Vue du site de décorticage de l’arachide de Botogo Goussou
À Botogo Goussou, dans la commune urbaine de Dosso, les femmes s’activent dès les premières heures de la matinée autour du décorticage de l’arachide, la spécialité locale. Malgré leur renommée dans la pratique de cette activité, les femmes du quartier peinent à survivre parce que leur travail est devenu plus pénible et moins rentable qu’auparavant. Alors, s’engage une lutte quotidienne pour survivre dans un environnement entrepreneurial désormais hostile.
Du lever du soleil à son coucher, le plus souvent sous des températures caniculaires, les femmes de Botogo Goussou manient habillement leurs machines manuelles pour séparer la coque des graines pour les transformatrices qui les paient. D’une main experte, elles font tourner la machine lentement mais surement, chaque tour de poignée les rapprochant de leur but et d’un repos qui ne viendrait pourtant qu’à la nuit tombée.
La scène est certes répétitive, presque mécanique, mais derrière chaque geste se cache une histoire de résilience. Ces décortiqueuses qui perpétuent les gestes hérités des générations précédentes font tourner continuellement le tunnel métallique grâce à un bras en fer et, par ce geste devenu automatique, arrivent à nettoyer les graines d’arachides et les préparer pour les étapes suivantes.
Mme Rahina Gambi, octogénaire et doyenne du groupe, explique que les mouvements que les transformatrices exécutent sont pénibles pour le corps. « Ça touche les épaules. Nous sommes obligées d’appliquer chaque soir des pommades pour pouvoir dormir et, dès le lendemain, nous reprenons la routine », a-t-elle affirmé avec un air désolant.
Ces femmes travaillent d’arrache-pied et dans la dignité pour ne pas tendre la main. Pour beaucoup d’entre elles, les maigres ressources qu’elles tirent de la transformation de l’arachide sont leur seule source de revenus, et surtout de survie dans une société où le coût de la vie devient de plus en plus élevé.
Aïssata, une veuve d’une soixantaine d’années, est l’une des figures de ce groupe. Le visage marqué par les années d’épreuves pénibles, elle ne cache pas sa détresse. « Je n’ai pas le choix. Mon mari est décédé il y a plusieurs années et depuis, c’est moi seule qui m’occupe des enfants. Si je ne viens pas ici travailler, nous ne mangerons pas », dit-elle.
Un tour dans le quartier montre que de nombreuses femmes dépendent du site de Botogo Goussou pour travailler et perpétuer la tradition. L’arachide représente leur unique moyen de subsistance. Pourtant, les revenus qu’elles en tirent, d’après leurs témoignages, ne couvrent pas leurs besoins. Elles décortiquent le sac d’arachide à 1 000 FCFA, dont 200 F sont versés pour l’usage de la machine, 300 FCFA pour la personne chargée du vannage et les 500 F restants vont à la décortiqueuse.
Ce modèle traditionnel, en plus des difficultés financières, est mis à mal par l’insalubrité qui gagne de terrain dans le secteur. « Le choix de travailler à proximité des ordures n’est pas volontaire. Il résulte d’un manque d’infrastructures adaptées », se désole la veuve Aissata. Mariama travaille aussi sur le même site. Elle affirme que les femmes sont sensibilisées sur les dangers qu’elles encourent en travaillant dans cet environnement. « Mais, nous n’avons pas le choix. Par la grâce d’Allah, nos enfants ne tombent pas trop malades. Nous vivons presque dedans », dit-elle, désemparée.
Les décortiqueuses de Botogo Goussou dénoncent un manque de soutien des pouvoirs publics et des structures d’accompagnement. Aucune installation spécifique, disent-elles, n’a été mise en place pour améliorer leurs conditions de travail. « On aimerait avoir un endroit propre, avec de l’eau et de l’ombre pour continuer à exercer cette activité et aussi du matériel adéquat, si possible. Cela va beaucoup nous aider », a souhaité la veuve Aïssata. Elle et ses camarades se plaident également des tas d’ordures qui les indisposent. C’est pourquoi, elles lancent un appel pressant aux services municipaux compétents pour que ce cadre soit aménagé.
Hafissatou Mounkaila
(Stagiaire)
