Des jeunes scolaires en formation dans un atelier
Les vacances scolaires offrent à plusieurs jeunes l’opportunité de s’initier à des métiers. Loin des salles de classe, ils rejoignent les ateliers de la ville pour apprendre la soudure, la menuiserie, la mécanique et la couture. Ces espaces deviennent ainsi le temps des vacances, des lieux de découverte et de transmission d’un savoir-faire utile pour la société. Pour les uns, il s’agit de se familiariser avec un métier ; pour les autres, de renforcer une pratique déjà entamée et de préparer progressivement leur autonomie.
Cette pratique concerne des jeunes d’âges et de niveaux scolaires différents. Certains sont encore à l’école primaire, tandis que d’autres poursuivent leurs études secondaires ou universitaires. Leur présence dans les ateliers traduit, pour eux, la volonté de mettre à profit une période qui s’étend sur plusieurs semaines pour acquérir une compétence pratique.
Au quartier Kabia, un atelier de soudure est installé sous un hangar en tôle. Une dizaine de jeunes sont occupés à travailler. Certains découpent des carreaux, pendant que d’autres s’initient aux gestes du métier. Le plus jeune, Abdoulaye Soumaïla, âgé de 10 ans, découvre lui aussi cet univers professionnel.
À quelques mètres, Faïçal Amadou, maître de l’atelier, suit attentivement les gestes des apprentis. « Les écoliers nous apportent beaucoup dans nos ateliers », explique-t-il. Lorsqu’un nouvel apprenti arrive, le maître artisan demande de rencontrer d’abord ses parents avant le début de l’apprentissage. Il leur demande également de veiller à ce que l’enfant dispose des équipements nécessaires.
Pour les plus jeunes, l’apprentissage se fait progressivement et sous surveillance. Les gestes observés dans l’atelier constituent ainsi leurs premiers contacts avec un savoir-faire qui, pour certains, pourrait devenir une compétence à part entière.
Pour Aboubacar Kassoumi, un lycéen rencontré dans l’atelier, cette expérience s’inscrit dans la durée. « Cela fait plus de dix ans que, pendant chaque période de vacances, je viens ici pour apprendre la soudure », témoigne-t-il.
Avec les années, il estime avoir acquis une certaine autonomie dans la réalisation de plusieurs travaux. « Alhamdoulillah, je paie moi-même mes tenues et les autres éléments nécessaires pour la rentrée », affirme-t-il.
Pour lui, les vacances ne devraient pas être uniquement consacrées au repos. Elles peuvent également constituer une période d’apprentissage et de préparation à la vie professionnelle. « Certains de nos jeunes pensent que les vacances sont faites pour se reposer. À mon humble avis, nous devons nous battre en dehors des cours pour apprendre un métier qui va nous permettre de nous prendre dignement en charge », estime-t-il.
La même préoccupation ressort du témoignage d’Amirou Amadou, étudiant en deuxième année de chaudronnerie à l’Université de Maradi. Pour lui, les vacances peuvent permettre aux jeunes de développer des compétences susceptibles de les aider à faire face aux difficultés d’insertion professionnelle. « Je ne vois pas l’importance de passer trois mois de vacances sans rien faire », a-t-il affirmé. Même une petite activité, estime-t-il, peut contribuer à couvrir certains besoins et à réduire la dépendance vis-à-vis des parents.
L’étudiant invite ainsi ses camarades à ne pas considérer le diplôme comme l’unique moyen d’assurer leur avenir. « Étudier, c’est bien, mais il ne faut pas oublier que nous sommes nombreux dans ce pays et que trouver du travail est aussi un problème », a-t-il souligné. Pour lui, la menuiserie, la mécanique, la couture et la soudure constituent autant de domaines dans lesquels les jeunes peuvent acquérir des compétences et développer progressivement leur autonomie.
Au-delà de l’occupation des vacances, la présence des scolaires dans les ateliers pose la question de la transmission des savoir-faire. Le contact direct avec les artisans permet aux jeunes d’observer les techniques, de les reproduire progressivement et de se familiariser avec les exigences du métier. Mais cette transmission dépend aussi de la vitalité économique des ateliers.
Faïçal Amadou explique que les apprentis qui viennent pendant les vacances ne disposent pas d’une rémunération fixe. Les revenus sont tirés des différents contrats réalisés par l’atelier. Le maître artisan déplore toutefois que certaines commandes pouvant être exécutées localement soient attribuées à des prestataires extérieurs. Il cite notamment la fabrication de tables-bancs et d’autres équipements. Pour lui, une valorisation des compétences locales permettrait de soutenir les artisans, mais aussi de créer davantage d’opportunités d’apprentissage pour les jeunes.
Dans cet atelier, entre le bruit des outils, les gestes encore hésitants des plus jeunes et l’expérience des artisans, une transmission silencieuse s’opère.
Adamou I. Nazirou, ONEP Tillabéri
