Lors de l’entretien
Le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, M. Sidi Mohamed Almahmoud, était le lundi 15 juin 2026 sur le plateau de la Radiotélévision du Niger (RTN) dans le cadre de l’entretien bilan des actions réalisées dans son département ministériel. En effet, au moment où le Niger poursuit son processus de refondation, la jeunesse apparaît comme l’un des principaux leviers sur lesquels les autorités entendent s’appuyer pour construire l’avenir du pays. C’est le message central qui ressort de l’entretien annuel de M. Sidi Mohamed Almahmoud. Au cours de cet échange, le ministre est revenu sur les réalisations de son département, les défis et les réponses que le gouvernement tente d’apporter à travers différents programmes et réformes.
Chaque année, des milliers de diplômés sortent des universités, des écoles professionnelles et des filières formelles ou informelles avec, pour seule ambition, vivre de leur travail et contribuer au développement du pays. Le ministre reconnaît que les opportunités restent largement inférieures à cette demande. Il évoque le chiffre de près de 250 000 jeunes qui se présentent chaque année sur le marché du travail sans toujours trouver de débouché rémunéré. À cela s’ajoute l’inadéquation persistante entre les formations dispensées et les besoins réels de l’économie, qui laisse de nombreux diplômés sans expérience pratique exploitable.
Face à cette situation, le ministère a misé sur deux leviers. Le premier vise les jeunes ruraux, qui représentent plus de 80 % de la jeunesse nigérienne : organisés en groupements d’intérêt économique avec l’appui de partenaires techniques et financiers, plus de 200 d’entre eux ont déjà été accompagnés dans le lancement d’activités génératrices de revenus, à travers une phase pilote menée dans les huit régions du Niger. Le second est la plateforme numérique Kohar Aiki , conçue avec l’Agence Nationale pour la Société de l’Information (ANSI) et déployée avec le concours du Programme des Nations Unies pour le Développement, de l’Agence Nigérienne de Volontariats pour le Développement, de l’Agence Nigérienne pour la Promotion de l’Emploi, ainsi que de la Chambre de commerce et du ministère du Commerce : elle met en relation jeunes diplômés et employeurs et a déjà permis à plus de 240 jeunes d’accéder à un stage ou à un premier emploi.
Sur la question spécifique des stupéfiants, le ministre reconnaît un phénomène en expansion, qui ne touche plus seulement les catégories les plus précaires, mais traverse toutes les couches sociales, parfois jusqu’à la perte de vies humaines. Un diagnostic a été engagé et une rencontre nationale est envisagée à l’horizon 2026-2027 pour fédérer l’ensemble des acteurs concernés, y compris les familles, dont il rappelle la responsabilité dans l’éducation et la surveillance des enfants. Sur le volet de l’extrémisme violent, une stratégie nationale de prévention, élaborée avec l’UNFPA et le ministère de l’Intérieur, a été réactualisée pour tenir compte de l’évolution des réseaux et de leurs soutiens extérieurs.
Changer les mentalités, condition de la refondation
Au-delà des réponses sectorielles, le ministre revient longuement sur la nécessité d’un changement de mentalité, qu’il présente comme une condition de réussite de la refondation en cours. Les habitudes héritées des décennies passées, selon lui, ne permettent plus de répondre aux exigences d’un Niger qui affirme sa souveraineté aux côtés des autres pays de l’Alliance des États du Sahel. Un programme national de volontariat patriotique, en cours de validation, doit traduire cette ambition en formant les jeunes au civisme et à l’engagement pour la défense de la patrie. Il cite, comme premier signe tangible de ce changement, la mobilisation observée dans l’ensemble des communes lors des manifestations de soutien au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, où les jeunes sont toujours en première ligne.
C’est dans cet esprit qu’a été organisé, les 30 et 31 décembre 2025 à Niamey, sous la présidence du Premier ministre, un dialogue intergénérationnel réunissant environ 2 000 jeunes face à d’anciens Chefs d’État, anciens Premiers ministres, chefs traditionnels et leaders religieux. Le ministre y voit un espace de transmission, où les aînés partagent leur expérience, y compris leurs erreurs passées, tandis que les jeunes exposent leurs propres aspirations. Il rapproche cette initiative de la tradition de l’arbre à palabre, où La communauté se retrouvait pour débattre de ses affaires.
La Politique nationale de la jeunesse, adoptée en avril 2023, fait, elle aussi, l’objet d’une révision afin de l’aligner sur les orientations de la refondation et sur la dynamique de l’AES. Le ministre insiste sur le caractère participatif de cette réécriture, qui suppose des consultations dans les régions plutôt qu’une élaboration en vase clos.
Le sort du Conseil national de la jeunesse, dont le mandat est arrivé à terme depuis décembre dernier, a également été abordé. Le ministre reconnaît des insuffisances dans les textes actuels et annonce qu’un diagnostic mené notamment lors d’une rencontre à Tahoua, a permis d’identifier les évolutions nécessaires avant l’organisation d’un renouvellement transparent et crédible, confié à une task force. En attendant, l’article 22 du texte régissant le Conseil permet la mise en place d’un comité provisoire de transition.
La culture et le sport mobilisés pour la souveraineté
Le ministre revient également sur la mobilisation générale pour faire face aux tentatives de déstabilisation du pays. Une rencontre rassemblant organisations de jeunesse, sportives et culturelles a permis d’enrichir la feuille de route sectorielle, conformément à l’article 8 de l’ordonnance du 26 décembre 2025 qui impose à chaque département ministériel d’élaborer son propre plan, centralisé ensuite par le ministère de la Défense. Sur le terrain, des artistes, appuyés notamment par le Centre national de la cinématographie, produisent des films retraçant les exactions de la colonisation et les tentatives de déstabilisation récentes, tandis que le Conseil national de la jeunesse et d’autres organisations ont organisé des meetings à Niamey et dans plusieurs régions.
Depuis le remaniement du 26 janvier 2026, qui a élargi son portefeuille à la culture, le ministre dit avoir engagé un dialogue avec l’ensemble des structures rattachées, de l’Agence de promotion des entreprises et industries culturelles (APEC) au Bureau national des droits d’auteur (BNDA), en passant par le Centre national de la cinématographie. Plusieurs festivals suspendus doivent reprendre, notamment ceux consacrés au théâtre et à l’humour, à la chanson féminine et aux arts de l’oralité. Le Président de la République a par ailleurs demandé l’établissement d’un répertoire exhaustif de l’ensemble des activités culturelles traditionnelles et des détenteurs de ces savoirs, comme les wanzam, afin de les réhabiliter au sein d’un grand festival fédérateur. Depuis 2023, 150 projets artistiques et culturels ont déjà été financés par le Fonds de développement des arts et de la culture, pour plus de 500 millions de francs CFA. Le ministère travaille également à la matérialisation du statut de l’artiste et à l’instauration d’une rémunération pour la copie privée, déjà en vigueur dans des pays comme le Burkina Faso, ainsi qu’à la transposition de cinq directives de l’UEMOA destinées à mieux protéger les droits des artistes.
Sur le plan régional, le ministre revendique la participation active de son département à la construction de la Confédération des États du Sahel. Le Niger a accueilli en juin 2025 le premier forum de la jeunesse de l’AES à Niamey, et il a pris part aux premiers Jeux de l’AES au Mali, où il s’est classé deuxième, et participé à la Semaine nationale de la culture couplée à la Semaine de la fraternité, après avoir lui-même pris part à la première édition de cette Semaine de la fraternité organisée à Ségou, au Mali. Une Confédération du cinéma de l’AES a vu le jour avec la participation des cinéastes nigériens, et un mémorandum sur la politique culturelle commune de la Confédération a été signé.
Un bilan sportif en nette progression
Sur le terrain sportif, le bilan est particulièrement satisfaisant. 208 médailles glanées en 2025, contre 84 l’année précédente, toutes disciplines confondues à l’exception du football. Le ministre évoque une montée en puissance perceptible jusque dans l’actualité la plus récente, citant les huit médailles décrochées coup sur coup au championnat d’Afrique de taekwondo organisé au Mali, ainsi qu’un titre continental glané en athlétisme au Ghana. Le Niger a eu une place parmi les meilleures nations africaines dans des disciplines comme le taekwondo, le judo ou le karaté, ainsi qu’une qualification au plan mondial en pétanque et au maracana, où le pays vient également de se qualifier dans la catégorie junior.
Sur le seul registre du football, le ministre reconnaît des résultats en deçà des attentes, tout en relativisant ce constat. Il rappelle que le Mena a, par le passé, disputé à deux reprises la Coupe d’Afrique des nations, et qu’en 2025, classé meilleur deuxième de sa poule, il s’est retrouvé à deux doigts d’une qualification pour la Coupe du monde. Lors de la Coupe d’Afrique des nations disputée au Maroc, l’équipe nationale a manqué la qualification. Le ministre y voit notamment la conséquence de l’absence de matches à domicile depuis trois à quatre ans, faute de stade homologué, alors qu’un seul déplacement du Mena peut coûter plus de 100 millions de francs CFA à l’État. Interrogé sur d’éventuels manquements logistiques lors de récents déplacements de l’équipe, notamment l’absence de journalistes accrédités dans le voyage, il reconnaît des erreurs ponctuelles tout en saluant l’engagement de l’actuelle direction de la Fédération nigérienne de football à y remédier.
Le stade Général Seyni Kountché : un outil de souveraineté
Le stade Général Seyni Kountché, un véritable outil de souveraineté, où se jouent l’ensemble des grandes compétitions nationales et internationales de football du pays. Pour résoudre de façon définitive la situation actuelle qui empêche le Niger d’accueillir des matches officiels sur son sol, plusieurs entreprises spécialisées dans la réhabilitation d’infrastructures sportives ont été conviées à évaluer les besoins du site et à soumettre des offres techniques et financières.
La question des constructions qui ont progressivement empiété sur les abords du stade a également été posée par les journalistes. Le ministre indique que ces bâtiments ont été reversés dans le domaine public par décret, ce qui doit permettre à l’État de récupérer ces espaces pour les affecter à d’autres usages d’utilité publique, dans le cadre de la remise à niveau de l’ensemble du site.
Sur le financement, le ministre est revenu sur les annonces faites en 2022 par des partenaires chinois, qui s’étaient engagés à soutenir la rénovation du stade. Ces promesses, reconnaît-il sans détour, ne se sont pour l’instant pas concrétisées. Mais il assure que cette situation ne remettra pas en cause le projet. Le stade demeurant l’infrastructure sportive principale du pays, l’État est prêt, si nécessaire, à mobiliser ses fonds propres pour le rénover.
La lutte traditionnelle Kokowa : vers un statut officiel
À la suite de la 46è édition du Sabre National, des instructions fermes ont été données pour que des compétitions de Kokowa soient désormais organisées de façon permanente, à tous les niveaux du territoire, et non plus à l’occasion d’un seul grand rendez-vous annuel. Une fédération délégatrice a été instaurée à cet effet, chargée d’organiser ces compétitions de façon continue.
Un comité de réécriture du code de la lutte a été mis en place pour corriger les insuffisances constatées lors des éditions précédentes et intégrer les préoccupations soulevées par les acteurs de la discipline. Au-delà de ce toilettage réglementaire, le ministre annonce une réforme plus structurelle. l’institutionnalisation pure et simple de la lutte traditionnelle, qui ne dispose à ce jour d’aucun statut officiel, faute de décret ou de texte qui la consacre formellement. Des mesures sont en cours pour combler ce vide juridique, qu’il qualifie d’anomalie ancienne qu’il n’est jamais trop tard de corriger. Il insiste également sur la nécessité de rentabiliser les investissements déjà réalisés sur les différentes arènes du pays, en y organisant des compétitions permanentes, à travers une hiérarchie de trophées allant de la coupe nationale à la coupe du Président de la République, en passant par la coupe du ministre, afin que les champions ne se limitent plus à un titre conquis une seule fois par an.
Le ministre a par ailleurs révélé un projet porté par une équipe de Nigériens regroupés autour du concept Global Event, en lien avec Dr Seriba, une personnalité reconnue du monde sportif tant au Niger qu’à l’international, déjà associée à l’organisation des cinquièmes Jeux de la Francophonie.
D’autres chantiers d’infrastructures pour enraciner le sport dans les régions
En plus du stade Général Seyni Kountché, le ministère affiche un programme d’investissement plus large dans les infrastructures sportives. La pose des fondations de l’Université des sports doit intervenir d’ici la fin de l’année ou au début de l’année suivante. Le ministère prévoit également de démarrer, au plus tard avant la fin de l’année, la construction de 62 terrains de proximité répartis sur l’ensemble des régions du pays, majoritairement des terrains de football, complétés des terrains omnisports. Le ministre y voit un double objectif : garantir aux jeunes, en particulier dans les zones les plus éloignées, un accès de proximité au sport et aux loisirs, qu’il présente comme un droit, et constituer un vivier de jeunes talents susceptibles d’intégrer ensuite les structures nationales de haut niveau.
Le ministre cite également l’inauguration récente du centre omnisports de la Francophonie, présidée par le Premier ministre, comme une réalisation dont le ministère se dit particulièrement fier. Enfin, sur le volet de la détection et de la formation des jeunes talents par le football scolaire, le Niger a été désigné parmi les deux premiers pays africains retenus pour expérimenter le programme FIFA Football for Schools, destiné à introduire l’apprentissage du football au sein même des établissements scolaires.
Oumar Issoufou (ONEP)
