Hama HAMADOU
La Confédération des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) s’est dotée d’un instrument décisif : la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES), dotée d’un capital de 500 milliards de francs CFA. Reste à libérer ce capital. Tant que ce n’est pas fait, la banque reste une promesse. Il faut donc répondre à trois questions : avec quel argent, en combien de temps, et sous le contrôle de qui ?
Ma conviction est simple. Le capital de notre banque doit d’abord provenir de l’épargne et de l’effort fiscal des peuples du Sahel. Une institution financée de l’extérieur finit toujours par servir des priorités qui ne sont pas les siennes. Deux options souveraines, chiffrées et réalistes, permettent d’agir dès maintenant.
Option souveraine 1 : un grand emprunt obligataire confédéral
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont déjà levé des fonds avec succès sur le marché financier régional. Je propose d’aller plus loin : un emprunt obligataire conjoint de 500 milliards de FCFA, émis solidairement par les trois Trésors et intégralement affecté au capital de la BCID-AES. Les modalités proposées :
- Calendrier : deux ou trois tranches sur douze mois au plus.
- Durée et coupon : sept ans, avec un coupon indicatif de 6,5 %, exonéré d’impôt pour les résidents de l’AES.
- Garantie : une garantie solidaire des trois États. Le risque est mutualisé, donc la signature est plus forte que celle de chaque pays pris individuellement.
- Ancrage national : au moins 70 % de l’émission placée auprès des personnes physiques et morales de l’AES et de sa diaspora. Les outils sont un placement prioritaire, une fiscalité préférentielle pour les résidents et un réseau de distribution national, dans le respect des règles du marché commun. La propriété de notre banque doit rester entre les mains de nos concitoyens.
- Accessibilité : des coupures de 10 000 FCFA, une souscription par mobile money, et des guichets dans les bureaux de poste, les mairies, les banques et les compagnies d’assurance.
L’avantage de cette option réside dans sa rapidité. Avec 500 milliards de FCFA libérés dès la première année, la BCID peut prêter environ quatre fois ses fonds propres, comme le fait une banque de développement prudente. Cela représente près de 2 000 milliards de FCFA de financements. Si la banque couvre 40 % de chaque projet et que les cofinanceurs, les États et le secteur privé apportent le reste, environ 5 000 milliards de FCFA d’investissements stratégiques deviennent possibles. Ils iraient vers l’énergie, les corridors routiers et ferroviaires, l’agro-industrie et la transformation minière et pétrolière. Selon la prudence retenue, la fourchette va de 3 750 à 7 500 milliards de FCFA. Le coût doit être clairement indiqué : environ 32,5 milliards de FCFA d’intérêts par an pour les trois Trésors publics, soit près de 730 milliards de FCFA sur sept ans, y compris le remboursement du capital.
Option souveraine 2 : un point de TVA confédéral, dûment soutenu par la volonté populaire
La seconde voie repose sur l’effort fiscal, à condition qu’il soit ciblé, limité dans le temps et validé par les citoyens. Je propose un point de TVA supplémentaire sur le taux normal, appliqué en même temps dans les trois États :
- le Burkina Faso passerait de 18 % à 19 % ;
- le Mali passerait de 18 % à 19 % ;
- le Niger passerait de 19 % à 20 %.
Cette hausse respecte les critères de convergence de l’UEMOA, qui encadrent le taux normal entre 15 et 20 %. Le Niger atteindra le plafond communautaire, ce qui témoigne de l’ampleur de son engagement. Le taux réduit de 5 à 10 % ne change pas. Il s’applique à la liste communautaire de produits et services de consommation courante, dont chaque pays choisit au plus sept. Les produits essentiels des ménages modestes sont donc épargnés.
Les recettes fiscales intérieures et de porte des trois pays représentent environ 5 900 milliards de FCFA par an, dont près de 1 900 milliards de FCFA de TVA. Par extrapolation, un point supplémentaire rapporterait environ (base informations disponibles 2024) :
- 44 milliards de FCFA par an au Burkina Faso ;
- 42 milliards de FCFA par an au Mali ;
- 22 milliards de FCFA par an au Niger.
Cela fait 108 milliards de FCFA par an, soit environ 9 milliards de FCFA collectés et reversés chaque mois à la BCID-AES. L’effort est le même partout : près de 1,8 % des recettes fiscales de chaque État.
En attendant d’être prêtées, les sommes versées chaque mois peuvent être placées. Au taux directeur actuel de la BCEAO, de 3 %, elles produiraient environ 29 milliards de FCFA d’intérêts sur la période, soit plus de trois mois de prélèvement épargné au contribuable.
Avec une croissance nominale prudente de 6 %, le capital de 500 milliards de FCFA serait atteint en environ 49 mois. Je propose donc un prélèvement consenti pour une durée maximale de 52 mois (à un taux de recouvrement de 90%), qui s’arrête automatiquement dès que le compteur atteint 500 milliards de FCFA. Pour le consommateur, cela représente environ 85 FCFA de plus lors d’un achat de 10 000 FCFA.
L’effet de levier monte d’année en année, selon les mêmes hypothèses de prêt et de cofinancement que pour l’option 1 :
La BCID-AES gagne ainsi chaque année entre 440 et 565 milliards de FCFA de capacité de prêt nouvelle. À terme, elle mobilise le même volume d’investissement que pour l’option 1, soit près de 5 000 milliards de FCFA, mais sans aucune dette.
Une règle équitable entre les trois États
Le même point de TVA ne rapporte pas la même somme à Ouahigouya, à Mopti et à Tillabéri, parce que nos économies n’ont pas la même taille. L’effort, lui, est identique. Je propose donc une règle simple : chaque État détient un tiers du capital, soit 166,7 milliards de FCFA.
- Burkina Faso et Mali : ils atteignent leur quote-part en 41 et 42 mois, respectivement.
- Niger : à cette date, il aura versé environ 87 milliards de FCFA. Il complète les 80 milliards de FCFA restants par sa tranche de l’emprunt confédéral, qu’il rembourse en poursuivant son propre point de TVA.
Ainsi, personne ne paie pour l’autre, la parité est préservée et la banque est capitalisée en trois ans et demi. Si un État choisit d’aller au-delà de sa part, son surplus devient une créance de solidarité rémunérée au taux directeur actuel de la BCEAO, ou des actions à dividende prioritaire. La solidarité confédérale ne doit pas être une charité, mais un investissement.
Emprunter aujourd’hui, rembourser grâce à notre effort commun !
Les deux options ne s’opposent pas, elles se complètent. Un point de TVA pendant sept ans rapporterait environ 756 milliards de FCFA. C’est plus que les quelque 730 milliards de FCFA nécessaires pour rembourser l’emprunt de 500 milliards de FCFA, intérêts compris, avec une marge d’environ 28 milliards de FCFA. Techniquement, la meilleure stratégie est donc d’emprunter tout de suite pour bénéficier de l’effet de levier complet dès la première année, puis d’affecter le point de TVA au remboursement. L’effort du citoyen reste le même, mais les routes, les chemins de fer, les centrales électriques, la technologie, les raffineries, les fermes, les abattoirs, les usines et la compagnie aérienne confédérale arrivent quatre ans plus tôt. Une formule intermédiaire est aussi possible : 250 milliards de FCFA levés par emprunt et 250 milliards de FCFA par la TVA, réunis en un peu plus de deux ans.
Les conditions de la confiance
Aucun effort ne sera demandé sans transparence. Je propose cinq garanties :
- L’assentiment populaire : un débat public et un acte des organes législatifs de transition dans chaque État avant l’instauration du point de TVA.
- La clause d’extinction : retour automatique à 18 % au Burkina Faso et au Mali, et à 19 % au Niger, dès que l’objectif est atteint ou, au plus tard, au terme fixé.
- Un compteur public : les sommes collectées, reversées et les intérêts produits sont publiés chaque mois, et certifiés chaque année par les Cours des comptes nationales.
- Une gouvernance professionnelle : des dirigeants recrutés par appel à candidatures parmi les citoyens des trois États, un comité d’investissement indépendant et des règles prudentielles strictes.
- Des résultats visibles : les premiers projets financés sont annoncés dès la première année.
Nos peuples auront prouvé leur attachement à la souveraineté. Il faut maintenant leur proposer un effort utile, mesurable et limité dans le temps, dont les résultats seront visibles dans chaque région. Avec 500 milliards de FCFA de capital, nous pouvons financer près de 5 000 milliards de FCFA d’investissements stratégiques. La BCID-AES sera pleinement la nôtre lorsque chaque citoyen pourra dire : « J’ai contribué à la construire. »
[NB : Le taux de 3 % est celui que la BCEAO a maintenu le 9 septembre 2026. Le rendement de 44 MdF par point au Burkina Faso et de 42 MdF au Mali, le multiplicateur de prêt et le coupon de 6,5 % restent mes propres hypothèses, fondées sur l’observation des données de 2024 de la zone UMOA.
Hamma HAMADOU
