M. Ali Hamadou, prefet du département de Tibiri
Monsieur le préfet, veuillez nous faire une brève présentation de votre entité, le département de Tibiri?
Je vous remercie et je remercie l’Office National d’Edition et de Presse, ONEP, pour l’intérêt porté à notre département. Tibiri est un jeune département créé en 2011 lorsqu’on a érigé les 27 postes administratifs du Niger en départements. Cette entité couvre une superficie d’environ 2 768km2, avec une population d’environ 362 264 habitants et une densité de 132 h/km2. Le département est frontalier à l’est et au sud avec le Nigéria sur 40km, au nord-est par Dogondoutchi, au sud-ouest par Dioundiou, au nord-ouest par Dosso. Tibiri est constitué de quatre communes que sont Tibiri, Koré Mairoua, Douméga et Guéchémé. Nous avons des entités coutumières à savoir le canton et le groupement peulh de Tibiri et le canton et groupement peulh de Takatsaba. L’agriculture, l’élevage et le commerce sont les activités principales des populations.
Du point de vue économique, de quels atouts et potentiels dispose le département dans le secteur rural?
Le département de Tibiri dispose effectivement de beaucoup d’atouts. Il faut rappeler, pour le souligner, que les activités génératrices de revenus comme la transformation agroalimentaire, la commercialisation des produits agricoles, l’élevage des gros et petits ruminants, mais aussi et surtout la culture hors saison des pluies sont largement répandues. Les principales spéculations sont le moringa, la laitue, le poivron, la pastèque, la courge, le manioc, la canne à sucre, la tomate, le piment, la carotte et bien d’autres produits de consommation courante ou de commercialisation, pour ne citer que ceux-là. Pour parler du potentiel, il faut retenir que le département est traversé par le Dallol Maouri sur 75km couvrant une surface de plus de 40 000ha irrigables avec une eau de qualité et dont les nappes sont situées entre 5 et 12m de profondeur. A Tibiri, il y a une disponibilité des terres cultivables aussi bien en cultures pluviales qu’en cultures de contre-saison ainsi que la disponibilité des producteurs. Vous verrez qu’il y a beaucoup de nos administrés qui exercent des activités agricoles en solo ou en associations. Mais à côté de ces potentiels, il y a aussi des difficultés comme l’ensablement des bas-fonds, l’appauvrissement des terres, ainsi que le mauvais état des routes et pistes rendant difficile l’accessibilité à certaines zones et cela complique l’acheminement et la commercialisation des produits.
Tibiri est une zone agricole notamment grâce au Dallol, parlez-nous en, M. le préfet, et dites-nous ce qui est envisagé dans le cadre du Programme Grande Irrigation du Président de la République pour la mise en œuvre du potentiel.
Le dallol est une véritable richesse naturelle. C’est un important potentiel pour la productivité effectivement. S’agissant du Programme Grande Irrigation, il faut souligner qu’il concerne plus les entités où existent des périmètres aménagés, notamment la grande irrigation pour le riz. Ce qui n’est pas le cas de Tibiri. Ici, c’est plutôt les cultures maraichères hors périmètres qui sont pratiquées. Cependant, vu l’importance du potentiel irrigable, il est prévu, dans le cadre du PGI, la création et l’aménagement d’un périmètre irrigué dans le village de Lokoko situé dans la commune de Guéchémé. Sinon, pour le moment, ce sont les activités génératrices de revenus qui sont pratiquées par la population dont principalement les cultures maraichères le long de ce dallol.
Votre département, comme beaucoup d’autres entités du Niger, est multiethnique, mais aussi une zone agro-pastorale, comment appréciez-vous la cohabitation intercommunautaire, M. le préfet?
Sans nul doute, le département de Tibiri est une zone à vocation agropastorale et aussi une zone multiethnique. Donc, quand il y a autant de monde, il va de soi que, de temps à autres, il y’ait des conflits qui éclatent, surviennent entre les différentes composantes de la population, notamment les agriculteurs et les éleveurs qui partagent les mêmes terres. Fort heureusement, nous veillons toujours à ce que ces rapports agriculteurs-éleveurs qui se déroulent souvent et principalement autour des espaces de pâturage, des aires de culture, des points d’eau, des couloirs de passage, ne se transforment pas en conflits intercommunautaires. En effet, des mesures sont prises par nos soins, parfois par nos initiatives propres pour prévenir ou gérer lesdits conflits. Ces mesures sont la participation effective des commissions foncières dans la prévention et la gestion des conflits, l’implication permanente de la chefferie traditionnelle dans la prévention et gestion des conflits, la proposition chaque année de la date limite de libération des champs en tenant compte de la particularité des saisons. Aussi, nous mettons en application l’arrêté du gouverneur fixant les dates limites de libération des champs. Il faut savoir que l’acte prend en compte les spécificités de chaque département. On en fait une large publicité avant sa prise d’effet. En outre, il faut souligner que nous prenons en compte le schéma d’aménagement foncier de la région, qui est un véritable outil de prévention et de gestion des conflits. A notre initiative, nous multiplions les séances de sensibilisation des populations quant à la nécessité de préserver la cohésion sociale, surtout en cette ère de refondation. Ainsi, nous arrivons à instaurer un climat de paix, une harmonieuse cohabitation intercommunautaire dans le département.
Monsieur le préfet, comment appréciez-vous l’état actuel de la situation sécuritaire dans votre département et quelles sont les mesures prises pour protéger les populations et leurs biens quand on sait qu’il y a tout près de notre frontière des groupes terroristes ?
L’insécurité qui prévaut dans certaines contrées de notre pays s’observe également dans notre entité de Tibiri, dirai-je, peut-être différemment quant à la forme et le niveau de gravité. Comparativement à certaines localités, on peut qualifier la situation sécuritaire de Tibiri comme étant relativement calme. Elle est caractérisée par des vols de bétail, des attaques sur des populations pour leur extorquer de l’argent et, depuis un certain temps, par des attaques contre les positions de nos FDS. On note aussi des mouvements des GAT (groupes armés terroristes) le long de la frontière du Nigéria qui demeure poreuse, hélas. A mon avis, le problème sécuritaire dans le département est lié à la porosité de la frontière avec le Nigeria voisin qui est longue de 40km, à l’infestation par les GAT de la zone de Kara-Kara qui fait frontière avec la commune rurale de Guéchémé.
Pour évoquer les mesures prises, on a instauré une patrouille départementale permanente, la tenue du conseil départemental de sécurité tous les mardis, élargi en cas de besoin aux administrateurs délégués des communes et à la chefferie traditionnelle. Nous mettons également en commun nos patrouilles départementales pour des opérations de ratissage. En plus, nous avons élaboré un plan de sécurisation, de veille […] prenant en compte tous les paramètres. On a aussi mis en place un système d’échanges d’information avec les services de polices frontalières du Nigeria. A tout cela, il faut ajouter la tenue régulièrement des séances de sensibilisation des populations pour une meilleure collaboration avec les autorités administratives et les FDS, tout comme l’implication permanente des leaders coutumiers et religieux ainsi que les organisations de la société civile dans la dynamique de lutte contre l’insécurité. Nous avons mis aussi sur pied des volontaires pour la défense de la patrie dans certaines localités. Mais le niveau national ne nous a pas laissés seuls. Car, depuis quelques temps, un détachement de l’opération Damissa est installée dans le département de Tibiri. Tout cela a pour objectif, de stopper les mouvements des GAT d’une part et, d’autre part, d’assurer un bon maillage sécuritaire dans le département.
Au niveau local, y-a-t-il un mécanisme endogène pour accompagner l’Etat dans ses efforts de sécurisation, mais également pour la paix et la cohésion sociale?
Je peux vous dire qu’à côté de toutes ces mesures citées plus haut pour instaurer un climat social apaisé, ici à Tibiri, il y a un mécanisme endogène allant dans le sens. On peut d’abord citer la prévalence de la parenté à plaisanterie, particulièrement entre les éleveurs peulhs ou touaregs et sédentaires Maouri ou Goubés, ensuite l’instauration des comités de villages au niveau de plusieurs localités avec un bon encadrement. On a aussi institué un cadre d’échanges, de dialogue et de concertation entre autorités administratives et coutumières, FDS, cadres techniques déconcentrés de l’Etat et les populations le lendemain de chaque fête au niveau du palais du chef de canton de Tibiri. Pendant ces rencontres, sont pris des engagements par toutes les parties prenantes relativement à l’instauration d’un climat favorable à la cohésion sociale.
Interview réalisée par Zabeirou Moussa
Envoyé Spécial
