Moustapha Alou
Le Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, les membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et du gouvernement, les responsables des Institutions de la République, le corps diplomatique, les autres corps constitués, les chefs coutumiers et leaders religieux, la colonie béninoise vivant au Niger, le peuple nigérien, ont accueilli hier, mardi 2 Juin 2026, le Président de la République du Bénin, Son Excellence Monsieur Romuald Wadagni.
En vérité, cette visite officielle du tout nouveau Président béninois aurait pu être classée dans le registre des déplacements traditionnels d’un nouveau Chef d’Etat fraichement élu et assermenté qui, dans le cadre du bon voisinage et du respect des traditions ancestrales africaines, entre en contact direct, d’abord et avant tout, avec ses pairs des pays voisins et prend le pouls des relations entre son pays et ses voisins immédiats.
Mais, s’agissant de l’étape du Niger, le contexte actuel, marqué, somme toute, par des relations complètement froissées entre nos deux États, depuis que les Nigériennes et Nigériens ont décidé de prendre leur destin en main, de vivre bien et mieux, loin de tout diktat néocolonialiste, de toute injonction métropolitaine, et le froid qui couvre la coopération bilatérale, ôtent à l’évènement son statut de visite classique pour lui conférer un caractère historique.
En effet, sous l’effet dévastateur de la situation sécuritaire, la coopération entre les deux pays, dont la première session de la commission mixte s’était tenue à Niamey le 3 janvier 1975, lit-on dans le quotidien « Le Sahel » du Samedi 4 Janvier 1975 en ses pages 1 et 8, a été étouffée, bousculée, bouleversée, transfigurée, quasiment anéantie, presque annihilée.
Le 3 janvier 1975 justement, en ouvrant les travaux de cette première session de la commission mixte Nigéro-Béninoise (Nigéro-Dahoméenne à l’époque), le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du Niger, le Capitaine Moumouni Djermakoye Adamou, a clairement affirmé que « des raisons évidentes de coopération tant sur le plan humain qu’économique, du fait même de notre voisinage immédiat nous incitent à mobiliser nos grandes ressources humaines et nos modestes moyens financiers en vue de réaliser, ensemble, certains projets de développement ».
« La spontanéité et la fraternité de l’accueil nous prouvent si besoin en était encore, qu’ici, nous sommes bien chez-nous et que le travail qui nous est demandé n’est en fait que la régularisation d’une situation que nous vivons », répondra le ministre béninois des Affaires Etrangères, le Chef de Bataillon Miche Alladaye.
C’est donc une vielle coopération, une ancienne relation, dans tous les domaines, le transport, le commerce, l’énergie notamment, qui se sont vues complètement écornées depuis quelques temps, en tout cas depuis que le Benin frontalier a décidé de mettre en œuvre les sanctions violentes, inhumaines et iniques édictées contre notre pays par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont la fermeture des frontières entrainant, de fait, un blocus des produits de première nécessité et pharmaceutiques destinés aux populations nigériennes au lendemain des évènements historiques et salvateurs du 26 juillet 2023, que le tout nouveau Président béninois est venu relancer et réchauffer.
Au demeurant, cette visite intervient alors que l’ovation qui a accompagné le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, le dimanche 24 mai 2026, au Palais des Congrès de Cotonou, alors qu’il présentait, au nom du Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, et du peuple nigérien, ses civilités au Président béninois Romuald Wadagni qui venait de prêter serment, résonne encore et l’image continue d’éblouir les esprits tant l’émotion et l’enthousiasme flirtaient harmonieusement.
Ce jour-là, le Premier ministre qui était à la tête d’une importante délégation composée notamment du ministre d’État, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire, du ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, membres du CNSP, du ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, du gouverneur de la région de Dosso et de Son Altesse le Sultan de Dosso, et entouré par les ministres chargés des Affaires Etrangères de la Confédération des Etats du Sahel (AES), celui du Burkina Faso et du Mali en l’occurrence, a, devant la presse béninoise et internationale, au nom justement de la Confédération AES, remercié le nouveau Président béninois qui a « fait l’amitié et la fraternité aux pays de l’AES en les invitant ».
Dans son discours d’investiture, le Président béninois Romuald Wadagni a déclaré sans ambages qu’avec « nos pays voisins, nous mettrons un accent particulier sur l’approfondissement de la coopération régionale, le Bénin continuera d’agir pour la stabilité, le dialogue et le respect » avant de dévoiler sa conviction qui est que dans une sous-région confrontée au péril terroriste « nous sommes condamnés à travailler ensemble ».
Gageons donc, qu’à travers ce déplacement du Président béninois au Niger ou tout au moins à l’issue de cette visite historique voire des échanges entre les deux parties, une nouvelle voie sera ouverte dans les relations entre les deux pays liés, du reste, par l’histoire, la géographie, la culture, les défis sécuritaires contemporains, bref une communauté d’intérêt.
Moustapha Alou (ONEP)
