Des jeunes filles jouant au football lors de matchs inter-établissement sur le terrain FIFA Arena à Niamey
Au Niger, le sport est encore très souvent perçu comme une activité réservée aux hommes. Pourtant, de nombreuses jeunes filles se passionnent pour le football, l’athlétisme, le handball, le volleyball ou encore le basketball. Cependant, leur progression demeure freinée par plusieurs obstacles, notamment les pesanteurs socioculturelles et religieuses, les préjugés et discriminations, le mariage précoce, les responsabilités familiales ainsi que le manque d’infrastructures sportives adaptées.
Mme Moussa Amina, présidente de la commission football féminin à la Fédération Nigérienne de Football (FENIFOOT), explique qu’en termes de développement, le football féminin connaît aujourd’hui une évolution notable. « Aujourd’hui, nous avons six régions sur les huit qui participent au championnat féminin », a-t-elle indiqué. Outre la catégorie senior, le football féminin enregistre également des avancées importantes avec plusieurs catégories de jeunes, notamment les U15, U17 et U20, grâce entre autres au championnat scolaire. « Cela prouve qu’il y a déjà une avancée dans la pratique et que des mesures sont en train d’être mises en place », a fait savoir la présidente.

Cependant, malgré ces progrès, plusieurs difficultés continuent d’entraver l’essor du football féminin. En effet, les pesanteurs socioculturelles et religieuses demeurent des freins majeurs. « Malgré l’évolution du monde, la société continue de percevoir le football comme une activité réservée aux hommes et estime que les femmes doivent rester au foyer », a déclaré Mme Moussa Amina. À cela s’ajoute le mariage, qui constitue souvent un obstacle mettant prématurément fin à la carrière sportive de nombreuses jeunes filles. « Cet obstacle fait que les femmes ne pratiquent pas le football sur une longue durée », se désole-t-elle. Par ailleurs, le manque d’infrastructures sportives représente également un défi important. Selon Mme Moussa Amina, les terrains de pratique sont insuffisants et ne permettent pas aux jeunes filles de développer pleinement leurs performances. « Nous n’avons pas assez de terrains. Même les hommes qui pratiquent le football rencontrent ce problème », a-t-elle souligné. Face à cette situation, la Fédération déploie des efforts afin de permettre à chaque région de disposer d’infrastructures sportives de qualité pour promouvoir davantage cette discipline. Dans cette dynamique, Mme Moussa Amina estime qu’il est essentiel d’encourager les jeunes filles dès le bas âge à pratiquer le football. Pour cela, les professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) ont un rôle important à jouer. « Au niveau des écoles, les filles peuvent demander à leurs professeurs d’EPS de créer des clubs. Cela permettra d’organiser des compétitions interscolaires et interclasses, comme cela se faisait auparavant, mais cette fois-ci avec le football féminin », a-t-elle expliqué. Elle rappelle également que le football n’est pas un frein à l’épanouissement des femmes et qu’il peut être pratiqué à tout âge. « Notre objectif est d’avoir des équipes nationales compétitives », a-t-elle confié, tout en appelant les jeunes filles à intégrer massivement les différents clubs du pays. Selon elle, le programme Football for Schools constitue également une véritable opportunité pour le développement du football féminin au Niger. « C’est une porte ouverte pour permettre au football féminin de décoller », a-t-elle soutenu.

Pour sa part, Mlle Mounkaila Chipkaou Leyla, jeune basketteuse évoluant depuis 2015 au JEA Basketball Centre de Niamey, affirme faire face à de nombreuses contraintes sociales. Elle révèle avoir été découragée à plusieurs reprises par son entourage, qui, au lieu de la soutenir, tente souvent de la pousser à abandonner sa passion. En plus de cette pression sociale, la jeune sportive évoque le manque d’infrastructures adéquates. « Il y a peu de salles et de terrains, souvent même en mauvais état », se lamente-t-elle. Elle regrette également le faible niveau de visibilité accordé au sport féminin, qui reste, selon elle, moins financé et moins considéré. Malgré ces difficultés, Mlle Mounkaila Chipkaou Leyla nourrit de grandes ambitions. Elle souhaite devenir une basketteuse de haut niveau, défendre les couleurs du Niger et participer à des compétitions internationales telles que l’AfroBasket ou la BAL Women. Elle aspire aussi à inspirer les jeunes filles de son quartier et de son école afin de contribuer au changement de l’image du basketball féminin au Niger.
Mlle Djibo Hamani Ramatou, étudiante à la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Abdou Moumouni de Niamey est volleyeuse depuis 2017 au sein du club UAM Volley-ball. Elle affirme être confrontée à des critiques négatives venant de son entourage. « Une femme sportive est mal vue par certaines personnes de mon entourage », a-t-elle déclaré. Cette jeune sportive fait également face à des difficultés financières. « Quand il s’agit du sport féminin, beaucoup de personnes ne nous considèrent pas, encore moins nous financer », regrette-t-elle. Toutefois, elle souligne avoir bénéficié du soutien de sa famille, notamment de sa mère, ancienne sportive. « Je n’ai pas rencontré de difficultés auprès de mes parents. Ma mère, étant une ancienne sportive, me comprend », a-t-elle confié avec fierté.

Par ailleurs, elle lance un appel à la société afin qu’elle accorde davantage de considération aux femmes sportives. « Le fait d’être une femme ne constitue aucun frein à notre capacité d’agir et de réussir. Nous avons des exemples comme Aminatou Seyni et Samira Awali Boucacar, qui montrent à travers leurs parcours que les femmes peuvent rayonner dans le sport », a-t-elle indiqué.
Quant à Mlle Idrissa Hamadou Farida, étudiante en Licence 2 en Lettres, Arts et Communication à l’UAM, elle pratique le handball depuis quatre ans. Toutefois, avant son intégration dans le milieu sportif, elle avait dû faire face à l’opposition de son père. « Avant que j’intègre le sport, mon père m’avait dit “non, tu es une fille, il y a des hommes sur le terrain.” Je lui ai répondu que jouer aux côtés des hommes n’avait aucune importance pour moi, car je voulais suivre ma passion et développer le potentiel qui est en moi. C’est ainsi que j’ai réussi à le convaincre », a-t-elle raconté.

À travers son expérience, la jeune handballeuse encourage les autres jeunes filles à pratiquer le sport, non seulement pour suivre leur passion, mais aussi pour améliorer leur santé physique et mentale. « Il y a beaucoup de filles talentueuses et passionnées. Si elles arrivent à se développer, le sport féminin progressera davantage. Actuellement, la personne qui dirige notre club de handball est une femme. Donc, si nous sensibilisons davantage les filles à rejoindre le domaine sportif, le sport évoluera considérablement », a-t-elle proposé. En outre, plusieurs jeunes filles peinent à concilier études, tâches ménagères et activités sportives. Ce manque de temps constitue également un frein à l’évolution du sport féminin au Niger. Malgré cela, elles affirment faire des efforts pour équilibrer ces différentes responsabilités.
Enfin, ces jeunes sportives lancent un appel aux parents afin qu’ils permettent à leurs filles de suivre leur passion. Elles interpellent également les autorités et les dirigeants sportifs à soutenir davantage le sport féminin afin de favoriser son développement au Niger.
Zouladeini A. Razinatou (Stagiaire)
