À Dosso, l’artisanat occupe une place importante dans la vie socioéconomique. Pour certains, c’est un métier appris et transmis de père en fils, pour d’autres, c’est juste une activité économique. Mais pour tous les artisans, la vente des produits de leur savoir faire procure des revenus permettant de subvenir aux besoins de la famille. Au Niger, le secteur de l’artisanat regroupe 291 métiers répartis en 8 branches et 40 corps de métiers. Le village artisanal, cadre de travail mais aussi de vente des produits fabriqués par les artisans, illustre la richesse et la diversité de l’artisanat local. La visite de ce lieu est davantage agrémentée par la découverte qu’on fait en franchissant la porte du musée régional installé au sein du village artisanal et où sont conservés, exposés des éléments des traditions, d’histoire, du savoir faire des communautés, en somme du patrimoine local.

De la maroquinerie au tissage, en passant par la forge, la poterie, la vannerie, ou encore la transformation agroalimentaire et la menuiserie dans sa diversité, le secteur de l’artisanat fait vivre de nombreux artisans et participe fortement à l’économie locale. Malgré les difficultés liées au financement, à l’accès aux marchés et à la concurrence des produits importés, les artisans de Dosso continuent de travailler avec patience et savoir-faire pour maintenir cette activité qui représente aussi une part importante de l’identité culturelle.
Le décor parle de lui-même au village artisanal de Dosso. Des copeaux de bois au sol, des morceaux de fer posés dans un coin, des marteaux usés par le temps, des machines rudimentaires qui continuent pourtant de servir. A côté d’un tas de fer, un artisan applique soigneusement la peinture sur le devant d’un lit déjà achevé. Plus loin, d’autres façonnent des armoires, des tables.
Dans une boutique voisine, divers produits artisanaux sont exposés sur des étagères en bois accrochées aux murs. Des chaussures faites à la main, (sandales, babouches noires, rouges ou beiges), des sacs à main de plusieurs formes et gabarits, des mallettes en cuir, mais aussi des éventails coloriés, des tissus teints. Au-dessus, des tableaux sculptés en relief représentant des scènes de la vie quotidienne, attirent le regard. Pour les artisans, ce métier est bien plus qu’un travail. « Je confectionne et commercialise des produits artisanaux de plusieurs variétés. C’est mon seul métier, je ne vis que de ça », confie Harouna Abdou, artisan depuis plusieurs années.
Au sein du village artisanal de Dosso, 27 artisans exercent individuellement tout en partageant les charges liées au loyer, à l’eau et à l’électricité de leur local. Chacun essaie de maintenir son activité malgré les difficultés.
Un métier fragilisé par de nombreux obstacles
Si l’artisanat reste une richesse pour les artisans, il fait aujourd’hui face à de nombreux défis. Le manque de financement, l’accès difficile aux marchés publics, la concurrence des produits importés et la faible reconnaissance institutionnelle freinent considérablement son développement. Les artisans expliquent qu’autrefois, la situation était plus favorable grâce aux projets de développement qui passaient directement des commandes auprès d’eux. Aujourd’hui, les règles ont changé. «Avant, nous travaillions beaucoup avec les projets. Maintenant, tout passe par les appels d’offres et ce sont souvent les entrepreneurs qui prennent les marchés », explique un artisan anonyme.
Selon le président du complexe des artisans de la maison de l’artisanat, Maître Abdoulaye Fouta, cette situation pénalise fortement les producteurs. « Les commandes ne passent plus directement par les artisans. Les entrepreneurs prennent les marchés, retirent leur part, puis confient le travail à d’autres intermédiaires. Quand la commande arrive enfin chez nous, il ne reste presque plus rien. Cela réduit nos revenus et rend difficile la bonne exécution des produits », déplore-t-il.

Il donne un exemple simple. Une table produite par un artisan à 30 000 FCFA peut être vendue à l’État à 45 000 FCFA par un entrepreneur. Pour une armoire fabriquée entre 90 000 et 100 000 FCFA, certains marchés publics dépassent 150 000 FCFA. «Avant, on gagnait vraiment. Aujourd’hui, on ne comprend plus rien », lâche-t-il. Cette réalité pèse lourdement sur les artisans qui vivent uniquement de ce métier et qui peinent à maintenir leurs activités.
Une question de reconnaissance
Pour le président de la Fédération des artisans de Dosso, M. Hama Djibo, le problème dépasse la simple question des revenus. Il s’agit aussi de reconnaissance. Chaque objet fabriqué, explique-t-il, demande du temps, de la réflexion et de l’expérience, mais ce travail n’est pas toujours récompensé à sa juste valeur. « Malgré notre savoir-faire, l’État achète rarement chez nous. Pourtant, la qualité de nos produits est supérieure. Nous maîtrisons parfaitement notre métier et nous avons de nombreuses compétences », affirme-t-il. Pour améliorer leur visibilité, les artisans participent régulièrement à des foires, des expositions, des rencontres nationales et internationales. Ces événements leur permettent de montrer leur savoir-faire et de créer des partenariats. Mais, cela reste insuffisant, estime Hama Djibo. « Dans les normes, le domaine artisanal a droit à 30 % du budget de l’État, mais jusque-là, cela ne se passe pas comme ça », regrette-t-il.
Il dénonce également le fait que de nombreux marchés liés aux constructions, aux meubles ou aux hangars soient attribués à des entreprises extérieures plutôt qu’aux artisans locaux. « Les gens préfèrent parfois donner les contrats à des étrangers venus d’ailleurs alors que nous sommes là, avec les compétences nécessaires », souligne-t-il.

À cela s’ajoutent d’autres difficultés comme le manque de financements pour moderniser les outils de travail, la copie de certaines créations sans bénéfice pour les auteurs, ainsi que le manque d’intérêt de certains jeunes pour ces métiers pourtant porteurs.
La formalisation, un passage obligé
Face à cette situation, la directrice départementale de l’artisanat de Dosso, Mme Hassane Hamani Balkissa, rappelle que l’artisanat reste un des piliers économiques majeurs du Niger. Mais à Dosso, beaucoup d’artisans restent encore dans l’informel. Sans carte professionnelle, sans numéro d’identification fiscale (NIF), sans RCCM. Ils restent de facto exclus de nombreuses opportunités, notamment les commandes publiques et certains financements. Pour elle, le principal défi reste donc le passage au formel. Des actions sont mises en place pour accompagner cette transition, notamment le renouvellement de la Chambre des Métiers de l’Artisanat du Niger, l’élection des consulaires, ainsi que des programmes de formation professionnelle et entrepreneuriale destinés aux jeunes et aux femmes. Le projet REEL-MAHITA, porté par la coopération belge ENABEL, fait partie de ces initiatives qui visent à renforcer l’insertion professionnelle et l’autonomisation économique. La directrice insiste également sur la nécessité, pour les jeunes, de se former auprès de centres spécialisés ou de maîtres artisans, puis de se formaliser pour accéder aux marchés et aux financements. À Dosso, l’artisanat reste ainsi un pilier économique mais aussi identitaire. Entre tradition et modernisation, les artisans continuent de se battre pour préserver leur métier, valoriser la production locale et transmettre un patrimoine qui fait partie de l’identité même de la région.
Aminatou Seydou Harouna et Fatiyatou Inoussa, Envoyées spéciales
