Une vue de la ruelle du Grand Lion
Tianjin ! Le nom de cette métropole portuaire du nord de la Chine, située à 120 km de Pékin sur les rives du fleuve Hai He et face au golfe de Bohai, résonne comme une référence dans l’histoire chinoise. Municipalité autonome directement rattachée au gouvernement central, Tianjin se distingue par son héritage historique, industriel et commercial. Malgré la modernisation fulgurante de la Chine, elle préserve un équilibre rare entre culture ancienne et modernité, entre patrimoine matériel et immatériel.
Du 26 au 29 mai 2026, le Centre International de Communication de la Presse Chinoise a choisi Tianjin pour une immersion historique. Les journalistes du Centre Afrique, en formation à Pékin dans le cadre du CIPCC 2026, y ont posé leurs valises. L’objectif est de toucher du doigt les origines de cette ville ouverte de 600 ans d’histoire et qui constitue l’une des rares villes chinoises dont la date de création a été documentée avec précision et exactitude.
Dans la matinée du mardi 26 mai 2026, la délégation quitte Pékin. 30 minutes plus tard, le train à grande vitesse dépose les reporters à la gare de Tianjin. Une équipe d’accueil composée de guides, d’interprètes et d’étudiants volontaires de l’Université de Tianjin, attend la délégation.
Après les salutations d’usage, l’ambiance se détend dans le bus. La première destination : la rue de la Culture ancienne. Sur le trajet, Catherine Yang, guide principale, retrace l’épopée de Tianjin. Ville historique et culturelle de niveau national, première grande cité ouverte du nord de la Chine. Sa fondation officielle remonte à 1404, sous l’ère Yongle de la dynastie Ming.
20 minutes de route et la délégation pénètre dans ce berceau de la civilisation urbaine de Tianjin. A l’entrée principale, devant le palais Tianhou dédié à la déesse Mazu, protectrice des pêcheurs du Hai He, une animation bon enfant comprenant les danses du dragon et du lion au son des tambours, cymbales et gongs, accueille les visiteurs. Dans la tradition chinoise, elle porte vœux de bienvenue, de chance et de prospérité.
La danse ouvre le bal des découvertes. Selon le guide local, un marché spontané est apparu ici il y a 1000 ans. Sous les dynasties Ming et Qing, il y a 500 ans, le lieu est devenu le premier carrefour du folklore, de la culture et du commerce de Tianjin. Il a forgé l’identité commerciale unique de la ville.
S’étendant sur 180 000 m², la zone touristique s’articule autour d’une rue principale de 687 mètres, traversée par quatre ruelles célèbres. Site touristique national 5A, quartier de loisirs national, on l’appelle « la vitrine et la carte de visite de Tianjin ». Elle regroupe 38 marques du patrimoine immatériel et des enseignes centenaires : artisanat, Quatre Trésors du lettré, médecine chinoise, gastronomie…

Dans un coin de la rue, l’officine Darentang attire tous les regards. Forte de près de 5 siècles d’existence, elle incarne la Médecine Traditionnelle Chinoise basée sur l’observation, l’écoute, l’interrogatoire et la prise du pouls. Selon Maître Lou Ying, héritier du savoir-faire, la rigueur dans le choix des ingrédients et le respect des préparations ancestrales font de Darentang une référence nationale. En 1723, l’officine fournissait déjà la cour impériale. Aujourd’hui, 599 produits y sont disponibles, dont 122 fabriqués sur place. Plantes médicinales, ouvrages anciens et techniques de fabrication sont exposés comme des trésors.
La rue conserve aussi le palais Tianhou, vieux de près de 700 ans, le pavillon Yuhuang, plus de 650 ans, un théâtre de 230 ans, et la résidence centenaire Tongqingli. Plus de 800 peintures décorent les poutres, dont 300 illustrent les grands classiques, récits historiques ou mythologiques. Un art décoratif né sous les Qing et Han, développé sous les Song. Une inscription visible sur un panneau géant « Protéger tout en développant, développer tout en protégeant » résume la philosophie de Tianjin. En s’inspirant de cette philosophie, les populations de Tianjin ont su valoriser leur patrimoine sans dénaturer, innover tout en gardant l’authenticité des marques centenaires.
A la zone ouest de ce site, se trouve la ruelle du Grand Lion. Cette ruelle doit son nom aux deux lions de pierre qui gardaient la maison de Yan Fu. Penseur, éducateur et traducteur, il vécut à Tianjin de 1880 à 1900. C’est dans cette maison, entre 1894 et 1899, qu’il traduisit Évolution et Éthique de Huxley, introduisant l’idée de « sélection naturelle, survie du plus apte ». Sa statue en bronze lui rend hommage.
Impossible de quitter la rue sans s’arrêter à l’atelier Niren Zhang. Créé sous la dynastie Qing, il a près de 200 ans. Zhang Yu, sixième héritier, perpétue l’art de la sculpture sur argile. L’argile rouge, prélevée à 1 mètre sous terre à l’ouest de Tianjin, subit 4 étapes : séchage, filtration, malaxage avec du coton, puis vieillissement 3 ans en cave. Scènes de vie, opéra, classiques littéraires : chaque figurine interroge l’art et la perception, entre tradition et expérimentation.
La vieille ville de Yangliuqing, un autre site touristique majeur
Un autre site touristique majeur de Tianjin reste et demeure la vieille ville de Yangliuqing. Formée sous les Song et Liao, elle doit son nom aux saules plantés par l’armée Song « Liukou ». Les archives datent sa création officielle à 1214 par les Jin. Pour découvrir les 811 ans d’histoire documentée, le site accueille plusieurs millions de visiteurs chaque année.
Sous Ming et Qing, le Grand Canal propulse Yangliuqing au rang de grande ville marchande. Fusion des cultures du Nord et du Sud, berceau des célèbres gravures sur bois, demeures patriciennes et paysages de canal lui valent le surnom de « Jiangnan du Nord » et le label « Ville Historique et Culturelle de Chine ».
La rue Qingyuan, ancienne ruelle du Grand Temple datant des Yuan, servait de frontière entre Ming et Qing. Lors de notre passage, des troupes artistiques investissent la rue pour des danses sur les thèmes de la paix, du bonheur et de la prospérité. « Venir à Yangliuqing, c’est entrer dans une terre de bonheur. La rue Ruyi est une voie auspicieuse, et les gravures locales, classées patrimoine national, portent des symboles de chance. Nous recevons des milliers de visiteurs chaque jour », confie Ren Zhenhuai, directeur du bureau du tourisme de Yangliuqing. La ville a été rénové tout en gardant son âme, ajoutant des éclairages et spectacles.
Incontestablement la Grande Maison des Shi reste le pilier du site touristique Yangliuqing. Construite en 1875 face au Grand Canal, sur 7 500 m² dont 3 500 m² bâtis, c’est la plus grande demeure civile du nord de la Chine. La famille Shi, enrichie par le transport fluvial et membre des huit grandes familles de Tianjin sous les Qing, y a laissé jardins, galeries couvertes et théâtre privé.
Face au temple dédié à Guan Yu, héros des Trois Royaumes et dieu de la richesse, se dresse l’un des trois trésors de Yangliuqing, le théâtre, réputé pour ses sculptures sur bois. Des dizaines de spectacles y sont donnés chaque jour.
Pour maintenir le patrimoine vivant, Yangliuqing organise des démonstrations quotidiennes, peinture sur sucre, art national où dragons, phénix et fleurs naissent du sirop chaud ; cirque traditionnel où force et douceur illustrent un savoir-faire centenaire ; chanson et danses des serpents, etc.
Tianjin est née du fleuve et s’est épanouie vers la mer. La culture millénaire du Grand Canal et les vagues du golfe de Bohai s’y rencontrent. De cette rencontre naît son caractère ouvert et inclusif, son paysage sino-occidental, et ce patrimoine unique qui fait dialoguer le passé et le présent.
Aboul-Aziz Ibrahim à Tianjin
