Lors de l’entretien
Dans le cadre de la redevabilité, le ministre des Transports et de l’Aviation Civile, le Colonel-major Abdourahamane Amadou, s’est prêté à ce devoir le mardi 28 avril 2026, sur les antennes de la Radiotélévision du Niger (RTN) à travers un entretien sur le bilan de sa gestion. Tout au long de cet entretien, Il a décliné les avancées notables enregistrées par son département ministériel, ainsi que les défis majeurs auxquels le secteur fait face, notamment la modernisation des routes, la sous-exploitation du transport fluvial, le développement de l’aviation civile avec l’augmentation du nombre de passagers et de fret à travers les différents aéroports, dont l’aéroport principal qui est celui de Niamey.
Selon le ministre des Transports et de l’Aviation Civile, le Niger dispose à peu près de 24 000 km de routes dont certaines sont asphaltées. Il s’agit principalement de celles reliant Niamey avec les différentes frontières dont le Nigéria, le Tchad, l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso. Cette connexion est faite exprès parce que c’est ce qui permet de faciliter le commerce et surtout désenclaver le pays vis-à-vis de la sous-région. Par rapport au secteur fluvial, le Niger a pu faire passer en 2025 le fonds national de développement pour le transport fluvial et maritime. Et ce fonds, explique le Colonel-major Abdourahamane Amadou, permettra de repenser les voies de communication.
Pendant longtemps, le Niger s’est focalisé sur la route, avec 90% de sa logistique qui l’emprunte. « On a le fleuve, on aurait pu essayer la voie fluviale, ne serait-ce qu’entre Gaya et Niamey. Mais avec ce fonds, nous comptons, dans un avenir proche, réaliser des études dans ce sens. Sûrement qu’il y aura besoin de dragages par endroit. Il y aura besoin de création de ports fluviaux, modernes entre Gaya et Niamey pour faciliter le transport. D’ores et déjà, le ministère en charge de la Sécurité a engagé les forces de sécurité pour la sécurisation du fleuve en leur donnant de moyens modernes pour s’acquitter de cette tâche », a précisé le ministre des Transports et de l’Aviation civile.
Pour ce qui est de l’aviation, le secteur connaît une nette croissance grâce à plusieurs facteurs. On peut citer la cinquième liberté, qui consiste à autoriser une compagnie aérienne qui n’est pas du pays à utiliser l’aéroport de Niamey pour desservir une capitale proche. La dernière compagnie qui a bénéficié de cette cinquième liberté est la compagnie Turkish. Malgré tout, le transport aérien constitue un luxe au Niger.
Cherté du prix de transport aérien au Niger
Le ministre des Transports s’est dit conscient de la cherté du prix du transport aérien. C’est pour cette raison que, dit-il, le ministère a engagé plusieurs procédures visant à rendre accessible le transport aérien aux Nigériens. Il reconnaît la difficulté de résoudre ce problème profondément ancré dans les habitudes. L’exemple le plus banal, a indiqué le ministre, est qu’il est plus difficile pour une compagnie aérienne de faire des vols à l’intérieur du pays que d’assurer une liaison entre le Niger et un autre pays. Lorsqu’un avion se déplace de Niamey à Agadez, il paie le carburant toutes taxes comprises. Par contre, quand il va relier Ouaga et Bamako, le carburant est payé hors-taxe. Avec l’ambition du Niger de produire son propre carburant pour les avions à partir de la raffinerie de Dosso en projet, poursuit le ministre, le prix du combustible connaîtra une baisse afin de booster le transport domestique des voyageurs par voie aérienne.
Dans cette optique, relève le ministre des Transports et de l’Aviation Civile, le Niger envisage de transformer l’aéroport de Zinder qui est stratégiquement positionné, en un grand hub de distribution de kérosène pour les avions civils. Les réflexions en ce sens dont les résultats seront disponibles bientôt, permettront à terme de transformer l’aéroport de Zinder avec la construction de pistes d’atterrissage d’une longueur minimum de 3 500 mètres et d’une largeur comprise entre 45 et 115 mètres. Plusieurs autres travaux seront réalisés, dont la construction de soutes à carburant. Ces réalisations permettront d’assurer des escales sécurisées pour les avions.
En ce qui concerne les vols domestiques avec les compagnies nationales, le ministre des Transports a souligné que les perspectives sont bonnes parce qu’au moment où la seule compagnie nationale pliait bagage, d’autres compatriotes qui souhaiteraient ouvrir des compagnies aériennes tapent à la porte. Mais le problème qui inquiète le plus à Niamey, c’est surtout l’occupation des emprises de l’aéroport de Niamey.
Occupation du domaine de l’aéroport de Niamey
Le ministre des Transports et de l’Aviation Civile a fait remarquer que le problème d’occupation anarchique des domaines fonciers dédiés aux aéroports, comme à Niamey, est commun à plusieurs pays africains en général, et aux pays de la Confédération AES en particulier. L’aéroport de Niamey dispose d’une bonne capacité d’accueil, mais ce qui est un peu dommage, a dit le Colonel-major Abdourahamane Amadou, « c’est surtout l’axe d’approche côté Est qui a été morcelé » et rend dangereuses les manœuvres des pilotes à cause du manque de visibilité. Il regrette également que cet endroit précis soit emprunté lors de l’attaque du 28 janvier dernier.
Du coup, il va falloir trouver des solutions pérennes. À l’instant précis, le ministère de l’Intérieur a pris le taureau par les cornes et prospecte les voies légales pour rétablir l’aéroport dans ses périmètres et situer surtout les responsabilités. « Les habitations construites dans le domaine de l’aéroport seront probablement démolies parce qu’il est plus facile de les déguerpir que de construire un nouvel aéroport », a précisé le ministre des Transports et de l’Aviation Civile.
Des réformes majeures dans le secteur des Transports
Le Niger est un pays de l’hinterland. Pour faciliter aux opérateurs économiques l’accès à la mer, il va falloir moderniser les infrastructures routières et désenclaver le pays. Dans ce sens, le ministère des Transports entend opérer un changement de paradigme avec l’élargissement des routes, la construction de caniveaux pour rompre avec les pratiques anciennes. « Le Niger est un pays vaste et enclavé et on ne peut plus se donner la latitude de faire des routes avec une obsolescence programmée, c’est-à-dire des routes à durée de vie vraiment limitée », a souligné le Colonel-major Abdourahamane Amadou.
Pour ce faire, la stratégie du nouveau paradigme repose sur la durabilité des routes, et surtout la sécurité. Les entreprises en charge des routes l’ont bien compris et elles se sont mises à la tâche pour mettre à la disposition de l’Etat des routes fiables, poursuit-il. Avec l’embargo qu’a connu le Niger suite aux événements du 26 juillet 2023, beaucoup de leçons ont été tirées. Désormais, le pays va utiliser la voie fluviale et celle aérienne parce que l’expérience a montré qu’on peut se désenclaver à travers ces deux voies. « Si nous travaillons pour rendre le fleuve Niger navigable, il n’y a pas de raison qu’on n’utilise pas cette voie à partir de Gaya pour nous ravitailler en marchandises », a relevé le ministre des Transports.
Les autres reformes sont relatives au renouvellement du parc automobile et surtout, le projet lié à la visite technique automobile. Le ministre des Transports a laissé entendre que 60 à 70% du parc automobile se trouvent à Niamey. Par rapport au chemin de fer, il a annoncé l’arrivée d’une équipe nigériane à Niamey pour des échanges avec la partie nigérienne sur le tronçon Kano-Maradi. Et, dans le cadre de la Confédération AES, il est prévu la construction d’un chemin de fer qui va relier les trois capitales de la confédération, plus le Togo, ainsi qu’un projet d’autoroute pour désenclaver les régions de l’Est jusqu’au Tchad. Ce désenclavement concerne aussi l’ouest et le Nord.
Le ministère des Transports, à travers le Conseil Nigérien des Utilisateurs de Transports publics (CNUT), est engagé dans la digitalisation pour permettre le suivi en temps réel des camions. Ainsi, avec le bordereau électronique, on peut suivre tous les convois nigériens, du point de départ au point d’arrivée. Il y aussi le bordereau de suivi de transport routier qui permet de suivre à partir de Lomé, tous les camions qui sont chargés pour la destination Niger. Enfin, la bourse virtuelle de fret permet de suivre toutes les cargaisons. Ces innovations visent à consolider le système de suivi-évaluation et de le rendre rigoureux.
Des statistiques alarmantes sur la sécurité routière
Les statistiques liées aux accidents de la route sont alarmantes et le phénomène continue d’endeuiller les familles. En effet, selon le ministre des Transports, 80% des accidents de la route se passent à Niamey. Malheureusement au Niger, dit-t-il avec amertume, on a dépassé le cap de 1 000 morts par an. Après une analyse approfondie, il s’avère que 99% des accidents est dû à des erreurs humaines qui ont pour noms le non-respect du code de la route, le non-respect des signalisations, et souvent aussi des conduites sous l’effet de la drogue.
Pour ce qui est des stupéfiants, le ministère des Transports a récemment entrepris une campagne de dépistage, principalement des transports en commun. Les résultats des tests relèvent que les chauffeurs de bus prenaient des substances illicites pour se mettre au volant, avec comme corollaire les accidents mortels. Au regard de l’ampleur des accidents et les résultats de la campagne de dépistage, le ministère des Transports, en collaboration avec celui de la Justice, envisage de renouveler l’exercice afin de pouvoir prendre des sanctions contre les conducteurs indélicats.
C’est dans cet esprit que l’année 2026 a été déclarée ‘’année de la discipline routière’’. Toutes les dispositions seront prises pour réduire les accidents de la route, a rassuré le ministre des Transports, soulignant que l’Agence Nigérienne de la Sécurité Routière (ANISER) dispose de radars pour contrôler la circulation routière et lever le doute sur toutes les sanctions qui seront prises à l’encontre des usagers. Mieux, une base de données fiables existe pour tous les véhicules immatriculés à Niamey de sorte que lorsqu’un propriétaire d’un véhicule commet une infraction, on peut facilement le retrouver et le contraindre à payer l’amende.
Renforcer la sécurité aéroportuaire
Avec les attaques terroristes à l’aéroport de Niamey et à Tahoua, des dispositions sont prises pour renforcer les mesures de sécurité dans les aéroports du Niger. Selon le ministre des Transports et de l’Aviation Civile, un nombre important de caméras est installé à l’aéroport de Niamey. Au moment de l’attaque, dit-il, ces installations n’étaient pas terminées. Les mesures de sécurité concernent l’ensemble des installations aéroportuaires pour davantage sécuriser les domaines aériens.
En perspective, le ministère des Transports envisage d’améliorer la desserte aérienne avec les demandes de certains compatriotes qui souhaitent investir dans ce domaine. « Notre rôle est de faciliter ces demandes. Le seul problème, c’est qu’il y a des règles, celles de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) qui exigent de passer cinq étapes pour pouvoir avoir le certificat. Il y a aussi les projets de l’AES de création d’une compagnie aérienne », a-t-il conclu.
Hassane Daouda (ONEP)
