M. Alou Aye Issa, sociologue et communicateur
De nos jours, entre le manque de communication et le stress du quotidien, de nombreux couples sont mis à l’épreuve. Dans la vie conjugale, la communication constitue un pilier essentiel qui permet de consolider la relation entre les partenaires. À Niamey, l’on constate que, dans plusieurs foyers, l’insuffisance de dialogue contribue à créer des incompréhensions et provoquer des séparations inattendues. Alors, pourquoi la communication est-elle si importante dans la vie conjugale ? Comment les enseignements religieux abordent-ils cette question ? Et surtout, comment les couples peuvent-ils préserver le dialogue face aux difficultés du quotidien ?
Selon le sociologue et communicateur Alou Aye Issa, la communication constitue l’un des fondements de toute relation sociale et occupe une place centrale dans la vie conjugale. Un couple peut se séparer par manque de traduction de l’amour en actes et en paroles compréhensibles par les deux partenaires. Aucun foyer ne serait viable sans la communication. Elle est l’oxygène du couple sans laquelle il s’asphyxie.
Selon lui, la communication joue trois rôles fondamentaux dans le couple. Le premier est celui de la régulation qui permet aux conjoints d’ajuster régulièrement leurs attentes, leurs frustrations et leurs besoins. Autrement dit, un couple qui prend le temps de parler peut éviter que de petites tensions ne se transforment en conflits.
Le deuxième rôle, poursuit le sociologue, est celui de la construction d’un projet commun. « Communiquer, c’est créer une culture commune : un langage, des souvenirs, des projets, des valeurs. C’est ce “nous” qui résiste aux tempêtes extérieures : famille, travail, argent », souligne-t-il. Enfin, la communication constitue un outil essentiel pour maintenir le lien après les conflits. Elle permet de s’expliquer, de s’excuser, de comprendre, de pardonner et surtout de se reconnecter.
Face aux difficultés rencontrées par certains couples, M. Alou Aye Issa recommande notamment l’instauration de véritables moments d’échanges. Il propose, par exemple, 30 minutes de discussion par jour, sans téléphone et sans enfants, non pas nécessairement pour régler les problèmes, mais simplement pour raconter sa journée et apprendre à écouter son partenaire. « Nommez les sujets tabous avant qu’ils n’explosent : argent, sexualité, éducation des enfants, belle-famille. Mieux vaut une discussion gênante maintenant que dix disputes graves plus tard », conseille-t-il.
Que disent les religions ?
La question de la communication dans le couple ne concerne pas seulement les spécialistes des sciences sociales. Elle occupe également une place importante dans les enseignements religieux.
Dr Moustapha Ahoumadou, président de l’Association islamique Faouzziya, estime que la communication est indispensable à l’équilibre de toute relation humaine, y compris dans le mariage. Selon lui, le Coran encourage les époux à dialoguer et à échanger afin de mieux se comprendre. La patience et le dialogue constituent, à ses yeux, des éléments essentiels pour préserver l’harmonie au sein du foyer. « Allah recommande au couple la patience pour mieux vivre. Sans communication, aucun foyer conjugal ne peut être pleinement stable. En cas de problème entre les époux, il faut privilégier le dialogue interne et ne pas exposer les secrets du couple à l’extérieur », explique-t-il.

Le prédicateur rappelle également que la communication dépasse le cadre du mariage. Elle constitue, selon lui, une véritable source de cohésion dans les relations humaines. Il évoque notamment l’interdiction, en islam, de rompre durablement les relations entre musulmans « L’islam interdit à un musulman de s’abstenir de parler à une personne au-delà de trois jours », rappelle-t-il.
Pour Dr Moustapha Ahoumadou, lorsque le dialogue disparaît progressivement au sein du couple, l’affection peut également s’éroder. « La communication est la base dans toute chose. On ne se marie pas seulement parce qu’on en a les moyens. Il faut aussi savoir communiquer avant de franchir les étapes du mariage », estime-t-il. Il insiste par ailleurs sur l’importance de la réconciliation en cas de désaccord, en rappelant que la bienveillance et l’écoute contribuent à préserver le lien conjugal.
Le dialogue est également au cœur du message chrétien
Le Révérend Iro Ibrahim, pasteur de l’église RN1 Boukoki, fort de 40 années de carrière pastorale, estime que le manque de communication constitue aujourd’hui l’une des difficultés auxquelles sont confrontés certains couples. Selon lui, certaines difficultés trouvent leurs origines dans la période précédant même le mariage. « Bien avant le mariage, certains n’ont pas pris le temps de bien se connaître. Il y a des couples qui ne connaissent pas la valeur du mariage. C’est pourquoi, ils éprouvent des difficultés à communiquer et ne demandent pas toujours conseil aux aînés sur les bonnes manières de vivre-ensemble », explique-t-il.

Pour le pasteur, les jeunes couples doivent donc développer dès le départ un véritable esprit de dialogue. « Nous leur recommandons le dialogue au sein du couple. Le manque de dialogue peut amener des désaccords entre eux », souligne-t-il.
Il attire également l’attention sur les conséquences que peuvent avoir les conflits conjugaux sur les enfants. Selon lui, des enfants qui grandissent dans un environnement marqué par le silence, les disputes ou l’absence de dialogue risquent de reproduire, à leur tour, ces comportements dans leur propre vie. « En effet, la communication est primordiale dans la vie de couple. Le manque de communication peut entraîner beaucoup de doutes, ce qui n’est pas bon dans la vie conjugale. Les hommes doivent trouver du temps pour communiquer entre eux », a-t-il conseillé.
Malgré les difficultés, des couples tiennent bon
Pour certains, la vie conjugale reste avant tout une école de patience, de compréhension et de courage. Mme Adamou Oumarou Fatouma, mère de six enfants et mariée depuis quinze (15) ans, considère le mariage comme une véritable épreuve de patience. « Le mariage est l’une des ibadas les plus difficiles au monde. Il arrive des moments où on n’a plus envie de parler à son partenaire. De fois, si le mari sort et ne revient que tard dans la nuit, ce sont les plaintes qui commencent. Au début, nous prenions le temps de parler, mais aujourd’hui, nous avons perdu cette patience », témoigne-t-elle.
Dans une société où les contraintes professionnelles, les responsabilités familiales et les difficultés économiques peuvent peser sur les ménages, prendre le temps de se parler devient donc une nécessité. Car, dans le couple, le silence peut éloigner, tandis que le dialogue peut rapprocher. Entre deux personnes qui ont choisi de partager leurs vies, savoir parler, mais surtout savoir écouter, peut parfois faire toute la différence. Donc, à ce point, il faut du dialogue pour préserver le foyer.
Rabi I. Guero (ONG)
