Lors de l’entretien
En charge du ministère de l’Energie depuis le 19 février 2024, Pr Amadou Haoua était, le dimanche 13 juin 2015, l’invitée de la Radio-Télévision du Niger (RTN) pour dresser le bilan annuel de son département ministériel. Ainsi, elle a expliqué les actions et réformes mises en œuvre pour garantir la souveraineté énergétique nationale, les avancées enregistrées et les perspectives prédéfinies à court, moyen et long termes.
Aux commandes de ce département ministériel depuis 26 mois, la ministre estime que cette année a été marquée par une amélioration remarquable du réseau, surtout pendant les périodes de fortes températures avec presque zéro délestage, zéro coupure sur l’essentiel du réseau. Cette performance inédite dans l’histoire récente du Niger résulte d’une mobilisation collective, un engagement constant mais aussi un sens de responsabilité qui anime les différents acteurs. La ministre souligne que l’État y travaille avec responsabilité afin de réduire la répartition inégale de l’accès à l’électricité et également permettre d’avoir durablement une couverture électrique.
S’agissant de la disponibilité des infrastructures de production et de transport sur le territoire national, la ministre souligne que le sous-secteur de l’énergie électrique se trouve aujourd’hui dans une phase de transformation progressive. La ministre a indiqué que suite aux événements du 26 juillet, des actions concrètes sont engagées avec au total des capacités supplémentaires de 218 MW. « Au total ça fait 118 MW installés et 100 autres en cours de finalisation. Il s’agit de 30 MW de la centrale Qatari, 30 MW de la centrale Goudel qui est entièrement financée sur le fonds propre de l’État, les 20 mégawatts de la centrale solaire de Maradi, 10 MW de la centrale solaire de Dosso, 10 autres MW de la centrale de Diffa dans le cadre du projet RANA », a-t-elle mentionné.
Les 118 MW qui sont déjà installés fonctionnent parfaitement
La ministre a révélé que des projets sont en cours et en perspective avec pour première ambition la connexion des quatre zones dans l’optique de renforcer l’intégration mais aussi pour une meilleure qualité du système électrique national en modernisant le réseau électrique de la Ville de Niamey, et en renforçant la boucle haute tension qui permettra une meilleure capacité de transit de l’énergie de passer de 70 MW à plus de 200 MW. Aussi, il y a l’interconnexion de la zone fleuve et la zone centre-est qui est en cours dans le cadre du projet Haske. Également, le projet WAP qui relie le Niger, le Bénin, le Nigéria et le Burkina Faso qui est en construction. En termes de perspectives, elle souligne qu’il y a l’interconnexion Agadez-Zinder, l’interconnexion transsaharienne qui relie la Mauritanie, le Tchad, le Niger, et le Mali et le Burkina Faso. Au niveau de la distribution, le Niger dispose de manière globale d’infrastructures importantes en matière de desserte électrique donc, le réseau moyenne tension cumule environ 9 000 kilomètres de lignes, le réseau basse tension s’élève à environ 17 000 kilomètres de lignes, et environ 4 400 transformateurs sont actuellement en service », dit-elle. La ministre a expliqué que l’Agence nationale d’électrification rurale prend en compte les zones rurales à travers l’installation de mini réseaux mais aussi des kits solaires. « En 2026, nous projetons d’installer 76 mini réseaux qui vont couvrir 106 localités », a-t-elle relevé. En termes de résultats, elle a souligné qu’en 2024, on a enregistré environ 294 coupures, 174 coupures en 2025. « En 2026 nous savons que nous aurons moins. En termes d’accélération de branchement à l’électricité au cours des années 2024 et 2025, nous avons eu respectivement environ 26 000 et 50 000 branchements et pour l’année 2026, de janvier à fin mai nous comptabilisons 82 000 branchements déjà effectués », poursuit-elle.
Les bases de transformation structurelle du secteur de l’électricité sont en cours de consolidation et dans cette dynamique, les ambitions du ministère sont de porter l’accès à l’électricité de 21,9 % à 60 % d’ici l’horizon 2030. Le taux est actuellement de 24%. Des réformes sont prévues, notamment l’adoption d’un nouveau code d’électricité, la redynamisation du document de politique nationale et d’autres structures et réformes structurelles destinées à renforcer la souveraineté et l’acceptabilité du secteur.
La ministre a confié que le groupe numéro 1 de la centrale de Gorou Banda est toujours à l’arrêt. Ceci s’explique, selon Pr Amadou Haoua, par le manque de pièces de rechange dont les commandes prennent du temps.
Concernant la ligne d’interconnexion du Nigeria, elle explique que cette dernière, malgré les difficultés, est nécessaire car c’est le moins cher actuellement. « Nous travaillons à développer nos propres capacités pour qu’en cas d’interruption de la ligne nous arrivions à subvenir à nos besoins. Et nous sommes sur cette voie à travers nos projets qui ont déjà des financements acquis et d’autres projets dont les DAO sont lancés », a ajouté la ministre. Malgré ces évolutions, on continue à importer 89 MW pour la zone du fleuve et 40 MW pour la zone centre-Est. « Nous avons beaucoup d’investisseurs mais c’est un travail à long terme où il faut avoir les études de faisabilité et l’étude d’impact, l’étude technique, ce sont des mois de travail et nous faisons notre travail », a-t-elle indiqué.
L’accès aux énergies modernes de cuisson par les ménages
À ce niveau, Pr Amadou Haoua a révélé que l’accès aux énergies de cuisson propre constitue un enjeu à la fois énergétique, environnemental, sanitaire et social. « Nous avons une croissance très forte de la population et l’accès à ces énergies modernes devient également un accès universel ». C’est pourquoi, dit-elle, le ministère a adopté plusieurs stratégies pour non seulement diminuer la consommation de combustible. Parmi ces stratégies, la ministre cite la promotion et la vulgarisation du gaz liquéfié de pétrole (GPL) en encourageant les ménages à utiliser le GPL. « Et nous faisons des opérations de vente sur toute l’étendue du territoire. Au cours de l’année 2025, nous avons consommé 70.936 tonnes. En 2026, nous avons consommé presque 90 000 tonnes de gaz. On voit bien une progression de 10 000 tonnes de plus. Ça nous a permis d’équiper presque 30.000 ménages en système de gaz et la population commence à adhérer à ce type d’énergie », a-t-elle notifié.
Au niveau de la production et diffusion du charbon minéral qui constitue la deuxième stratégie, la ministre souligne qu’en 2025 on a enregistré une production de presque 8 800 tonnes de charbon carbonisé. « En 2024, nous avons consommé 600 tonnes qui ont été mises à la disposition des ménages », a-t-elle relevé. La troisième action stratégique est le développement de la filière biodigesteur, qui est l’utilisation des déchets organiques pour créer du gaz. Elle constitue une révolution silencieuse aux services des ménages et une solution innovante, plus durable, qui réponde non seulement à l’accès à l’énergie, mais aussi à la productivité agricole et à la protection de l’environnement. La filière a été structurée en 2005. « Nous avons actuellement 1 250 biodigesteurs sur le territoire, installés entre 2022 et 2025. Mais pour l’année 2025 seulement, nous avons déjà 500 biodigesteurs installés », a précisé Pr Amadou Haoua avant d’ajouter que des jeunes ont été formés dans ce domaine et cette performance exceptionnelle marque l’entrée de cette filière dans une phase de déploiement à grande l’échelle au Niger.
L’autre stratégie, c’est l’utilisation des foyers améliorés qui est le moyen le plus accessible aux ménages. « Pour l’année 2025, nous avons mis en place le fonds Arzikin haske qui est une subvention permettant aux ménages d’avoir accès à des kits solaires, mais aussi à des kits de cuisson propres. Notre ambition est double. C’est accélérer l’accès à l’énergie de cuisson propre en améliorant les conditions de vie et aussi en protégeant l’environnement », a-t-elle ajouté.
Les principaux défis du secteur
Bien que le secteur de l’énergie fait face à des défis majeurs, il demeure au cœur du développement économique. Le premier défi, est selon la ministre, la sécurisation de l’approvisionnement en produisant plus localement. Le deuxième, c’est d’avoir d’ici 2030 une capacité de plus de 3 000 MW. Le troisième défi concerne l’accès universel à l’électricité car certaines zones restent encore non électrifiées, d’où l’installation de mini-réseaux et des kits solaires. Le quatrième défi est celui de la modernisation et du renforcement du réseau de transport pour non seulement une bonne qualité de service, mais aussi avoir moins de pertes dans le système national. Le dernier défi, c’est le financement du secteur qui est à la peine à cause soit des contraintes liées au budget, soit les exigences des partenaires. Par ailleurs, la ministre a mis l’accent sur la situation des centres de santé dont certains ont été dotés d’installations solaires. Au-delà, la ministre a expliqué l’évolution de l’exécution actuelle du projet Salkadamna qui est, selon elle, à un stade très avancé dans sa réalisation. Les deux nouveautés de ce projet sont le permis d’exploitation accordé qui montre l’engagement politique affiché et les diagnostics technologiques qui ont permis de mieux caractériser le gisement qui est estimé à 150 millions de tonnes de charbon limite, alors que les études antérieures en n’ont prouvé que 69 tonnes.
La fourniture d’électricité
La centrale de la SONICHAR a été conçue pour une durée de vie de 25 ans et continue de fonctionner plus de quarante ans après son installation, avec des pièces de rechange qui ne sont plus disponibles sur le marché. « C’est ce qui amène des arrêts récurrents au niveau de la centrale et même des défaillances liées à divers facteurs d’ordres technique, financier, géographique et environnemental », indique la ministre. Elle a salué l’ingéniosité des agents qui conservent la centrale et qui fabriquent des pièces et des outils nécessaires à son exploitation. À cet effet, le gouvernement entend renforcer, renouveler ou moderniser cette centrale avec deux tranches de 25 MW et l’hybrider avec 50 MW solaires.
Quant à l’état actuel de la SORAZ, la ministre a notifié que ce dossier a été repris avec le ministère du Pétrole, et il s’est avéré que les installations faites ne leur permettent pas de se connecter car ils perdraient leur système, mais elle rassure que ces installations serviront plus tard dans d’autres projets dont la valorisation du gaz en électricité.
En ce qui concerne le projet de la dorsale nord du WAP, il consiste à renforcer le transfert d’énergie entre le Niger, le Bénin, le Nigeria et le Burkina Faso à travers la construction d’une ligne de transport à haute tension. Cette ligne a une distance de 875 kilomètres et traverse notre territoire sur 420 kilomètres. Ensuite, il y a la Bretelle Zabori-Bénin, avec 33 kilomètres, et une tension de 225 kilovolts également. En plus de ces lignes, il y a la construction et l’extension des postes électriques. Et mieux encore au Niger, nous avons 432 localités qui seront électrifiées suivant le corridor. « Cette ligne permet une capacité de transit de plus de 600 MW. Mais, nous avons eu avant le 15 juillet 2025 un incident au niveau de la construction. Avant cette date, nous avons un taux d’exécution de 52,2%, soit 150 pylônes déjà implantés, 174 fondations faites sur les 900 prévues et le poste de Gorou Banda avec un taux d’exécution de 70%. Pour le poste de Niamey 2 et Gazaoua, les essais sont en cours et celui de Zabori a un taux d’exécution de 41% », a révélé la ministre. « Malgré un contexte sécuritaire difficile, des évolutions ont été enregistrées et nous, nous avons repris les activités le 18 mai 2026 après le déploiement de la sécurité mais, au niveau de Zabori, nous sommes toujours en arrêt et nous attendons également le déploiement des forces de sécurité », a-t-elle dit.
Des projets en cours pour moderniser le secteur et faire face aux défis
Le gouvernement a déjà engagé des réformes pour rendre le secteur plus attractif à travers l’amélioration du cadre réglementaire, la promotion du partenariat public-privé et le renforcement de la planification du secteur. Cette dynamique s’est traduite par un regain d’intérêt au secteur par les investisseurs, par les développeurs de projets et par des partenaires techniques et financiers. Toutefois, la ministre de l’Energie a précisé que ce processus est mené en collaboration avec l’ANPIPS. Toutes ces nouvelles initiatives de partenariat public-privé font l’objet d’études de plusieurs secteurs, a souligné la ministre de l’Energie.
Par rapport au projet Savana Peteoluim, elle a révélé que ce dernier est avancé et que les négociations sont en cours, les autorisations sont déjà accordées dans plusieurs institutions. C’est un projet qui nécessite un suivi minutieux, un financement énorme.
Au sujet de la Refondation de la NIGELEC, Pr Amadou Haoua a notifié que celle-ci est déjà subdivisée en trois parties suite à la nationalisation lors du Conseil des ministres le 19 juin 2025. Cette nationalisation s’inscrit dans une logique stratégique à la fois politique, économique et sociale. Elle répond à des enjeux majeurs de souveraineté énergétique, mais aussi de sécurité du secteur de l’énergie.
Ainsi, après analyse de la situation, la Nigelec présente des déficits structurants qui sont importants, affectant sa performance financière et sa crédibilité institutionnelle. Concernant la plus-value de la Nigelec après sa nationalisation, Pr Amadou Haoua a souligné que celle-ci est difficile à déterminer car elle a des dettes avec la SONIDEP que le gouvernement essaie de stabiliser à travers le mécanisme de ‘’dettes croisées’’. Le comité se chargera de faire le point des dettes croisées et mettra bientôt les résultats à la disposition ministère de tutelle. A Propos du prix de vente du kilo watt-heure, la ministre a indiqué qu’au Niger il varie entre 68 et 136 francs. Malgré cela, le Niger est un acteur visible, attractif et crédible dans le domaine de la transition énergétique.
Coût de l’énergie et difficultés d’installation des entreprises
L’ambition du Niger est de rendre l’énergie disponible, continue, compétitive et fiable. La ministre a notifié que le coût de l’énergie au Niger est l’un des coûts les moins élevés dans l’espace UEMOA avec une tranche qui varie entre 68,38 exactement à 136,58 francs contre les autres pays de l’espace UEMOA qui se trouvent une tranche de 79 à 165 francs le kilo watt heure.
Mais, elle a rassuré que si les applications de la planification sont faites, une réduction du prix doit être forcément envisagé.
Par rapport au fonds de l’énergie créé en juin 2023, elle a précisé ce dernier regroupe plusieurs partenaires et secteurs avec une subvention sur le gaz domestique, le combustible destiné à la production électrique, l’appui à la cellule de promotion de gaz domestique, la subvention de charbon minéral carbonisé, l’appui sous forme de subvention au fonctionnement de l’Agence nationale de l’énergie solaire et l’appui à l’Agence Nigérienne de promotion d’électrification rurale, mais aussi la subvention au cadre d’appui aux infrastructures énergétiques communautaires urbaines et périurbaines.
Par ailleurs, la ministre de l’Energie a déploré le manque de cadres suffisant pour mener à bien la politique. Mais, elle a indiqué qu’une demande a été faite au niveau du ministère de la Fonction Publique pour renforcer les ressources humaines. Dans cette optique, plusieurs agents ont été formés dans le cadre de la coopération avec l’Egypte et le Maroc. A cela vient s’ajouter le renforcement des capacités dans le cadre du projet RANA.
Dans le cadre de la Confédération AES, Pr Amadou Haoua a indiqué que plusieurs projets communs relatifs au secteur de l’énergie existent entre les différents pays. Il s’agit du projet WAP qui relie le Niger-Burkina, le projet transsaharien qui concerne les trois pays de l’AES, le projet Niamey-Gao pour également faciliter le transfert d’énergie e le projet nucléaire du Niger dont la vocation demeure régionale.
Un autre projet phare du Niger est sans nul doute le programme électronucléaire pour lequel l’engagement des plus hautes autorités est un facteur déterminant pour la conduite et la pérennisation du programme.
L’état du volet énergétique du projet de barrage de Kandadji
Il s’agit d’un programme qui comporte plusieurs volets, énergie, eau, environnement et agriculture. En ce qui concerne le secteur de l’énergie, Pr Amadou Haoua a précisé que c’est plutôt la construction de la centrale hydraulique de 130 mégawatts. Les travaux, dit-elle sont à un taux d’exécution de 30% pour le génie civil, 16% pour la centrale. « Nous avons également la construction d’une ligne électrique de haute tension qui est à un taux de 51,6 %. Nous avons l’électrification des sites réinstallés. Nous avons également la construction d’une centrale solaire de 70 mégawatts dans la zone. Ce qui fait qu’au niveau du barrage, nous aurons 200 mégawatts installés. Il convient de noter que ce programme contribuera beaucoup au mix énergétique surtout que son coût est très attirant avec 28 francs le kilo watt heure », a-t-elle ajouté.
En définitive, la ministre de l’Énergie a précisié que la souveraineté énergétique du Niger doit être portée d’abord par les Nigériens.
Massaouda A. Ibrahim (ONEP)
