Lors de l’entretien
Le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Technologique, Pr. Mamadou Saidou, était, le dimanche 24 mai, l’invité de la radiotélévision du Niger dans le cadre de l’entretien bilan relatif à son département ministériel. Il a présenté de façon détaillée les réformes en cours pour faire face à la massification des effectifs des étudiants. Entre création de cinq écoles d’ingénieurs, le lancement de l’Université numérique du Niger et refonte du financement de la recherche, Pr Mamadou Saidou a exposé les mesures prises pour améliorer la qualité et l’adéquation des formations aux besoins du pays.
Le ministre a estimé que l’état général de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation technologique est bon mais perfectible. Il a identifié le principal défi du secteur comme étant la massification des effectifs des étudiants, dont le nombre croissant dépasse les capacités d’accueil actuelles des Universités. Face à cette situation, a-t-il dit, le ministère a opté pour le renforcement des infrastructures plutôt que pour une limitation de l’accès. C’est ainsi qu’à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, de grands chantiers qui visent à créer au moins 6 000 places assises supplémentaires ont été lancés il y a plus de 14 mois. « Ces espaces, conçus pour être mutualisés, permettent en réalité d’accueillir pratiquement le double d’étudiants » a-t-il déclaré. Le projet comprend notamment deux amphithéâtres de 2 000 places chacun, une première au Niger, dont la capacité dépasse celle du Palais des Congrès, limitée à 1 500 places. Parallèlement, il a indiqué que toutes les Universités publiques du pays disposent de chantiers en cours pour la construction de salles de cours et d’amphithéâtres de moyenne capacité. « Ces travaux sont réalisés avec les moyens disponibles en attendant la mise en œuvre d’opérations de grande envergure comme celle de Niamey » a-t-il précisé.

S’agissant de la recherche, le ministre a expliqué que le principal défi reste son financement. Le dispositif du Fonds d’appui à la recherche et à l’innovation technologique a été revu afin de corriger sa gestion. Ce fonds, bien que modeste, bénéficie désormais d’un mécanisme de report budgétaire qui permet d’éviter la perte des crédits non consommés en fin d’année. Désormais, les fonds peuvent être reportés et utilisés pour exécuter les projets retenus, contrairement au fonctionnement du budget ordinaire qui revient à zéro après le 15 novembre.
Le ministre a précisé que la réforme du fonds d’appui à la recherche et à l’innovation technologique a également permis d’en alléger la gestion. Le fonds n’est plus une structure autonome rattachée, mais il est désormais administré au niveau central selon les procédures financières habituelles, sous la supervision de la Direction générale de la recherche et de l’innovation technologique. Bien que modeste, avec une dotation historique de 300 millions de francs CFA reconduite, ce fonds doit monter en charge. Le défi actuel porte sur sa mise à disposition effective et la mobilisation des ressources.
« La première opération financée est le FARSIT 2024. Les bénéficiaires, sélectionnés à la suite d’un appel à projets ouvert à l’ensemble des universités publiques et des centres de recherche comme l’INRAN et le CERMES, sont choisis par un comité scientifique et technique composé d’experts seniors. La sélection se fait en toute transparence et porte sur les priorités nationales identifiées lors d’assises consacrées aux besoins de recherche liés à la refondation du Niger. Les quatre premiers axes prioritaires ont servi à lancer cet appel, les autres suivront progressivement », a-t-il expliqué. Le ministre a ajouté qu’en complément au financement national, le ministère accompagne les chercheurs à postuler aux appels à projets internationaux et régionaux. Pour l’innovation technologique, le même accompagnement est prévu à l’intention des jeunes porteurs de projets et de startups, notamment dans le cadre du Forum national de la recherche et de l’innovation technologique.
Valorisation des résultats et perception par le public
Le ministre a reconnu qu’il est reproché à certains enseignants-chercheurs de ne pas mener des travaux de recherche, mais aussi que de nombreuses études aboutissent à des résultats qui restent inexploités. Il a souligné un problème de vulgarisation et de transfert des résultats, rappelant que toute recherche ne débouche pas immédiatement sur des applications directement valorisables. Selon lui, la première forme de valorisation consiste à structurer ces résultats et à les publier dans des revues scientifiques. Lorsque les travaux s’y prêtent, ils peuvent ensuite être exploités pour l’innovation, c’est-à-dire pour améliorer un produit, en concevoir un nouveau, ou modifier un procédé de fabrication ou un service. Ces processus existent, mais demeurent peu visibles. Par rapport au rôle du financement dans les difficultés de vulgarisation, le ministre a estimé que le manque de moyens en est une cause partielle. La diffusion des résultats de la recherche est prise en compte, mais l’enjeu principal reste de pousser la valorisation jusqu’à son stade final afin que les travaux scientifiques puissent effectivement servir au développement du pays.
Le ministre a expliqué que pour un enseignant-chercheur, la production scientifique est indispensable à l’avancement de carrière et constitue un élément clé de son évaluation, au-delà de l’enseignement. Ces travaux font progresser la connaissance dans leur discipline, même si les résultats ne sont pas toujours immédiatement vulgarisables ou perceptibles par le grand public. « En mathématiques, par exemple, les avancées sont réelles mais restent techniques et peu palpables pour le citoyen lambda » a-t-il dit. Il a cité la santé comme un secteur où les chercheurs nigériens produisent des résultats concrets. De nombreux enseignants-chercheurs publient leurs travaux dans des revues scientifiques, ce qui permet à d’autres chercheurs de s’en saisir pour approfondir leurs propres sujets. Il a reconnu que la mise au point d’un médicament ou d’un nouveau produit de santé relève d’une longue chaîne impliquant plusieurs spécialités, mais a insisté sur le fait que les publications disponibles constituent déjà une base exploitable pour la communauté scientifique nationale et internationale.
Le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Technologique, Pr. Mamadou Saidou, a expliqué que le Fonds d’appui à la recherche et à l’innovation technologique fonctionne sur appel à projets ciblés sur les thématiques prioritaires du développement national. Un comité scientifique et technique examine les dossiers soumis par les porteurs de projets. Ceux-ci présentent leurs travaux devant le comité qui s’appuie sur le rapport détaillé d’un rapporteur ayant étudié le projet pendant plusieurs semaines. La sélection repose sur l’intérêt scientifique du projet, sa cohérence technique et sa pertinence par rapport aux besoins de transformation économique et de développement social du Niger. Ce comité d’évaluation des projets de recherche est pluridisciplinaire, avec la possibilité de faire appel à des experts étrangers lorsque la spécialité n’est pas couverte en interne. Le ministre a toutefois relevé que le principal obstacle demeure le retard dans la libération des fonds.
Le Niger, a indiqué le ministre, compte actuellement 920 enseignants-chercheurs, chercheurs et enseignants technologues, dont 135 enseignants technologues. La majorité est des enseignants-chercheurs, les chercheurs purs ne représentant qu’une quinzaine de personnes. La tendance est à l’unification du statut vers l’enseignement-recherche, avec une obligation pour les chercheurs d’assurer 50 % de la charge d’enseignement d’un enseignant-chercheur.
Calendrier et gestion des chantiers
En ce qui concerne l’état d’avancement des amphithéâtres de 2 000 places annoncés l’année précédente, il a précisé que ce type de chantier est assorti d’un délai contractuel de 36 mois, prolongeable en fonction du rythme de décaissement des fonds. Il a expliqué que le nouveau délai, établi à 54 mois par le bureau de suivi et d’évaluation, tient compte des contraintes budgétaires de l’État, qui doit répartir ses ressources entre l’ensemble des secteurs prioritaires. Le projet est toutefois maintenu et repris en bonne et due forme. Le ministre a estimé qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter car, les travaux aboutiront. Il a également replacé ce projet dans une perspective historique en rappelant que l’université de Niamey, créée en 1971 sous l’appellation de Centre d’enseignement supérieur, a connu une croissance progressive de ses capacités, d’où la nécessité de poursuivre l’effort d’équipement pour répondre à la demande actuelle.
Le ministre a détaillé l’extension des capacités d’accueil en cours à l’université Abdou Moumouni de Niamey. Les 6 000 places assises en construction représentent presque l’équivalent de l’existant avant le lancement du chantier. À cela s’ajoutent 2 200 places en dortoirs, qui peuvent être portées à 2 400 grâce à l’installation de lits superposés. Cet apport dépasse le parc initial de l’Université, estimé à environ 2 035 places depuis sa création. Le site prévoit également des laboratoires de recherche et des laboratoires pédagogiques.
Concernant le transport des étudiants, le ministre a indiqué que deux appels d’offres pour l’acquisition de bus ont échoué. « Le premier a vu un seul prestataire déposer une offre, mais le tarif proposé s’est révélé largement inférieur au coût réel du transport via le circuit Lomé-Kaya-Niamey, ce qui a conduit à la résiliation du marché. Le second appel n’a suscité aucune candidature, les prestataires redoutant de ne pas couvrir leurs charges », a-t-il expliqué. Face à ces aléas, le ministre a déclaré ne plus recommander l’option des bus. Il a souligné que, quel que soit le nombre de véhicules acquis, ils ne pourraient absorber l’afflux annuel de 7 000 à 8 000 nouveaux étudiants à l’UAM. « L’État ne peut assurer le transport, l’hébergement ou la restauration de tous les étudiants inscrits », a-t-il dit.
Selon lui, la solution retenue, adoptée lors du dernier Conseil des ministres, consiste à créer une société de transport urbain selon le modèle en vigueur dans les pays voisins. Cette société proposera des tarifs différenciés pour les étudiants, les fonctionnaires et d’autres catégories, avec une fréquence élevée : un bus toutes les 15 à 30 minutes, et toutes les 5 à 10 minutes aux heures de pointe. L’objectif est d’éviter aux étudiants de se lever dès 5 heures du matin pour attendre un unique bus et d’améliorer significativement leur mobilité.
Mobilité des enseignants et mutualisation inter-universitaire
Le ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation, Pr Mamadou Saidou a expliqué que les cas d’enseignants quittant leurs cours pour aller enseigner ailleurs sont souvent exagérés et restent des situations anecdotiques. Il a affirmé qu’un enseignant a le droit d’effectuer des missions d’enseignement dans d’autres universités, même à l’étranger, à condition d’avoir d’abord assuré ses obligations dans son établissement principal. « Un enseignant ne doit pas abandonner les cours pour lesquels il a été programmé afin d’aller enseigner ailleurs », a-t-il dit. Selon lui, la mutualisation des enseignants entre universités est normale et même avantageuse économiquement, car il est moins coûteux de faire venir un enseignant d’une université nationale que de recruter un intervenant étranger. « Dans certains pays, la charge obligatoire des enseignants est calculée au niveau national et non uniquement dans leurs universités d’origine », a-t-il expliqué.
Assurance qualité et accréditation des formations au Niger
La qualité de l’enseignement supérieur au Niger, a dit le ministre, passe d’abord par le travail de l’Agence nationale d’assurance qualité. Cette structure accompagne les établissements dans l’évaluation et l’auto-évaluation des formations afin de mesurer leurs forces, leurs faiblesses et leur niveau par rapport aux standards internationaux. Selon lui, les universités publiques comme privées doivent faire accréditer leurs filières afin que les diplômes délivrés aient la même valeur que ceux des autres établissements. Il a insisté sur le fait que la qualité est un processus continu qui nécessite des ajustements permanents. « Les enseignants doivent assurer leurs prestations en temps et en heure et que des sanctions existent en cas de manquement », a-t-il relevé.
Le ministre reconnaît un déséquilibre important. Il a expliqué que les universités forment des diplômés mais que l’économie nationale n’a pas encore la capacité d’absorber. Il a pris l’exemple des médecins dont plusieurs promotions n’ont pas été recrutées depuis des années, malgré les besoins du pays en personnel de santé. « Ce problème est lié aux contraintes macroéconomiques et aux limites budgétaires de l’État qui ne peut pas consacrer une part trop importante de son budget aux salaires », a-t-il fait savoir. Il a estimé également que le secteur privé nigérien manque encore de capacité pour absorber massivement les diplômés.
Le ministre encourage alors les jeunes diplômés à développer l’auto-emploi et les initiatives privées. « Certains diplômés en économie, philosophie ou autres domaines ont créé des groupements d’intérêt économique et obtenu des financements bancaires pour lancer des activités comme des boulangeries ou d’autres entreprises », a-t-il mentionné. Concernant les médecins et pharmaciens, il propose la création de cliniques et pharmacies privées à travers des projets collectifs et bancables.
Reformer l’enseignement supérieur au Niger et mieux gérer le Service civique national
Pr Mamadou Saidou a reconnu aussi que le principal déséquilibre concerne les filières des sciences humaines comme la sociologie ou le droit, qui offrent moins de débouchés immédiats. Selon lui, les priorités actuelles du Niger concernent surtout les formations techniques, scientifiques et professionnelles. Les besoins du marché, a-t-il ajouté, explosent dans les domaines de l’ingénierie, du pétrole, du gaz, des mines et des technologies. Dans cette logique, il a fait savoir que plusieurs écoles d’ingénieurs ont été créées depuis son arrivée au ministère. Alors qu’il n’existait auparavant qu’une seule école d’ingénieurs. « Le Niger compte désormais cinq écoles d’ingénieurs ainsi qu’une école supérieure en sciences du numérique », a-t-il dit. Un vaste programme est en préparation, avec l’appui de la SONIDEP, pour renforcer les formations techniques et industrielles. « Les écoles d’ingénieurs constituent la priorité principale pour les années académiques 2026-2027 », dit-il.
Le ministre a annoncé l’ouverture prochaine de classes préparatoires destinées aux meilleurs bacheliers, notamment ceux issus des lycées d’excellence et du lycée scientifique. D’après lui, ces classes fonctionneront avec un régime d’internat strict et des règles disciplinaires rigoureuses afin de créer un environnement favorable aux études d’ingénieur. Le recrutement se fera uniquement sur dossier pour sélectionner les meilleurs profils du pays. Il a également a révélé que certaines universités ont été restructurées plutôt que de les fermer afin d’éviter des tensions régionales.
Le ministre a affirmé que le Niger respecte totalement les standards du CAMES. Selon lui, cela facilite la reconnaissance des diplômes, la mobilité des enseignants et l’évaluation académique. « Les enseignants-chercheurs doivent passer par les procédures du CAMES pour évoluer dans leur carrière, soit par l’évaluation des dossiers, soit par les concours d’agrégation pour certaines disciplines comme la médecine, le droit ou les sciences économiques », a-t-il affirmé.
En outre, le ministre a abordé la question du service civique national désormais rattaché à son département ministériel. Il a expliqué que le nouveau dispositif prévoit une formation militaire de 45 jours afin de renforcer le civisme des jeunes diplômés.
Rahila Tagou (ONEP)
