Une vue du hall du musée
Créé en 1997, le musée régional de Dosso est du même statut que celui de Zinder qui a ouvert ses portes en 1987, à la différence de celui de Niamey, le plus ancien et le plus grand du pays ayant vu le jour en 1959 et qui a un caractère national.
Depuis sa création, cette institution logée dans l’enceinte du village artisanal de Dosso offre aux visiteurs un cadre agréable de détente, de découverte. Appelé Musée Djermakoye, cet espace culturel s’est imposé comme une vitrine intégrante de toutes les composantes socioculturelles de la région. Il conserve et expose l’histoire, les traditions et l’artisanat des communautés tout en offrant aux visiteurs un aperçu du patrimoine local.

À première vue, le musée donne l’impression d’une maison ordinaire. L’on ne peut se douter que franchir les escaliers de 3 à 4 marches, donne directement accès à un voyage dans le temps. En franchissant le seuil, le regard se pose sur une statue grande de taille, habillée en boubou bleu ciel, turban marron, foulard rouge accroché, des gants violet clair, tenant en main un instrument de musique géant. A l’entrée, sur la droite, se trouve un tableau peint aux couleurs rouge, bleue, orange, verte et noire. Ce dernier, qui incarne la parenté à plaisanterie, fait la description de deux cousins Goubé et Touareg jouant au jeu de duel autour du thé, créant ainsi une atmosphère typique des fadas et de la cohésion sociale. En levant un peu la tête, les photos des anciens Présidents de la République et Chefs d’Etat sont accrochées pour permettre aux visiteurs d’apprendre, au-delà de l’histoire de Dosso, celle du Niger. Les portraits des gouverneurs de la région, ceux du Sultan Maidanda S. Djermakoye, des chefs des cantons qui composent la région, tous ont leur histoire gravée sur les murs du musée régional.
Un peu plus loin, sur la gauche, est présentée sur un tableau vitré, une tunique royale du sultan Maidanda Seydou qui l’a reçue de son père Seydou Djermakoye, symbole de pouvoir et de royauté. À droite de la tunique, est fixée une couverture « Sakala » Zarma ainsi que le trophée d’un léopard symbolisant également le pouvoir. Sur le même alignement, sont affichées des chevillières ancestrales des ethnies Peulh, Bororo, Gourmantché et Zarma confectionnées en cuivre, en bronze et en aluminium. Ces objets anciens constituent un trésor social porté par les femmes lors des cérémonies de réjouissance. Au centre, ‘’ la jarre de silo Boutana’’, lourde de 90 kg, découverte à quelques kilomètres de Tibiri, attire très vite l’attention. Datant du 18è siècle, elle servait à la conservation des objets sacrés de grande valeur. À sa découverte, elle contenait une grande quantité de cauris et divers outils rituels.
Des chevalières, des bérets militaires de la période des colons, des selles de cheval, tous des simples objets diraient certains, mais d’une valeur précieuse, qui racontent des années et des années d’histoire de tout un peuple. Dans les coffres vitrés sont mis en valeur des bustes classés par catégories représentant les groupes ethniques, femmes et hommes, chacun avec un trait spécifique qui le distingue de l’autre. Ce musée conservateur d’objets d’art anciens, sert de supports pédagogiques pour les écoles, les visiteurs et les générations futures pour mieux appréhender l’histoire de la région. Dans tout ce décor, un autre point attire très vite l’attention du visiteur : la statue de l’adepte du génie de la foudre (Dongo), avec ces caractéristiques portant une tenue à motif carreau noir et blanc, un chapeau noir sur la tête, le sac accroché et la daba sur l’épaule. Devant lui, est positionné un homme courbé, un pied derrière avec appui sur le second, daba entre les mains, laboure son champ. Cette scène met en avant la fertilité des terres de la cité des Djermakoyes et à la fois l’engagement de la population dans l’agriculture, un des métiers phares de la région. Dans trois autres coffres vitrés se tiennent des statuettes illustrant les tenues traditionnelles des mariées haoussa, zarma et peulh. Un tableau peint par l’artiste Tankari démontre une scène de chasse à l’outarde.
Des pagnes variés tels que la couverture Sahel vert zarma, couverture de noces, couverture tera tera, des bijoux, des outils agricoles et du quotidien des Zarma, retraçant plusieurs siècles de culture dans la région, sont exposés. La créativité des artisans s’exprime par des sculptures et œuvres d’art, les instruments traditionnels de musique, poignards, meules broyeuses, instruments de chasse, vannerie, l’effigie du cheval caparaçonné du Djermakoye. La présentation avant les monnaies de l’époque et actuelle, une photographie du défilé militaire du 18 décembre 2014, des boucliers en peau d’oryx et de chameau, des démonstrations des métiers de tisserand y sont pour accompagner les visiteurs à se reconnecter avec le passé.
Le musée régional de Dosso a connu depuis sa création deux conservateurs de 1998 à 2024. Aujourd’hui, deux appelés du service civique sont mis à la disposition de ce lieu historique comme conservateurs. Selon le responsable régional de la Culture, M. Bawa Kadadé Riba, ce musée nécessite un conservateur qui a une connaissance approfondie sur les objets d’art anciens. « On essaie, mais ce n’est pas facile de mener à bien un travail quand on n’est pas spécialiste du domaine », a souligné le responsable régional de la culture.
A Dosso comme ailleurs, bon nombre de personnes ignoraient l’existence du musée, mais grâce à un programme intitulé « l’éducation au programme » initié à travers le club des livres invitant les établissements scolaires de la région à faire le tour, ce lieu a connu une visibilité remarquable. « Ils viennent accompagnés de leurs encadreurs découvrir le musée, son emplacement et les objets qui y sont exposés. La collecte a concerné toute la région de Dosso à travers des fouilles archéologiques, d’autres objets sont apportés par des bonnes volontés à l’exemple de la tunique de l’ancien sultan de Dosso », a-t-il précisé.
Fatiyatou Inoussa, Envoyée spéciale
