Au centre d’apprentissage de métiers dédié aux personnes en situation de handicap de Téra...
Depuis plus de deux décennies, l’Association des Handicapés Locomoteurs de Téra mise sur la formation professionnelle pour lutter contre la mendicité. Malgré une insuffisance de partenaires et de moyens, ses responsables poursuivent leur engagement en faveur de l’insertion socio-économique des personnes en situation de handicap. Créée en 1999, l’Association des Handicapés Locomoteurs de Téra a pour mission d’accompagner les personnes en situation de handicap à travers l’apprentissage d’un métier afin de lutter contre la mendicité dans la ville de Téra.
Une matinée de fin mai 2026, aux environs de 10h, sous l’ombre d’un grand arbre, un groupe de jeunes handicapés s’activent avec courage et concentration. Malgré leurs difficultés, dans une ambiance calme et sérieuse, ils travaillent avec dignité à la devanture du centre, au bord du goudron. Ces jeunes sont en train de fabriquer des chaises et des lits. L’un d’eux, en t-shirt blanc, en béquilles, supervise le travail. Un autre, assis sur une chaise bleue et rouge, tisse soigneusement un lit. Plus loin, un autre jeune s’occupe de la finition d’une chaise aux couleurs orange et rouge. Sur le sol et un peu partout, on aperçoit plusieurs jeunes, avec des outils, des fils et des structures métalliques, chacun occupé par son travail.
Il faut noter que le centre a été créé sur l’initiative de l’ancienne Première dame, Clémence Ibrahim Baré Maïnassara, en collaboration avec le ministère en charge de la Santé publique, pour un coût de 20 millions de francs CFA. Toutefois, malgré cet investissement, le centre a longtemps souffert d’une insuffisance de soutien et d’un abandon progressif. Après plusieurs présidents qui se sont succédé à sa tête, le centre est aujourd’hui dirigé par M. Ali Amadou, assisté par son vice-président, M. Adamou Abdou. Tous deux ont expliqué la situation actuelle du centre, les sacrifices consentis pour assurer son fonctionnement ainsi que les nombreux défis auxquels font face les personnes en situation de handicap.
Le centre compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, composés d’hommes, de femmes et de jeunes âgés de 15 ans et plus, dont une vingtaine de jeunes en formation. Il accueille des personnes présentant différents types de handicap, notamment des personnes aveugles ou malvoyantes, des personnes sourdes ou malentendantes, ainsi que des personnes amputées. Le centre reçoit également certaines personnes ne présentant aucun handicap. Aucune limite d’âge n’est imposée pour intégrer les formations, les responsables estimant qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre un métier. Les bénéficiaires suivent une formation fondée sur une pédagogie adaptée, un apprentissage progressif et un suivi régulier. Avant leur admission, plusieurs conditions sont toutefois fixées, auxquelles les apprenants ainsi que leurs accompagnateurs doivent se conformer.
Une fois admis, les jeunes consacrent pleinement leur temps à leurs activités de formation. Ils apprennent notamment le tissage et la fabrication de chaises, la menuiserie métallique, la couture, le commerce ou encore l’embouche ovine. Selon les responsables, cette occupation quotidienne contribue à éloigner durablement les jeunes de la mendicité. Selon le président du centre, si la mendicité persiste dans certaines localités du pays, cela est principalement lié à un déficit d’éducation. Il estime que les valeurs éducatives transmises autrefois étaient plus solides que celles d’aujourd’hui. « Les parents d’aujourd’hui font preuve de beaucoup de laisser-aller. Ils suivent moins leurs enfants, privilégient les gains et les jeunes recherchent de plus en plus l’argent facile. Ce manque d’éducation a profondément bouleversé la jeunesse actuelle », a-t-il expliqué.

M. Ali Amadou souligne que l’association recrute, sensibilise et forme gratuitement les personnes en situation de handicap dans le but d’éradiquer totalement la mendicité à Téra. Il affirme également qu’à sa connaissance, il n’existe plus personne en situation de handicap qui mendie à Téra. Selon lui, si un tel cas existe, il s’agirait probablement d’une personne venant d’une autre localité ou qui ne connaît pas encore l’existence du centre. Pour ce travail remarquable, il a déclaré que le centre reçoit régulièrement les encouragements et les félicitations du chef de canton, du préfet, de l’administrateur délégué ainsi que de plusieurs autres autorités locales.
Des difficultés qui freinent le développement du centre
Malgré ces résultats encourageants, le centre fait face à plusieurs difficultés. La première est la rarété de partenaires techniques et financiers. Selon les responsables, un partenariat solide permettrait d’accueillir davantage de jeunes, y compris des personnes non handicapées souhaitant apprendre un métier. La deuxième difficulté concerne le manque de formations de perfectionnement. Selon Ali Amadou, la dernière grande formation remonte à 2005. Depuis cette date, les formateurs continuent de transmettre les mêmes compétences acquises il y a plus de vingt ans.
« Nous savons fabriquer et tisser des chaises, construire des charrettes, mais cela fait des années que nous enseignons les mêmes métiers. Nous voulons réellement progresser. Nous souhaitons aller plus loin et bénéficier de formations en froid et climatisation, en électricité, en carrelage. Les femmes ont également besoin de formations en transformation agroalimentaire à savoir la fabrication de savon liquide, de biscuits, de savon solide, de farines et bien d’autres produits. Cela ouvrirait de nouvelles perspectives à nos membres et faciliterait les partenariats avec les ONG et l’État », a-t-il plaidé.
Le président nourrit également le souhait de voir naître une école spécialisée destinée aux personnes en situation de handicap. Selon lui, les progrès réalisés au fil des années démontrent que les jeunes apprennent rapidement et parviennent à s’insérer professionnellement. « Grâce à cette activité, nous arrivons aujourd’hui à vivre dignement. Lorsqu’on apprend un métier, on devient autonome, responsable et indépendant. Cela éloigne de la délinquance, de l’impolitesse et de la mendicité », a-t-il affirmé.
Profitant de cette occasion, Ali Amadou a lancé un appel aux autorités publiques ainsi qu’aux organisations non gouvernementales afin qu’elles accompagnent davantage le centre. Il a enfin invité les parents à mieux accompagner leurs enfants et à les orienter vers la formation professionnelle, qu’il considère comme l’une des meilleures solutions pour lutter contre le chômage. « Avant nous mendions et aujourd’hui nous formons les autres » a-t-il dit avec fierté.
Le vice-président du centre, M. Adamou Abdou, partage le même constat. Il rappelle que le centre est longtemps resté méconnu avant de gagner progressivement en visibilité. Il affirme que le président a multiplié les initiatives pour développer la structure. « Le président s’est énormément investi pour ce centre. Son objectif a toujours été de le faire avancer. Pendant longtemps, beaucoup d’entre nous vivaient de la mendicité. Aujourd’hui, il est très rare de trouver une personne en situation de handicap à Téra qui ne sache pas exercer ce métier. Ce centre est très important. Il a permis à de nombreuses personnes de retrouver leur dignité. Nous sommes prêts à aller encore plus loin », a conclu Adamou Abdou.
Cette initiative locale contribue à changer le regard porté sur le handicap à Téra. Grâce à la formation professionnelle et à l’apprentissage de métiers, le Centre de l’Association des Handicapés Locomoteurs de Téra œuvre pour favoriser l’autonomie économique des personnes en situation de handicap et lutter contre la mendicité. Malgré des moyens limités et un manque de partenaires, ses responsables continuent de défendre un modèle fondé sur le travail, la dignité et l’inclusion.
Assad Hamadou (ONEP)
