifs qui froissent la dignité des peuples africains, cette condescendance presque naturelle qui bouscule les règles de bienséance, cette désinvolture à n’en pas finir à l’égard de l’Afrique et ses dirigeants, cette relation avilissante, traduisent la volonté manifeste de la France de maintenir l’Afrique dans un carcan.
C’est justement cette posture de bourgmestre, ce comportement de baron dont la baronnie s’exerce sur les terres, vis-à-vis des dirigeants et peuples africains, que rejette la Confédération des Etats du Sahel (AES) qui a décidé de reconquérir sa souveraineté, sa dignité et son indépendance véritable.
L’esprit qui guide les trois Chefs d’Etat de la Confédération AES est clair dans ce combat contre le néocolonialisme : aucun Etat, aucune organisation interétatique, ne leur dictera la conduite à tenir encore moins son agenda en matière de partenariat stratégique et dans tous les domaines.
Moustapha Alou (ONEP)
