Ces braves dames manquant d’équipements adéquats ...
Goubey, village situé dans la commune rurale de Sokorbé, abrite un site maraîcher de trois hectares où plus de 60 femmes du village pratiquent, tout au long de l’année, la culture maraîchère. Leurs principales spéculations sont notamment la laitue, les courges, la tomate, la carotte, l’oignon, l’aubergine, le chou, la carotte, etc. Grâce à cette activité génératrice de revenus, de nombreuses femmes arrivent à subvenir à leurs besoins familiaux.
Le site maraîcher de Goubey est situé à environ 4km de la commune rurale de Sokorbé. Il a été mis en valeur en 2021 et est exploité par les femmes du village. À notre arrivée, le vendredi 27 mars 2026 vers 10h, l’endroit était calme, seules quelques femmes s’affairaient à arroser leurs planches. Armées d’une volonté inébranlable, ces braves dames cultivent des légumes (oignon, tomate, chou, laitue, etc.) pour leur propre consommation d’abord et pour vendre ensuite le surplus sur les marchés environnants. Interrogé sur la faible affluence matinale, le gardien du site explique que les femmes ne viennent généralement que dans l’après-midi. Il faut attendre 15 h 30 pour voir une présence massive des femmes. Le plus souvent, elles sont occupées par d’autres tâches domestiques dans les matinées et seules quelques-unes viennent s’occuper de leurs cultures.

Safia Issaka fait partie des exploitantes de ce site maraicher. Munie de deux arrosoirs, Safia arrose patiemment et avec détermination ses planches de culture. Elle dit pratiquer le maraîchage depuis son enfance dans ce village de Goubey. Aujourd’hui, malgré ses 52 ans révolus, cette vaillante femme se bat encore corps et âme pour l’autosuffisance alimentaire, arrosoir et binettes à la main et une volonté inébranlable de vaincre la pauvreté. « Cela fait 4 ans que je travaille dans ce jardin. Je cultive de l’oignon, du moringa, des aubergines et des carottes », explique la productrice Safia Issaka, en montrant fièrement ces rangées de plants de laitue et d’aubergine. Visiblement, la vaillante Safia semble avoir élu domicile sur ce site. « Je viens ici matin et soir pour travailler mes planches parce que je gagne ma vie dedans. C’est avec ça que j’entretiens ma famille. Je travaille toute seule dans mon lopin de terre sur ce site. J’ai 5 enfants dont 4 garçons et une fille. Les trois garçons sont en exode, la fille est mariée dans un autre village et le cadet est à la maison ; il est malade », confie Safia.
Au-delà des activités maraîchères, la vieille Safia explique qu’elle confectionne des nattes à base de feuilles de palmiers pour les vendre sur les marchés des villages environnants. « Je cueille moi-même les feuilles de palmier avec lesquelles je confectionne mes nattes. On en trouve partout dans la brousse et ces palmiers poussent d’eux-mêmes dans la nature. Je vends mes nattes à 400 F l’unité », indique-t-elle.
Un travail très difficile mais rentable
Non loin des parcelles de Safia, se trouve Danmo Saley. Accueillante, cette dame de 35 ans entretient ses 6 planches. Elle est également la présidente du groupement « Bonferey » composé de 10 femmes qui pratiquent le maraîchage sur ce site. Selon ses dires, chaque femme dispose d’au moins 5 planches qu’elle exploite en y produisant divers produits, notamment la laitue, le chou, le moringa, etc. « Le maraîchage est une activité essentielle de subsistance pour les femmes de ce village. C’est un travail très difficile certes, mais qui est rentable. Avec ce que nous cultivons ici, nous arrivons dignement à subvenir à nos besoins. Nous vendons également nos produits dans les marchés environnants », a-t-elle déclaré.

A quelques mètres de là, Mme Roukaya Salou est penchée sur ses planches, arrachant les mauvaises herbes avec précision. Elle explique que le maraîchage est devenu sa seule source de revenus. « J’ai commencé la culture de contre saison ici il y a 2 ans, quand mon mari est parti en exode. J’ai deux enfants en charge. C’est ce qui m’a poussée à m’investir corps et âme dans cette activité », a-t-elle ajouté. « Je gagne bien ma vie dedans. Je cultive tout ce que vous voyez ici ; des oignons, de la laitue, du chou, de l’oseille », dit-elle nous montrant un pied de laitue fraîchement cueilli pour la consommation familiale de la journée. La jeune Roukaya Salou s’est dite aussi très heureuse de son activité. « J’arrive à satisfaire les besoins de la famille avant même que mon mari ne m’envoie quelque chose. Je viens travailler mes planches chaque matin et chaque soir », se réjouit-elle.
Quelques défis majeurs rencontrés par les femmes
Malgré leur détermination et leur volonté affichée de s’autonomiser financièrement, la plupart des femmes trouvées sur ce site précisent qu’elles font face à des défis majeurs, notamment l’accès difficile à l’eau, surtout en saison sèche quand les puits tarissent, et le manque d’équipements d’irrigation modernes etc. « Nous manquons énormément de matériel de travail. On se débrouille ici avec les moyens de bord comme les arrosoirs et les seaux. Nos arrosoirs sont dégradés, mais on les colmate pour travailler quand bien même. Nous n’avons pas de motopompe, ni de bottes. Tout ce travail que vous voyez dans ce jardin, nous le faisons à la main et sans protection. Du défrichage à l’arrosage, le tout se fait à la main. Regarde actuellement, on fait face à une rareté d’eau parce que nous sommes déjà en saison sèche. De ce fait, il faut parcourir une longue distance pour aller puiser de l’eau, la transporter sur nos têtes et arroser nos planches », témoigne Safia Issaka, l’une des femmes maraîchères.
Yacine Hassane, Envoyé Spécial
