mercredi 4 novembre 2026

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Contribution à la Refondation de l’Etat : Vérité, Norme, Désobéissance à l’ordre illégal et fondements de l’honneur de l’agent public (suite et fin)

· ONEP NE
Issa Mahamadou
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I. La peur comme mode de gouvernance et de la fin des carrières

Un agent public ne doit pas céder à la peur ou aux menaces de sa hiérarchie pour violer délibérément les textes de la République. Lorsqu’une administration gouverne par la peur, elle ne fabrique plus des cadres. Elle fabrique des complices. Et une administration de complices est une administration condamnée à l’effondrement lors du premier contrôle sérieux. Le fonctionnaire qui a peur est un danger pour l’État. Car, par peur de perdre son poste, il fera perdre à l’État des milliards. Par peur d’être mal noté, il laissera passer des irrégularités qui coûteront à la Nation son honneur. Il faut le dire avec une pointe de douleur mais avec vérité : celui qui vous demande de violer les textes aujourd’hui pour le servir, vous abandonnera demain quand les corps de contrôle viendront. Il dira qu’il ne vous a jamais demandé cela. Et vous serez seul devant vos parapheurs.

II. L’éphémère des hommes et de la permanence des traces

Une sagesse populaire enseigne en substance : « Si vous voyez tout le monde contre une seule personne, ne vous précipitez pas pour la condamner. Ne demandez pas uniquement ce qu’elle a fait ; demandez-vous aussi pourquoi elle dérange autant ?

Car l’Histoire nous a souvent montré que certaines vérités ont été rejetées avant d’être comprises. Parfois, une personne est isolée non pas parce qu’elle ment, mais parce qu’elle ose dire ce que beaucoup d’autres préfèrent taire. Parfois, elle révèle une réalité inconfortable, remet en question des habitudes ou refuse simplement de suivre le mouvement. Bien sûr, être seul ne signifie pas automatiquement avoir raison, et suivre la majorité ne garantit pas non plus la vérité. La sagesse consiste à écouter, à observer, à réfléchir avant de juger. Car il arrive que celui qui est montré du doigt aujourd’hui soit celui que l’on écoutera demain ».

Qu’on ne s’y trompe pas : la vérité une fois énoncée, même étouffée sur l’instant, même punie, ne meurt jamais. Elle s’inscrit de manière indélébile dans la mémoire la plus intime du décideur. Elle devient un ver dans le fruit de sa conscience. J’ai vu des «hommes puissants», longtemps après avoir quitté les ors du pouvoir, les lambris dorés, les cortèges et les honneurs éphémères, revenir, avec le recul que seul le temps autorise, la voix basse, dire : « Cet homme que je sanctionnais, il ne me disait que la stricte et absolue vérité. J’aurais dû l’écouter ».

Cette vérité devient plus assourdissante et plus implacable encore lorsque s’enclenche le temps sacré de la reddition des comptes : lorsque les auditeurs, les Inspections des Services, les Inspections des Finances, l’Inspection Générale d’État, la COLDEFF, la Cour des Comptes commencent leur œuvre inexorable. Alors, dans la solitude de sa chambre ou dans le silence glacial d’une salle d’audition, le responsable se souviendra avec amertume des impairs commis et des conseils avisés qu’il aura délibérément piétinés. Je l’ai toujours affirmé : les fonctions administratives et politiques sont éminemment temporaires et fugaces. Les hommes passent, les fauteuils demeurent. Les pouvoirs sont empruntés. Les honneurs et titres sont prêtés par la République.

Les hommes dépourvus de sens de l’État et d’esprit critique, enivrés et grisés par l’exercice éphémère du pouvoir public, oublient cette vérité fondamentale : ils ne sont que de passage, pour un laps de temps que l’Histoire jugera bref. Ce qui reste, ce qui restera pour l’éternité, c’est la trace indélébile de nos actes. Seuls les actes que nous aurons posés durant ce court passage constitueront demain nos seuls témoins à charge ou nos seuls avocats à décharge, devant le Tribunal de l’Histoire et devant la Nation.

III. Conclusion et Conseil à la jeune génération montante d’agents publics

Je me permets de conclure par un conseil solennel à mes jeunes sœurs et frères qui entrent dans l’administration, et qui liront peut-être ces lignes dans le quotidien nigérien d’information « Le Sahel ». Mon conseil tient en cinq serments :

  1. Faites des textes votre bouclier. Ne négociez jamais avec la loi. Respectez-la scrupuleusement. Votre meilleure protection n’est pas un protecteur, ce n’est pas un supérieur, c’est les textes. Quand un dossier n’est pas conforme, refusez votre visa par écrit, en visant l’article violé. Ne posez jamais votre signature sur ce que votre conscience réprouve et que la loi interdit.
  2. Exigez toujours l’ordre écrit. Quand un ordre vous paraît illégal, ne vous opposez pas avec arrogance. Demandez avec courtoisie et fermeté qu’il vous soit donné par écrit, conformément au Statut. Ainsi, vous constaterez que quatre-vingt-dix-huit pour cent des ordres illégaux disparaissent à cette simple demande.
  3. Choisissez l’honneur long contre le confort court. Il vaut mieux une carrière lente, droite et propre, qui s’achève dans l’honneur et le respect de ses enfants, qu’une carrière fulgurante, bâtie sur des compromissions, qui s’achève dans la convocation (COLDEFF, DGSE et Justice) et la honte.
  4. Soyez des agents de l’État, et non les agents d’un homme. L’État vous survivra et vous protégera si vous l’avez servi avec loyauté. L’homme, lui, vous oubliera dès que vous ne lui serez plus utile.
  5. Enfin, je demeure convaincu que l’Histoire donne toujours raison aux hommes qui ont choisi les textes quand tout le monde choisissait le confort. Telle est mon intime conviction.

Telle est la condition sine qua non pour que l’œuvre de refondation tant prônée ne soit pas seulement une refondation des institutions, mais une refondation des âmes.

Puisse Dieu bénir le Niger et protéger ses serviteurs intègres.

Issa MAHAMADOU

Inspecteur Principal du Trésor