Campagne agricole et pastorale 2021 : «En dépit des défis, quelques points de satisfaction et des avancements notoires», selon le président de la PFPN.

Société
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La campagne agricole a  démarré avec les semis  réalisés, depuis le mois de juin de cette année, dans 61 pour cent des villages agricoles. Les prévisions saisonnières agro-climatiques, livrées par les services de la Météorologie Nationale, annoncent des conditions favorables en comparaison avec les moyennes calculées sur les 30 dernières années. Résumant le démarrage de cette campagne, le président de la Plate-forme Paysanne du Niger (PFPN), M. Djibo Bagna, note que les précipitations enregistrées depuis le mois de juin 2021, ont couvert plusieurs localités du pays avec des cumuls assez élevés par endroits. « Ces pluies ont permis de boucler les semis de mil dans certains départements. Pour les premiers semis, le mil est à dominance au stade de levée au plan national. Ils sont, en cette fin du mois de juillet 2021, au stade de montaison et les semis seront au stade d’épiaison, dans certaines zones. La situation phytosanitaire reste globalement calme. Les niveaux des prix des céréales sont en légère baisse par rapport à la fin de juin mais en hausse par rapport à la même période de l’année passée, excepté pour le riz. « Cette situation présage d’une bonne campagne agro-pastorale pour cette année, même si la vigilance doit être de mise, surtout avec des inondations constatées un peu partout et des possibles attaques des ennemis de cultures. Ces cultures fluviales même si elles réussissent, doivent être accompagnées et soutenue avec des cultures irriguées. Ainsi, nous devons, dès à présent, nous atteler à préparer à maîtriser l’eau pour réussir aussi la campagne des cultures irriguées », alerte M. Bagna. Selon le président de la Plate-forme Paysanne du Niger (PFPN), la campagne agricole a effectivement démarré sur l’ensemble du territoire national, même si des séries d’inondations ont été constatées dans plusieurs localités des régions de Niamey, Maradi, Zinder et Tillabéry. « Ces inondations, en plus des victimes humaines qu’elles engendrent, occasionnent également des pertes d’animaux, d’habitats et des terres cultivables et irrigables. Ce qui fragilisent les producteurs agricoles ainsi que leurs productions et les exposent à des situations de crise alimentaire», regrette M. Bagna. Il ajoute qu’à ces facteurs climatiques s’ajoutent la pandémie de la Covid-19, dont le Niger vient d’entrer dans sa 3ème vague de cette pandémie, dont les incidences des mesures sur, entre autres, la disponibilité de la main d’œuvre migrante dont la fermeture des frontières bloque le retour. « Je n’oublie pas aussi l’insécurité qui prévaut dans certaines régions du pays et qui empêche les agriculteurs de se rendre aux champs ou aux marchés, pour vendre ou acheter des produits alimentaires et autres », s’indigne-t-il. En dépit de ces défis, et des points d’insatisfaction, qui constituent un frein à l’épanouissement d’une bonne campagne agricole et pastorale, le président de la PFPN note cependant, quelques points de satisfaction et des avancements notoires. En effet, selon lui, il y a au Niger une prise de conscience politique et un regain d’intérêt politique depuis ces dernières années en faveur de la culture pluviale comme irriguée ainsi que de l’élevage. « Dans ce cadre, les politiques ont initié un processus d’élaboration d’un code rural, la mise en place des mécanismes comme le FISAN (Fonds d’Investissement pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle), les réformes sur l’accès aux engrais. Il faut souligner que ce processus a été l’un des plus participatifs, qui associent les producteurs ruraux, les organisations paysannes, mais aussi, capable de promouvoir des bonnes campagnes agricoles. Car, on ne peut pas faire le bonheur de quelqu’un à sa place et à son absence », philosophe M. Bagna. Il s’est réjoui aussi de l’adoption, fin 2018, de la Politique nationale multisectorielle de sécurité alimentaire. « Je souhaite que ces réformes vont se poursuivre, notamment dans les domaines du foncier, de l’approvisionnement en engrais et de la production des semences. Pour viser aussi la transformation du monde rural, avec pour objectifs ‘‘faim zéro’’ d’ici 2021 et zéro importation de riz dès 2023, comme le désirent les Autorités de notre pays ». M. Bagna a noté que les organisations paysannes ont contribué à ce processus de manière démocratique et ont pu faire passer un certain nombre de dispositions. Selon l’intervenant, même si le Niger possède un bon code rural, il convient de reconnaître que sur le terrain, cela ne se ressent pas. « On continue toujours de violer, impunément, certains principes consacrés dans ce code. Ce qui contribue à décourager et annihiler les efforts des paysans. « A la PFPN, nous travaillons sur plusieurs plans. D’abord au niveau des politiques (c’est vraiment pour cela que les organisations sont nées), mais aussi pour que les agriculteurs, les éleveurs, les pasteurs puissent être véritablement des acteurs informés, sensibilisés, qui puissent eux-mêmes définir des objectifs précis pour travailler ensemble », précise-t-il. Aujourd’hui dans la plupart des pays africains, indique M. Bagna, il y a des plates-formes paysannes mises en place, qui sont composées d’organisations d’éleveurs, d’agriculteurs et d’autres acteurs. L’avènement de ces organisations supra-sectorielles est venu de cette volonté de créer un cadre pour tous les producteurs pour qu’ils puissent débattre de leurs problèmes. Je crois que c’est une initiative qui porte ses fruits même si cela prend du temps. Cela est une bonne chose pour les paysans et pour nos Etats », estime le président de la PFPN.

 « Quelle que soit la campagne, l’élevage fait face à de nombreux défis qui annihilent les efforts de l’Etat et des éleveurs », estime Boureïma Dodo, S.E de l’AREN

Selon les données du Ministère en Charge de l’élevage, au Niger le secteur de l’élevage représente 11 % du produit intérieur brut national (PIB) et 35 % du produit intérieur brut agricole. L’élevage pastoral constituant la principale activité économique et la source essentielle de revenus des populations nomades. Il est aussi un véritable vecteur de la croissance économique et du développement. C’est aussi un des maillons les plus importants de l’économie. L’élevage est pratiqué par près de 87 % de la population active, en activité principale ou secondaire. Après l’agriculture, il reste l’élément de base de l’économie nationale. De l’élevage sédentaire au pastoralisme transhumant, environ 75 % du bétail est élevé selon un mode nomade et transhumant, national ou transfrontalier. Dans la zone pastorale, les pâturages permanents occupent approximativement 60 millions d’hectares. Depuis quelques années cet important secteur de l’économie nationale fait face à de nombreux défis. L’agro-pasteur et  Secrétaire Exécutif (S.E) de l’Association pour la Redynamisation de l’Elevage au Niger (AREN), une organisation nationale qui compte plus de 36 000 membres, Boureïma Dodo, estime lui que la campagne pastorale n’a pas encore totalement démarré en zone d’élevage, où les effets combinés du déficit fourrager de l’année passée, de transport des fourrages des zones de pâturage vers les centres urbains, des  crises  sécuritaires  et  des  restrictions  de  mouvement  pour  combattre  le  Covid-19  se  traduisent  par  une limitation de l’accès aux zones fournies en pâturage et aux zones de meilleures opportunités économiques pour la vente a des prix rémunérateurs des animaux. « Les populations de la zone centre et nord de la région de Tillabéry et nord Tahoua vivent, dans leur majorité, une insécurité alimentaire  aiguë  de  Crise. Suite à cette situation qui sévit également dans  la  région  de Diffa , où la région fait aussi face aux attaques terroristes de Boko Haram, et l’extrême sud de la région de Maradi, où des déplacements des populations, des kidnappings des personnes contre rançons ainsi que des vols d’animaux sont signalés. C’est pour dire combien la situation des éleveurs est inquiétante sinon chaotique. La combinaison de tous ces défis, qui sévissent dans certaines zones pastorales du Niger, impactent négativement sur la pratique de l’élevage au Niger», affirme M. Dodo. Par rapport aux conflits entre éleveurs et cultivateurs, le S.E de l’AREN estime qu’il est ‘‘possible de les éviter et peut-être d‘y mettre fin si le code rural, les couloirs de passage, les droits et devoirs de tous les acteurs sont connus et surtout respectés’’. « Le problème majeur des pasteurs nomades est l’accès à la terre : maintenant que la notion de propriété individuelle a émergé, l’accès équitable aux ressources dont nous bénéficions auparavant est en train de disparaître. Autrefois, on pouvait mettre ses animaux dans les champs après la récolte, mais aujourd’hui les propriétaires refusent souvent de libérer leurs champs. (…) La transhumance est de plus en plus difficile, parce que les terres qui se trouvent sur nos voies de passage ont été privatisées. (…) à tout moment, les troupeaux peuvent se trouver coincés, incapables de se déplacer, car toutes les terres sont privatisées. C’est une véritable catastrophe. Si un conflit éclate entre l’éleveur et le cultivateur, certains de ceux qui sont sensés rendre la justice le font inéquitablement. Il y a donc une sorte d’injustice. Cela est révoltant». Pour faire face à tous ces défis et promouvoir le secteur de l’élevage, l’AREN, selon son S.E, initie des séances de formation, de sensibilisation et d’information à l’endroit de ses membres et des autres acteurs dudit secteur. En bref, selon M. Boureïma Dodo, au Niger l’élevage fait face à de nombreux défis qui annihilent les efforts de l’Etat et des éleveurs et compromet cet important secteur de l’économie nationale. « C’est une situation extrêmement compliquée pour les éleveurs nigériens et cela quel que soit le démarrage ou la fin d’une campagne agricole et pastorales », explique-t-il.

Par Mahamadou Diallo(onep)