Séquence de la pièce chorégraphique Yelène au spectacle d’ouverture de la SNC
« An Kata Bobo », signifiant en dioula « Allons à Bobo », tel est le slogan qui sonnait la mobilisation pour la 22ème édition de la Semaine Nationale de la Culture qui depuis son institutionnalisation en 1983 n’a cessé de prendre de l’ampleur, l’engouement du public allant crescendo. La SNC, c’est effectivement sept jours d’intenses activités culturelles et artistiques. A cette édition, les candidats aux différentes disciplines du Grand Prix des Arts et des Lettres, notamment 128 troupes et ensembles artistiques en art du spectacle, 28 artistes en art plastique, 48 concurrents en art culinaire, 112 écrivains en littérature, venus des 17 régions du Burkina et sa diaspora (Mali, Niger et Côte d’Ivoire) ayant présenté 70 artistes pour les arts du spectacle, ont tous rivalisé de créativité, de performances artistiques. La même ardeur a été observée dans les compétitions sportives avec 431 athlètes qui se sont défiés en lutte traditionnelle et tir à l’arc. Aussi, les plateaux d’animation dressés sur les places publiques, les carrefours comme la devanture de l’hôtel de Ville, le centre culturel les Bambous, les espaces de fête ou le site du village artisanal ont maintenu la Cité de Sya dans une ambiance de fête durant toute une semaine.

L’édition 2026 de la SNC placée sous le thème « Culture, jeunesse et transmission des valeurs sociales » et dont le pays invité d’honneur est le Ghana, a été couplée avec un autre événement : la 2ème édition de la Semaine de la Fraternité de l’AES, une initiative impliquant le Burkina Faso, le Niger et le Mali, avec à son programme, entre autres, des activités culturelles, commerciales, des conférences. Sous la conduite du Premier ministre M. Ali Mahaman Lamine Zeine et du ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, M. Sidi Mohamed Almahmoud, le Niger a participé aux deux manifestations avec une délégation officielle d’une cinquantaine de personnes représentant divers secteurs d’activités.
La palme de la mobilisation pour l’édition 2026 de la SNC
Événement habituel pour la population de Bobo Dioulasso, capitale culturelle du Burkina Faso, la SNC est une manifestation préparée chaque fois avec toute l’attention que requiert son envergure. Car, il s’agit d’accueillir des milliers de festivaliers qui viennent de toutes les régions du pays et sa diaspora, mais aussi des autres pays africains et du reste du monde. Bien rodé, à la tâche, le Comité National d’Organisation (CNO) présidé par Bétamou Fidèle Aymar Tamini, a mis les petits plats dans les grands, pour, comme l’a promis le ministre burkinabè de la Culture, Pingdwendé Gilbert Ouedraogo, « faire de cette 22ème édition de la Semaine Nationale de la Culture une édition historique ». Et, le moins qu’on puisse dire à ce sujet, est que la mobilisation a été à la hauteur. Dès le 24 avril veille de l’ouverture de l’événement, les hôtels, Résidences et tout ce qui pouvait servir à héberger les hôtes affichaient pleins. En témoigne les longues files d’hommes et femmes, jeunes surtout, visibles le 25 avril, dès 13 h le long des voies menant à l’entrée principale du stade Sangoulé Lamizana, voulant assister à la cérémonie de lancement de la biennale prévue à partir de 15h. Une bonne partie de cette foule enthousiaste, n’ayant pu accéder à l’intérieur du stade qui s’est rempli vite, est restée dehors debout jusqu’au crépuscule. Une mobilisation qui va de soit, pourrait-on dire ,s’agissant de Bobo Dioulasso, capitale culturelle du pays. Un statut renforcé avec sa désignation le 31 octobre 2025 comme Ville créative de l’UNESCO dans le domaine des arts populaires et de l’artisanat, car cette cité est réputée pour son riche patrimoine culturel, son artisanat dynamique avec l’exemple du textile Koko Dunda et la vitalité de ses traditions, faisant de la créativité un levier de développement urbain.

Pour la cérémonie de lancement cette édition de la SNC, elle a été féerique, marquée particulièrement par la création du chorégraphe et metteur en scène bobolais Oumar DÉMÉ, intitulée Yelene ou Lumière. Une trentaine de minutes, d’un spectacle reflétant la diversité culturelle et la puissance du symbolisme, avec des danseurs et danseuses vêtus de tenues tantôt blanches, Koko Dunda aux couleurs variées, des gestes, paroles, souvent un silence, des sons de divers instruments de musique traditionnelle. La mise en scène valorise les traditions, la bravoure, la résilience, la lumière et projette aussi vers un avenir de développement dans la modernité, la transmission des valeurs, ainsi que le rappelle le thème de cette 22ème édition de la SNC.
Le défilé, véritable vitrine des identités culturelles du Burkina Faso, avec le passage des régions du pays dans une diversité de couleurs, de rythmes et de symboles, a été pour le public un spectacle immersif à travers des danses, mises en scène inspirées du patrimoine des communautés.
Le public présent, mais aussi les téléspectateurs ont vécu des moments de plaisirs, jusqu’au trois coups de gong donnés à la nuit tombante par le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, geste qui marqua officiellement le lancement des activités de la grande biennale culturelle qui devait durer une semaine.
Des prestations artistiques de bonnes factures, des talents récompensés
Venus des 17 régions du Burkina Faso et sa diaspora au Mali, en Côte d’Ivoire et au Niger des artistes ont rivalisé de créativité pour les récompenses du Grand Prix national des Arts et des Lettres (GPNAL) dans plusieurs disciplines. Sur 1 799 artistes attendus, 1 762 ont effectivement pris part aux compétitions, à travers des prestations et des œuvres qui ont consacré de nombreux talents au grand plaisir de quelque 750.000 festivaliers annoncés par le Comité d’organisation. A l’issue des compétitions pour le Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL) de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) Bobo 2026, 59 prix spéciaux ont récompensé les talents.

Lors de la cérémonie de clôture qui a eu lieu le 2 mai à la Maison de la Culture Mgr Anselme Titianma Sanon de Bobo-Dioulasso, sous la présidence du Premier ministre, M. Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, la Directrice générale de la SNC, Mme Christiane Carole Sanon Coulibaly, a salué « une édition réussie, tant sur le plan organisationnel qu’artistique ».
La Nuit des lauréats, ou soirée dédiée aux arts du spectacle a offert au public un concentré de créativité, à travers les prestations en live des artistes et troupes lauréats. A en juger par les artistes et groupes primés, la SNC 2026 a, une fois de plus, confirmé sa vocation : révéler les talents, célébrer la diversité culturelle du Burkina Faso et assurer la transmission des valeurs sociales aux jeunes générations.
La Semaine de la fraternité de l’AES clôturée en beauté par un spectacle avec de belles sonorités sahéliennes
Événement dans l’événement, la 2ème édition de la semaine de la Fraternité de l’AES qui s’est tenue du 26 avril au 1er mai en marge de la 22ème édition de la SNC vise entre autres le renforcement des liens culturels et de solidarité entre les peuples du Sahel, la valorisation et la sauvegarde des patrimoines matériels et immatériels, la structuration des industries culturelles et créatives, le développement d’une diplomatie culturelle, etc.
Après une semaine d’interactions cette semaine dont le lancement a été marqué par la prestation du célèbre groupe artistique Sogha du Niger, a pris fin en beauté, avec la soirée musicale organisée le 1er mai sur la scène de la Maison de la culture Mgr Anselme Tatianma Sanon, de Bobo Dioulasso. Les groupes musicaux et artistes du Burkina Faso, Mali et du Niger ont servi au public un beau spectacle.
Parmi les prestations il y a celle du Ballet national du Burkina qui a ouvert la soirée à travers une création illustrant la maîtrise d’instruments traditionnels de musique et de beaux pas de danse, déclenchant les applaudissements du public. A suivi la troupe Neba Solo Traoré du Mali qui a livré sa prestation de musique et danse au son du balafon, des calebasses.
Remarquables par leur habillement, les membres de la troupe de danse traditionnelle Bouyama du Niger ont pris ensuite possession de la scène. Au son dominant des tambours gourmantchés, menés par le chef de la troupe, le septuagénaire Baouri Dabondi, avec Babogoun Parou comme lead vocal, les danseurs ont gratifié le public d’une très belle performance de Tankiala, saluée par l’ovation du public. La troupe Mamaki de Zongo de Niamey, les peulh wodabe ont également presté à travers une création mêlant rythme et danses exécutés lors des fêtes du Bianou ou du Guéréwol.
Miss Tanya, artiste burkinabè dont le style musical mélange l’afrobeat et l’afro-pop, les sonorités locales, a agréablement clôturé la soirée avec Gondal titre phare de son nouvel album du même nom.
Ces prestations qui ont égayé le public illustrent la vivacité et la beauté du patrimoine musical traditionnel du Sahel. La soirée animée par des artistes et troupes culturelles du Niger, du Mali, du Burkina Faso et sa diaspora est aussi un symbole des liens culturels qui unissent les peuples.
Une présence active du Niger à la SNC et à la Semaine de la Fraternité de l’AES
Sur le site de la foire commerciale, au village artisanal, où était le village des communautés, au stand de l’AES, sur les plateaux d’animation, ou lors des panels, le Niger à bien marqué sa présence à la 22ème édition de la semaine de la Culture et à la 2ème édition de la Semaine de la Solidarité de l’AES.
La foire artisanale et commerciale organisée en marge de chaque édition de la SNC au secteur 22 de Bobo Dioulasso est une des attractions de l’événement. Le comité d’organisation a emménagé 1000 stands sur le site. Y sont exposés tous les produits marchands qu’on peut imaginer, mais aussi les biens et services qu’offrent les entreprises. Les produits exposés et vendus sur les stands du Niger sont entre autres, l’encens, dont les fragrances accueillent les visiteurs, le kilichi, une référence nigérienne, les bonnets cousus à la main, les produits de la maroquinerie, de la bijouterie, etc. Aussi, lors de la journée de dégustations des mets nigériens au village des communautés, l’engouement était du public était manifeste autour des stands du Niger.
Des panélistes nigériens aux rencontres du donner et du recevoir
Les conférences organisées en marge de la SNC dans le cadre de la Semaine de la Fraternité de l’AES ont enregistré la participation des panélistes nigériens.
Pour les deux sessions de la Table ronde du 30 avril à l’Université Nazi Boni de Bobo Dioulasso sur des thématiques portant sur le rôle de la culture dans la souveraineté, la fraternité et la résilience des peuples de l’espace ; la parenté à plaisanterie comme mécanisme endogène de régulation sociale, de dialogue intercommunautaire et de promotion de la paix, deux nigériens ont pris la parole aux côtés d’autres panélistes.
M. Mohamed Kabir Souleymane, cinéaste et acteur de la société civile du Niger a axé entre autres son intervention sur les valeurs culturelles à préserver pour le développement socio-économique, la sécurité dans l’espace communautaire. M. Maki Garba Directeur général de l’APEIC du Niger, a quant à lui présenté une communication sur un aspect de la parenté à plaisanterie comme pratique communautaire entre les groupes ethnolinguistiques, confessionnels, socioprofessionnels, régulant les rapports sociaux et qui promeut la solidarité, la convivialité, la paix.
Le 1er mai, à la Maison de la Culture Mgr Anselme Tatianma Sanon, le directeur général de l’INAC Taya, M. Souleymane Ibrahim, la Directrice générale du CCOG, Mme Ali Soumaila Aichatou tous les deux du Niger, et M. Romaric Sanou de l’administration de la SNC ont animé un panel sur le thème de la gestion des espaces culturels au sein de l’AES, les contraintes et défis.

Mme Ali Soumaila Aichatou, qui a ouvert les interventions sur le sujet, a fait un rappel sous l’angle anthropologique du concept d’espace culturel dans les sociétés africaines traditionnelles, parlant de la place publique ou la devanture de la maison du chef où se produisaient les artistes, les spectacles sans formalités, avec un accès gratuit. Avec l’évolution des sociétés dans l’Etat moderne, a-t-elle indiqué les espaces culturels sont devenus des institutions avec une administration, une procédure de gestion qui a ses exigences. Elle posé également la question de la gestion de ces lieux en termes programmation, d’entretien prenant le cas de certains espaces culturels du Niger existant depuis de décennies, dont l’engouement du public laisse à désirer.
Le second intervenant, M. Souleymane Ibrahim a orienté son analyse sur le rôle des espaces culturels modernes comme lieux dédiés aux prestations artistiques, spectacles favorisant une interaction entre les artistes, les créateurs et le public, dont l’accès peut être payant ou gratuit. Mais, il a souligné l’importance de la programmation, avec une offre diversifiée tenant compte de l’environnement, des attentes des communautés.
Concernant les défis de la gestion des espaces culturel au sein de l’AES, le paneliste a évoqué le faible échange entre les structures des différents pays, l’insuffisance du financement, l’insécurité, ou la vétusté des infrastructures. Aussi, il a relevé l’absence de création, l’évolution dans le mode de consommation de l’art avec le développement du numérique et la politique culturelle commune qui tarde à se concrétiser.
Le troisième intervenant, M. Romaric Sanon de la SNC a surtout développé son propos sur le lien entre la promotion de l’art et la rentabilisation des espaces culturels, les deux exigeant des moyens financiers. D’où, a-t-il indiqué, la nécessité de concilier les deux démarches à travers un regard critique sur la gestion des espaces culturels. Au niveau communautaire, M. Romaric Sanon a souligné l’importance de la promotion de la culture à travers un fonds qui lui est dédié, la circulation des artistes et des créations.
Un bilan satisfaisant pour la délégation nigérienne à la SNC et à la Semaine de la Fraternité de l’AES
« C’est avec un grand plaisir que nous sommes venus à Bobo Dioulasso pour participer à la 22ème édition de la SNC qui est couplée à la 2ème édition de la semaine de la Fraternité de l’AES », a déclaré ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, M. Sidi Mohamed Almahmoud. En plus de la satisfaction concernant les activités artistiques, les ventes à la foire, cette participation a permis à la délégation nigérienne de vivre des expériences que le Niger entend capitaliser. « Nous avons appris beaucoup de choses et nous allons in sha’a Allah prochainement organiser la troisième édition de la Semaine de la Fraternité de la Confédération AES », a ajouté M. Sidi Mohamed Almahmoud qui a exprimé sa reconnaissance auprès des Burkinabè dont il a salué la qualité de l’accueil vis-à-vis de la délégation nigérienne. Tirant le bilan de la participation du Niger au double événement lors de sa rencontre avec la délégation nigérienne, le ministre a exprimé sa satisfaction, et appelé les uns et les autres à capitaliser les expériences vécues.
Les autorités du Burkina Faso ont officiellement témoigné leur reconnaissance et remerciements à la délégation nigérienne pour sa présence et sa solidarité. Ce sentiment a été symbolisé par la remise d’une distinction au ministre Sidi Mohamed Almahmoud qui a été élevé au rang d’officier de l’ordre de l’Étalon et un tableau portant la mention remerciement, réceptionné par le Directeur du patrimoine culturel, M. Ousmane Nahantchi qui a coordonné les activités de la délégation nigérienne à la 22ème édition de la SNC et à la 2ème édition de la Semaine de la Fraternité de l’AES à Bobo Dioulasso.
Souley Moutari (ONEP)
Envoyé spécial à Bobo Dioulasso
