Lors de la conférence
La région d’Agadez, épicentre historique de l’exploitation minière au Niger, a abrité, le mercredi 8 avril 2026, une conférence-débat tenue dans la salle de conférence à l’espace Tchitchiya (ex-Alliance Française d’Agadez). Avec pour thème : « Impacts sociaux et environnementaux des industries extractives », cette rencontre d’échanges est l’initiative de trois structures locales à savoir, l’ONG ADD-Tchitchiyat, l’ONG Aghirman, le Cercle Dev et l’ONG Bladia. La conférence a ainsi réuni un parterre d’acteurs.
Le conférencier, Elhadji Almoustapha Alhacen, figure emblématique du combat citoyen dans la région d’Agadez a fait la genèse de l’exploitation minière au Niger. En 1968, lorsque le Niger nouvellement indépendant, sous la présidence de Diori Hamani, accordait à la multinationale française aujourd’hui connue sous le nom d’Orano un monopole quasi total, dans un contexte d’absence de cadre juridique protecteur, l’extraction, le transport, la commercialisation et la répartition des revenus échappaient largement au contrôle de l’État nigérien.
Par ailleurs, le conférencier a souligné que, si la période 1975-1983 a fait naître de grands espoirs, avec un Niger propulsé au rang de premier producteur africain d’uranium, le bilan dressé aujourd’hui est jugé « catastrophique ». « Sur les 160 000 tonnes supposées exportées, les recettes pour le Niger sont estimées à 600 milliards de FCFA, tandis que les contributions indirectes (taxes, exonérations, eau, etc.) atteindraient près de 3 000 milliards de FCFA », a-t-il précisé. Au-delà des chiffres, le conférencier a relevé un constat amer notamment le déficit d’infrastructures structurantes, l’insuffisance en matière de la prise en charge sanitaire, les faibles retombées sur l’éducation, l’agriculture ou l’élevage, et surtout, une dégradation environnementale majeure. « Ce n’est qu’à partir de 2006, sous la pression de la société civile, que les sociétés minières ont amorcé de timides actions en faveur des populations locales », a-t-il relevé.
A titre illustratif, les données exposées par le conférencier, appuyé dans les échanges par certaines personnalités, illustrent l’ampleur des défis. « A Arlit, plus de 75 millions de tonnes de résidus radioactifs, contenant jusqu’à 80 % de la radioactivité initiale, seraient encore exposées à l’air libre, avec une durée de vie estimée à 4,3 milliards d’années. La fermeture de la Cominak en 2021, sans réaménagement effectif des sites, accentue les risques pour les populations. La question de l’eau apparaît tout aussi critique. La nappe de Tarat serait exploitée à près de 80 %, tandis que la Somaïr reconnaissait déjà en 2010 utiliser 2 000 m³ d’eau pour produire une tonne d’uranium. Entre 1969 et 2004, ce sont 275 millions de m³ qui ont été pompés, dans une région où l’accès à l’eau potable reste problématique. Pire encore, des analyses révèlent des taux d’uranium supérieurs aux normes de l’OMS à Arlit et Agadez », précise le conférencier.
Au regard de cette communication riche de renseignements et d’information, les participants ont dans leurs interventions déploré et dénoncé un modèle d’exploitation ayant conduit à la spoliation du pays en général et des populations en particulier, à la dégradation de l’environnement et à l’émergence de pathologies jusque-là inconnues dans la région. Toutefois, loin de céder au fatalisme, après avoir salué l’engagement du Président de la République pour avoir courageusement décidé de nationaliser les sociétés minières, ils ont appelé à une refondation profonde de la gouvernance minière.
Parmi les pistes de solutions évoquées figurent le respect strict des études d’impact environnemental, la création de centres de recherche en radiologie, l’implication accrue de l’Université d’Agadez et des instituts de recherche, ainsi que la lutte contre la corruption, l’impunité et les pratiques de corruption. L’intégration effective des populations locales dans toutes les étapes des projets miniers est également apparue comme une recommandation incontournable.
Ali Maman, ONEP-AGADEZ
