Lors de l’entretien
Dans le cadre de l’exercice annuel de présentation du bilan des membres du gouvernement, le médecin Colonel-major Garba Hakimi, ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique a accordé un entretien exclusif, le 23 avril 2026 à la Radiotélévision du Niger. Dans cet entretien de plus de deux heures, le médecin Colonel-major Garba Hakimi a dressé les réalisations de son département ministériel en lien avec la feuille de route a lui confiée par le Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Au nombre des missions figurent le renforcement de l’accessibilité aux services de santé et de la disponibilité des médicaments, l’amélioration de la qualité des prestations, etc. Dans ce sens, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique a évoqué le renforcement de la capacité de l’Office national des produits pharmaceutiques et chimiques, l’élaboration d’un répertoire de plantes médicinales, le renforcement du dispositif de contrôle de dons de médicaments et autres produits de santé, la mise en place de stratégies pour réduire les maladies liées aux problèmes d’hygiènes, la production locale de médicaments de la Nigérienne des Industries Pharmaceutiques.
Dans le cadre de la volonté des plus hautes autorités de réduire le coût des soins pour les populations les plus vulnérables, plus de 3,5 milliards de francs CFA a été remboursés pour assurer la gratuité des soins chez les enfants de moins de cinq ans et les césariennes. En outre, le gouvernement a injecté près de 6,9 milliards de francs CFA pour compenser le manque à gagner suite à la réduction des tarifs des prestations dans les formations sanitaires publiques en application du décret d’août 2024.
Une montée en flèche des capacités des centres de santé
Sur le plan des infrastructures, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, le médecin Colonel-major Garba Hakimi, a souligné que le paysage sanitaire de la capitale et des régions se transforme avec la mise en fonction de 36 centres de santé intégrés de type 2. Ainsi, la région de Niamey a bénéficié de la construction de quatre blocs opératoires, quatre unités de néonatologie, quatre laboratoires d’analyse et la réhabilitation de quatre maternités qui renforcent la capacité de réponse aux urgences afin de désengorger les grands centres de santé à l’image de la maternité Issaka Gazobi.
Il faut noter aussi l’équipement du Centre national de lutte contre le cancer (CNLC) avec un accélérateur linéaire pour la radiothérapie, complétant ainsi le package de traitements offerts. Pour rapprocher les soins de santé des populations nomades ou des zones reculées, 5 558 sorties foraines et cliniques mobiles ont été effectuées, touchant près de 2 millions de personnes. Un plan stratégique national de la santé communautaire a aussi été lancé pour les années 2025-2029, visant à rapprocher les soins des populations les plus isolées grâce aux agents de santé communautaire.
Le médecin Colonel-major Garba Hakimi a indiqué que plusieurs formations sanitaires des régions sont dotées en logistique en vue d’améliorer l’efficacité et l’accessibilité aux soins. On compte au total 25 ambulances pour les évacuations sanitaires, 44 véhicules de supervision, 21 fourgonnettes de transport de vaccins pour les districts sanitaires, 6 véhicules de fonction et 217 motos pour les sorties foraines. Sur le volet digitalisation, en octobre 2025, un cap a été franchi avec la connexion au haut débit de plusieurs hôpitaux de référence, facilitant la télémédecine et la gestion numérique des dossiers des patients.
Sur le plan du renforcement du plateau technique et de la formation continue des agents de santé de l’État, le médecin Colonel-major Garba Hakimi a évoqué l’organisation de formations de mise à niveau et de perfectionnement. Ainsi pour l’année 2025, a ajouté le ministre, ils sont 17 000 agents de santé à bénéficier de ces formations de perfectionnement. De plus, trois cent soixante-huit (368) agents de santé, dont quatre-vingt-huit médecins, sont mis en formation spécialisée. « Ils sont en train d’être formés non seulement au Niger, mais aussi ailleurs, dans différentes spécialités. », a indiqué le ministre de la Santé.
Des capacités locales de production de médicaments en nette amélioration
Pour renforcer la disponibilité des médicaments dans les centres de santé, le ministère en charge de la Santé a agi. Selon le médecin Colonel-major Garba Hakimi, au niveau de l’ONPPC, l’office en charge de l’approvisionnement des médicaments sur l’ensemble du territoire national. Des réformes ont été engagées à travers des travaux de réhabilitation et d’extension des magasins à Niamey et à l’intérieur du pays pour que cet office puisse jouer pleinement son rôle. « En dehors de l’ONPPC, la Nigérienne d’Industrie Pharmaceutique fabrique des médicaments localement, quoi que celle-ci n’arrive pas à satisfaire l’ensemble du besoin national. À peine ça couvre les 2% des besoins. Ce qui fait que nous sommes obligés d’importer. Mais nous avons entrepris des actions au niveau de cette unité en mettant en place une machine de production de sérums d’une capacité de 5000 poches par jour en 2025 », a indiqué le ministre de la Santé.
En effet, avec les réformes engagées au niveau de l’ONPPC, le Ministère de la Santé a pu satisfaire à 99 % les besoins des cases de santé, des CSI et des centres de santé mère et enfant. En ce qui concerne les molécules essentielles, au niveau des hôpitaux nationaux, le taux de satisfaction tourne autour de 95%.
La seule préoccupation, a souligné le ministre en charge de la Santé, était le problème d’oxygène qui, présentement, est entièrement pris en charge avec l’installation des unités de production dans plusieurs hôpitaux comme l’hôpital Amirou Boubakar Diallo, l’Hôpital national de Niamey, l’hôpital général de référence avec une capacité de production d’oxygène d’environ 160 bouteilles par jour. « Avec toutes ces unités de production d’oxygène, les formations sanitaires sont en train d’être ravitaillées gratuitement. Dans le passé, ces formations sanitaires achetaient la bouteille d’oxygène entre 75 000 FCFA et 100 000 francs CFA selon les régions. Donc, vous voyez, de 75 000 F on revient à la gratuité. Aujourd’hui, il n’y a pas une formation sanitaire qui va vous dire qu’elle achète de l’oxygène », a déclaré le ministre.
Le renforcement des centres de santé en ressource humaine
En ce qui concerne la question des ressources humaines, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique a souligné que durant l’année 2025, ce sont 529 cadres et 154 techniciens supérieurs qui ont été recrutés par l’État pour renforcer les effectifs. De plus, 145 infirmiers et 228 sage-femmes ont été recrutés grâce aux partenaires. À cela s’ajoutent les relais communautaires qui assurent le relais des soins au sein des communautés. « Notre pays est vaste, nous avons sur l’ensemble du territoire national, le ministre d’État, ministre de la Défense nationale l’a dit, 32 000 villages administratifs. On ne peut pas, pour le moment, mettre un centre de santé dans chaque village. Il faut faire cette politique des relais communautaires pour qu’on puisse vraiment servir tout le monde », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, toujours dans le cadre du renforcement du personnel, le ministre a assuré que les plus hautes autorités ont pris des dispositions avec un projet de recrutement à la fonction publique de 6 221 contractuels de la santé. « C’est une action salutaire pour nous parce que nous n’avons plus de contractuels. Mais, il faut aussi tenir compte de certaines réalités. Parce que c’est bien de recruter, mais il faut aussi assurer le salaire. On est en train de travailler en collaboration avec le ministre en charge des Finances. Dès qu’il donne le OK, eh bien, nous allons procéder à ce recrutement », a assuré le Colonel-major Garba Hakimi.
Des stratégies pensées pour combattre les maladies liées à l’hygiène
Le ministère de la Santé travaille en collaboration avec celui en charge de l’environnement sur des actions concertées pour répondre à cette préoccupation. Dans ce sens, le médecin Colonel-major Garba Hakimi a noté que 27 forages ont été réalisés et plus de 67 autres ont été réhabilités pour que les formations sanitaires puissent bénéficier d’eau potable. De plus, a souligné le ministre de la Santé 218 latrines ont été construites de concert avec le ministère en charge de l’Environnement. « Donc, il y a des missions conjointes que nous faisons pour pouvoir régler ce problème. Lorsqu’on fait un forage, un point d’eau, il y a un certain nombre d’analyses qui s’imposent à celui qui fait le forage. D’abord, il faut faire l’étude physico-chimique de l’eau. Il faut faire aussi l’étude bactériologique pour être sûr que c’est une eau de bonne qualité, consommable », a-t-il défini.
Malheureusement, dit le colonel-major Garba Hakimi, dans les grandes villes, beaucoup de personnes construisent des forages et mettent l’eau à la consommation sans pour autant avoir fait les analyses nécessaires. « C’est valable aussi à l’intérieur du pays. Nous avons vu un village dans lequel on leur a construit un puits. Ils buvaient l’eau du puits sans aucun soucis. Donc, une ONG est venue et leur a construit un forage très profond. Malheureusement, on n’a pas fait l’étude physico-chimique et les enfants se sont retrouvés déformés. Autour de Niamey, l’eau des forages est riche en nitrate, mais le nitrate a des conséquences sur la grossesse. C’est pourquoi, il est nécessaire de faire l’étude physico-chimique pour s’assurer que l’eau de bonne qualité », a conseillé le ministre en charge de l’Hygiène publique.
Pour ce qui est de la gestion des déchets médicaux, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique a fait savoir que 14 incinérateurs, dont cinq nouveaux et neuf réfectionnés, ont été installés sur l’ensemble des régions en 2025. Ce qui permet la maîtrise des déchets produits par les centres de santé, mettant ainsi fin aux anciennes pratiques qui consistaient à enterrer ces déchets. « Pendant combien de temps on va continuer à mettre des déchets dans la terre ? C’est inadmissible. Et surtout qu’il y a des déchets qui ne sont pas dégradables. C’est pourquoi nous sommes en train d’installer ces incinérateurs pour une gestion saine de tous ces déchets et pour respecter l’environnement », a-t-il dit.
Le ministre en charge de la Santé a par ailleurs souligné que des réflexions sont en cours pour qu’il y ait une utilisation intersectorielle de ces incinérateurs afin de créer les conditions d’une gestion sécurisée des déchets et des produits dangereux. À l’image des drogues et des médicaments périmés saisis qui sont incinérés à l’air libre, le ministre de la Santé a rappelé que de telles pratiques sont dangereuses. « Parfois au niveau régional, on va en dehors de la ville et on met le feu sur ces produits dangéreux et tout le monde applaudit. Pourtant on inhale la fumée et le résidu est abandonné. C’est pourquoi nous sommes en train de voir, en collaboration avec le ministère de la Justice, pour qu’il n’y ait plus d’incinérations à l’air libre qui peuvent entraîner des problèmes de santé», a fait remarquer le médecin Colonel-major Garba Hakimi.
Une coordination fructueuse entre membres de l’AES
La réunion du 2 au 4 juin 2025 qui a regroupé les trois ministres en charge de la santé a permis d’adopter, selon le médecin Colonel-major Garba Hakimi, un certain nombre de points dont la création d’une organisation en charge de la santé de la Confédération AES, qui, une fois mise en place, va permettre aux trois ministères de mieux coordonner leurs actions. Aussi, a-t-il ajouté, les trois ministères se sont entendus sur la gestion des maladies épidémiologiques, la gestion des crises, lorsqu’ils feront face à une urgence épidémiologique. « Nous avons émis le renforcement de l’harmonisation en ce qui concerne la réglementation et l’approvisionnement des produits pharmaceutiques au sein de l’espace AES. La feuille de route établie sur la base des piliers de développement va nous permettre d’avoir des actions beaucoup plus coordonnées en ce qui concerne les échanges d’expérience », a-t-il apprécié.
Cette coopération, a fait remarquer le Colonel-major Garba Hakimi, est déjà en marche avec l’organisation de la campagne de chirurgie cardiaque à cœur ouvert entre le Niger et le Burkina Faso pour permettre aux populations de l’espace AES d’avoir accès à des soins spécialisés. « Donc ça va très vite. Et le Mali est aussi d’accord pour qu’on puisse régulièrement organiser ces soins spécialisés. Donc, nous sommes dans cette dynamique », a-t-il indiqué.
La panoplie d’écoles de santé, un défi de taille
« L’erreur qu’on a commise avec les écoles de santé, c’est d’avoir libéralisé le secteur sans pour autant créer un cadre qui vise la qualité. Malheureusement, les écoles de santé, c’est un autre ministère qui s’en occupe. On n’a aucun contrôle sur eux parce que si on a la possibilité de fermer, on allait agir », a relevé le médecin Colonel-major Garba Hakimi. Toutefois, le ministre en charge de la Santé a reconnu que les écoles privées sont importantes dans le cadre de la formation, mais nécessitent une restructuration. « Vous ne pouvez pas mettre des écoles de santé partout. Si vous prenez le cas de Gaya, vous mettez une école de santé à Gaya. Il y en a même peut-être deux, avec des milliers d’étudiants. Mais qui va les encadrer ? Il n’y a même pas d’infrastructures. Vous mettez une école de santé à Téra. Qui va l’encadrer ? Un peu partout, il y a des écoles de santé. Il y a certaines villes où il y a des écoles de santé qui regroupent différentes nationalités. Il faut de l’ordre », a martelé le Colonel-major Garba Hakimi.
Sur cette question, le ministre en charge de la santé a assuré que le gouvernement va prendre des décisions. Ainsi, faut-il ramener ces écoles sous la tutelle du Ministère de la Santé ? « En principe ça serait l’idéal parce que le fruit, c’est nous qui l’utilisons. C’est nous qui savons ce qu’il faut former ? Et la qualité de la formation, c’est à nous de l’apprécier. À l’ère de la refondation, il va falloir refonder ce secteur. C’est des questions qui fâchent, mais il faut faire quelque chose pour qu’on puisse avoir des écoles dans lesquelles on forme des cadres de qualité. Ce n’est pas la quantité, c’est la qualité qu’il faut », a dit le ministre.
Des perspectives meilleures pour le système de santé nigérien
Le médecin Colonel-major Garba Hakimi a annoncé que le ministère en charge de la Santé va s’attaquer à la question de la greffe rénale et a souligné que d’ores et déjà le cadre légal est créé et le processus enclenché, en collaboration avec des partenaires pour faire de cette intervention une réalité afin de mettre un terme aux évacuations externes. « Pour la greffe de la moelle, c’est une question d’organisation. Mais, il faut s’organiser, il faut s’entourer des précautions légales pour pouvoir le faire. Nous sommes dans le processus. Nous allons aboutir à réaliser toutes ces interventions spécialisées. Il en est de même pour la question des arthroplasties. Aujourd’hui, les deux grosses articulations qui dérangent les Nigériens, c’est le genou et la hanche. Aujourd’hui, la hanche est maîtrisée. Ça nous reste à maîtriser la question du genou. Nous allons acheter le matériel nécessaire pour pouvoir prendre ça en charge. Ça va nous éviter aussi des évacuations », a fait remarquer le médecin colonel-major Garba Hakimi.
Hamissou Yahaya (ONEP)
