Farmo M.
Notre population est paysanne et rurale à plus de 80%. Bon an mal an, à la sueur de son front, elle nous fait vivre en remuant la terre.
Qui parmi nous, lettrés et intellectuels, citadins et ouvriers, n’a pas été nourri depuis son plus jeune âge de n’gaouri et de touwo, de foura et de donou, de niébé, de mil, de sorgho et de maïs venus des champs de nos pères, transformés sous les pilons, dans les mortiers, par les mains de nos mères couvertes de cloques et de durillons, dans les marmites qui bouillonnent sous le feu de bois dont la fumée irrite les yeux ?
Repus, éduqués, élevés par les soins d’une ascendance paysanne, exerçant, grâce à l’école, dans des secteurs où on ne manie ni la houe ni la daba, et ayant évalué la distance parcourue, nous aimons à clamer notre origine paysanne, avec une pointe de condescendance. Il y a sans doute là l’expression d’une reconnaissance en même temps que la manifestation d’une gratitude.
Mais, cette profession quoique réaliste demeure unilatérale. Elle se contente de mettre en exergue une seule tendance de la dynamique monde paysan-école-rang social. Entre l’origine paysanne et le rang social, il y a l’école. En passant de l’une à l’autre, nous avons acquis savoir et savoir-faire par son truchement. La gratitude pleine et bien ordonnée commande que nous passions par l’école pour témoigner de notre reconnaissance au monde qui nous a nourris, par des actions concrètes.
Comment mettre l’école au service de la paysannerie nigérienne ? Telle est la question dont l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels détiennent un pan de réponse.
L’énoncé de la solution est tributaire de la question préalable que voici : quels sont actuellement, les instruments aratoires dont notre population majoritairement rurale a besoin pour continuer à nous faire vivre ?
La réponse est sans équivoque : houes, dabas, hilaires, charrues et charrettes.
Il faut donc rompre avec la tradition de la fabrication répétitive de tabourets inesthétiques et inutiles, de chaises bancales et inconfortables, et proscrire celle de l’utilisation inefficace de la matière d’œuvre.
Désormais, l’enseignement, la formation et les travaux pratiques dans nos Centres de Formation aux Métiers, dans les Centres de Formation Professionnelle et Technique, dans les Collèges et Lycées techniques doivent être orientés vers la fabrication de ces instruments.
Dès la rentrée scolaire 2026-2027, tous nos établissements disposant des filières dans les domaines de la menuiserie bois, de la menuiserie métallique et de la soudure, devront se mettre en ordre de bataille, travailler en équipe, pour relever ce défi. Le résultat attendu, c’est-à-dire la victoire concrète, visible, consiste dans la production d’outils utiles à la communauté paysanne. Pendant la fabrication on mettra un accent particulier sur l’adaptation au milieu et sur la finition.
Puisque la charité bien ordonnée commence par soi-même, on demandera aux fabricants, c’est-à-dire à nos apprenants d’utiliser ces outils dans des jardins scolaires qui auront été aménagés. Du même coup, les fabricants auront expérimenté leur produit.
Suivant le même principe, il sera exigé des apprenants de nos établissements à internat, de produire dans un potager, une partie de ce qu’ils consomment. De manière générale partout où l’eau et la terre sont disponibles, un jardin scolaire doit être créé et entretenu.
Je ne doute point que nous ayons les compétences, ce qui fait souvent défaut, c’est le leadership. Les directeurs régionaux, les directeurs de centres auront pour mission de combler ce déficit, en prenant des décisions, en guidant, en motivant pour que soit atteint l’objectif commun fixé. Ils seront responsables, et évalués en fonction des résultats obtenus.
Ce qui nous manque aussi, c’est le sens de l’initiative. Tabaski arrive avec sa grande agitation. On va, on revient, chacun marchande dans les marchés, devant les étals installés sur les trottoirs, un couteau, une hache, un coupe-coupe ou une écuelle à friture. N’est-ce pas là, pour nos établissements, pour nos apprenants et leurs formateurs, une occasion de se rendre utiles à la communauté ?
Notre ambition est de fabriquer des équipements motorisés, des tracteurs, des semoirs, des moissonneuses et autres outils (Cet objectif est atteignable à long terme), pour l’heure nous devons être réalistes et faire avec ce que nous avons.
Nous devons faire grand, nous devons voir grand. Après les périodes coloniale et postcoloniale annihilantes, nous devons, en ces temps de Refondation, renouer avec le génie créateur de nos ancêtres. Et nous avons de qui tenir : le Sultan Amadou Kouran Daga qui, au 19ème siècle faisait fabriquer des canons par les forgerons, Sonni Ali Ber qui, au 15ème siècle fit creuser des canaux à des fins d’irrigation, de navigation, notamment le canal de Kabara reliant Tombouctou au fleuve Niger. La mosquée d’Agadez qui, depuis le 16ème siècle toise et interpelle nos spécialistes en génie civil, en bâtiment et travaux publics.
Mais par-dessus tout, voyez la pyramide de Koufou (Khéops pour les Grecs), qui s’élève vers le ciel, voyez le Sphinx de son fils Kaf-rê (Khephren pour les Grecs), majestueux, inamovible, contemplant l’horizon de l’Est où le soleil point chaque jour depuis 4500 ans. Ce sont les legs de nos ancêtres qui nous appellent sans discontinuer à la renaissance,A à la grandeur, à la persévérance.
Farmo M.
