La pomme de terre d’Agadez est à 1 750 FCFA le kilogramme
Ces dernières semaines, les marchés de Niamey enregistrent une forte hausse du prix de la pomme de terre, ce qui suscite l’inquiétude des consommateurs et des restaurateurs. Aliment très prisé de la cuisine nigérienne, autrefois accessible à tous, la pomme de terre est devenue beaucoup plus coûteuse, affectant le pouvoir d’achat des ménages ainsi que les activités des commerçants qui en tirent leurs revenus.
Il y a encore quelques jours, le kilo se vendait à 750 FCFA. Aujourd’hui, il atteint 1 750 FCFA, soit plus du double de son prix habituel. Cette augmentation pèse lourdement sur les budgets des familles et fragilise les revenus des acteurs de la filière.
À la date du 8 juin 2026, M. Issia Aliou, un jeune revendeur de condiments à Niamey, explique qu’il se rend au marché Dolé chaque matin pour son ravitaillement. Selon lui, la hausse du prix de la pomme de terre s’explique par l’indisponibilité actuelle du produit. « Cette période n’est pas idéale pour la culture maraîchère. La pomme de terre que l’on trouve actuellement est celle d’Agadez que les cultivateurs ont stockée jusqu’à la période de soudure. Comme chaque année, pendant cette période, la pomme de terre du Niger n’est pas disponible. Nous importons alors celle des pays voisins comme le Nigeria. Mais cette année, jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu celle des pays voisins, ce qui explique la rupture du produit », explique-t-il.
M. Issia Aliou ajoute qu’auparavant le sac coûtait 20 000 FCFA. Même lorsque les prix augmentaient, il n’avait jamais dépassé 40 000 FCFA. « Le sac coûte jusqu’à 150 000 FCFA actuellement. Même si je le trouve, je ne peux pas m’en procurer. Je n’ai jamais vu une telle augmentation », se plaint-il. Ce revendeur de pomme de terre lance un appel aux autorités afin de valoriser davantage les cultures et maraîchères et d’appuyer les paysans en engrais pour qu’ils puissent produire en grande quantité afin de couvrir la demande des consommateurs.
Mahamadou Noura partage cet avis en soulignant que la pomme de terre est devenue chère ces dernières semaines parce que ce n’est pas sa saison. « Cette variété de pomme de terre nous vient de la région d’Agadez. Nos frères qui sont là-bas l’achètent et nous l’envoient. Mais il y a quelques mois, le sac coûtait entre 20 000 et 25 000 FCFA. Actuellement, le kilo est à 1 500 FCFA. Le sac (100 kg) de pomme de terre, aujourd’hui, il se négocie à 150 000 FCFA. Les obstacles que nous rencontrons sont liés à la dégradation des routes, ce qui retarde l’arrivée de la marchandise et peut entraîner la détérioration des produits », a-t-il confié.
Selon Mme Fatoumata Ali, une cliente rencontrée au Petit Marché, venue faire ses achats, la rareté et la cherté de la pomme de terre compliquent son quotidien.
« Je n’arrive plus à acheter des pommes de terre parce qu’elles sont devenues trop chères. Auparavant, j’en achetais en grande quantité pour le petit-déjeuner des enfants, mais aujourd’hui, avec la hausse des prix, je n’arrive même plus à me procurer un kilo », a-t-elle déclaré.
Les vendeurs de frites face à un manque à gagner
M. Mamoudou Djibo, vendeur de frites depuis plus de 20 ans, explique que la cherté de la pomme de terre est liée à sa rareté. « Au début, je m’approvisionnais au Petit Marché. Nous achetions le kilo à 400 FCFA, puis à 700 FCFA. Aujourd’hui, il se négocie à 1 750 FCFA. Je ne peux plus vendre de frites alors que c’est le menu phare de nombreux restaurants », raconte-t-il. « Actuellement, je n’achète plus de pommes de terre, sauf lorsqu’un client en fait la demande. Dans ce cas, nous lui préparons une commande spéciale », ajoute M. Mamoudou Djibo. Selon ce vendeur de frites, cette situation entraîne un manque à gagner pour les restaurateurs, car les clients ont du mal à s’adapter à cette hausse des prix.
Une jeune vendeuse de chips, Mme Zali Ibrah, confie à « je vends des chips depuis plus de six ans et je n’avais jamais vu une telle hausse du prix de la pomme de terre. Aujourd’hui, je n’en achète plus. J’utilise désormais la patate douce pour produire mes chips. Cependant, la majorité de mes clients préfèrent ceux à base de pomme de terre. Avec la patate douce, nous n’arrivons pas à produire en grande quantité. Je continue malgré tout afin de maintenir ma clientèle », ajoute-t-elle. Elle dit souhaiter une solution afin de permettre la bonne marche de leur activité.
Rabi I. Guero (ONEP)
