Depuis plusieurs semaines, la foire des maraîchers de la région d’Agadez bat son plein à la Place du petit marché de Niamey. Cette rencontre annuelle, devenue une tradition, est le lieu pour les producteurs de l’Aïr d’écouler leurs productions de fruits, épices et d’agrumes. C’est aussi une occasion pour la population de Niamey et environs de se procurer des produits à bas prix, en quantité et de qualité. Ce rendez-vous annuel, loin d’être une simple rencontre d’achat et de vente, constitue un important pilier pour la promotion de la production locale avec un fort impact sur l’économie nationale. À quelques semaines du début du mois béni Ramadan, les légumes comme l’oignon, l’ail et la pomme de terre, d’habitude très chers à pareil moment, sont disponibles et accessibles à des prix défiant toute concurrence. Ce cadre très bénéfique pour la population et les producteurs d’Agadez influe directement sur les prix des mêmes types de produits qui se vendent dans les marchés locaux, créant ainsi une harmonisation des prix et mettant fin aux spéculations.
En effet, sur cette grande place, devenue le lieu par excellence des foires locales, l’animation est à son comble. Établis en forme de carrés, les stands sont bien garnis. Des pommes de terre, des agrumes, de l’oignon, de l’ail, de la tomate séchée, et bien d’autres produits sont exposés sur des tables, à même le sol ou sur des nattes artisanales. La clientèle, quant à elle, est partout. Femmes et hommes, chacun est venu s’approvisionner en prélude au mois béni de Ramadan.

Ce marché temporaire installé en plein centre de Niamey, juxtaposé à un marché local, attire également les vendeurs ambulants qui tirent leur épingle du jeu. Le spectacle des véhicules qui font des allers et des retours sur cette Place du petit marché démontre l’intérêt que la foire suscite chez la population de la région de Niamey.
En effet, les gros camions qui acheminent les produits d’Agadez sont encerclés dès leur arrivée par une foule très importante de potentiels acheteurs en gros. Les dockers, qui se comptent par plusieurs dizaines, sont aux aguets pour décrocher les contrats de déchargement, de transport par charrette ou de chargement sur d’autres petits véhicules affrétés par les commerçants locaux qui s’arrachent les cargaisons.
Dans ce cercle économique, plus la foire avance dans le temps, plus les prix de certains produits baissent. Par exemple, le kilo de la pomme de terre qui était à 500 francs au début de la foire est vendu à 400 ou 450 francs CFA selon la capacité et l’habilité du client à négocier. Autre exemple, le sac de cinquante (50) kilogrammes d’oignon qui coûtait dix mille (10 000) francs CFA il y a quelques semaines se négocie aujourd’hui entre sept mille (7 000) et sept mille cinq cents (7 500) francs CFA, et la tasse d’ail qui coûtait quatre mille (4 000) francs CFA s’arrache aujourd’hui à trois mille (3 000) francs CFA.

Selon un des exposants, les prix ont énormément chuté par rapport à l’édition précédente. C’est le cas, a-t-il précisé, du prix de la tasse d’ail qui se vendait à 8 000 francs en 2025. Un constat qui s’explique par une hausse de la production qui a fini par générer plus de concurrence.
Une visite présidentielle très appréciée des producteurs
La visite du Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, est restée gravée dans la mémoire des maraîchers de la région d’Agadez. Ces derniers qualifient cette édition 2026 de particulière. En effet, d’après eux, tant la production a été bonne, tant ils ont reçu un très bon emplacement situé en plein centre de Niamey, mais ce qui les a le plus marqués est l’intérêt qu’accorde le Chef de l’État à leur travail et à leurs contributions à l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.
Abdoulaye Tanko est un grand habitué de la foire. Ainsi, fort de ses neuf (9) années de participation, il a affirmé que cette édition est particulière à ses yeux. « Avant, nous avons eu beaucoup de problèmes avec la municipalité concernant nos emplacements, mais cette année, Dieu merci, nous avons été installés en plein cœur du centre-ville, un endroit favorable à la vente. Aussi, nous avons été honorés par la visite du Chef de l’État » s’est-il réjoui.

Parlant de l’accessibilité des produits qu’ils ont amenés, il a indiqué qu’ils sont très abordables, ce qui d’ailleurs, a-t-il dit, explique les allers et retours incessants des clients.
A ce niveau, il a affirmé sans ambages que tout producteur de la région d’Agadez qui a pu assister à la foire s’est fait un maximum de revenus. Aucun d’eux, a-t-il dit, ne va se plaindre ou dire que les affaires ont été mauvaises.
En outre, il a estimé que les agriculteurs de la région d’Agadez doivent être appuyés en matériel moderne, en engrais et en semences de très grande qualité afin d’améliorer les rendements et assurer ainsi l’autosuffisance alimentaire au Niger.
Agali, un autre exposant, a expliqué qu’il est à sa quinzième année d’exposition à la foire des maraîchers. Il amene avec lui plusieurs variétés de fruits et des légumes qu’il vend à des prix très abordables. D’après lui, si les prix ont connu une baisse significative cette année, c’est parce que les récoltes ont été bonnes et il est bien normal, a-t-il dit, d’en faire profiter les nigériens.
Elh Tafa Adam, producteur de fruits et d’agrumes, s’est aussi réjoui de la tournure de cette foire 2026. Sur un ton joyeux, il a affirmé que cette année, les recettes sont excellentes. Evitant de parler de son chiffre d’affaires, il a rassuré que c’est mieux que l’année précédente. « Chaque jour, il y a des acheteurs, les produits s’arrachent sans tiraillement sur les prix » a-t-il confié.
Evoquant la visite du Chef de l’Etat, il a expliqué que, depuis plus de dix ans qu’ils viennent à cette foire, ils n’ont jamais eu la visite d’un Président de la République si ce n’est cette fois-ci.
Le quinquagénaire a confié avoir saisi cette opportunité pour demander au Chef de l’État un appui en outils agricoles modernes pour accroître leur productivité et leur rendement afin de sortir le Niger de la dépendance des produits importés. Maintenant, ajoute-t-il, que nous avons un Président qui s’intéresse à la production locale, sa présence à nos côtés nous motive à faire plus pour notre pays.
Des femmes transformatrices dans l’ombre des maraîchers de l’Air
Chaque année, pendant le déroulement de cette foire, il est devenu monnaie courante d’apercevoir des stands et beaucoup d’autres produits comme le tamarin pour la préparation de jus naturel pendant la période de ramadan. Mme Aissa Hima est l’une des femmes battantes et promotrice de l’entreprise « Gomni Te » qui excelle depuis vingt ans dans l’agroalimentaire et qui expose sur invitation des maraîchers d’Agadez. Elle a expliqué qu’à chaque édition, les femmes battantes bénéficient de stands gratuits durant toute la durée de la foire. « S’agissant de la transformation agroalimentaire nous vendons tous les ingrédients nécessaires pour faire des galettes à base de doum « Massa biri, Kangaw Massa », a-t-elle souligné.
En effet, outre ces produits, Mme Aïssa propose également à sa clientèle une panoplie de produits comme l’ail pilé et assaisonné dont la boîte est vendue à 1500f CFA. Ce produit peut, selon elle, être conservé au moins une année sans besoin de le mettre au réfrigérateur et peut être aussi utilisé dans la préparation de différentes recettes », a-t-elle précisé.
L’entreprise Gomni Te propose aussi de la pâte d’arachide en bouteille, du piment, des mélanges d’épices, du couscous de riz, de la farine de mil et de maïs, du piment de table et de la farine pour beignets. « Cette farine est très pratique. Il suffit juste d’ajouter un peu d’eau et c’est très pratique pour préparer des petits déjeuners sains aux enfants », a-t-elle relevé.

Le bénéfice que tire Mme Aïssa de cette activité est non négligeable. Elle déclare que la transformation agroalimentaire lui a tout donné, car c’est dans cette même activité qu’elle a pu prendre en charge la totalité des frais d’études de ses enfants. « Nous remercions Dieu et nous remercions la Bagri qui nous a appuyées et accompagnées. Au moindre problème financier, c’est là-bas que nous allons prendre de l’argent pour renforcer nos capacités afin de mieux transformer nos produits et puis la rembourser. Aujourd’hui, nos enfants ont étudié et nous faisons ce travail parce que nous y sommes déjà habituées. Nous ne pouvons plus rester assises à ne rien faire », a-t-elle dit.
Elle a par ailleurs noté que la foire est un moyen de faire plus de bénéfice, car la qualité des produit des maraîchers attire beaucoup de personnes. Pour elle, la provenance des aliments connue de tous joue en faveur des maraîchers, ce qui explique un tel engouement pour encourager le consommons local. « Le Président est venu, il m’a même donné la main. Il a visité l’ensemble des stands pour nous encourager. Nous sommes très reconnaissants », s’est-elle réjouie.
« La foire marche comme pas possible », déclare Mme Ramma, une vendeuse d’épices, de tamarin, de clou de girofle et bien d’autres ingrédients d’assaisonnement de thé.
Elle considère qu’elle vend ses produits à des prix défiant toute concurrence, donc moins chers que ceux des autres exposants sur place. Ce qui lui permet, d’après elle, d’écouler très vite ses marchandises et je crois que c’est le but principal de cette foire.
« Ce mélange d’épices, je le vends à 500 francs CFA, alors que ceux-là qui le vendent au détail vendent de petites portions à cent (100) francs l’unité. Je vends la tasse de tamarin à mille (1 000) francs CFA alors qu’elle est vendue à mille sept cent cinquante (1 750) francs CFA, la tasse de piment à sept cent cinquante (750) francs et, dans le marché, elle est vendue à mille francs. Ce sont des prix «LabuSanni» que nous sommes en train de faire », dit-elle avec fierté.
Outre ces femmes, Mahamadou, est un exposant à la foire. Assis sous sa tente, le coude posé sur sa table, absorbé par ses pensées, il attend patiemment de potentiels clients. Contrairement aux maraichers d’Agadez, Mahamadou est vendeur de produits frais comme la laitue et la tomate. Il s’est établi à la foire afin de se faire plus de revenus et de faciliter la tâche aux acheteurs. « Les maraichers d’Agadez ont amené beaucoup de produits sauf de la tomate fraiche. Pour faciliter les choses aux acheteurs, je me suis installé ici » a-t-il dit.
Mahamadou vend la tasse de la tomate fraîche à 1 000F CFA. Quant à la laitue, elle vend à partir de 300f CFA. S’agissant du prix de la tomate, ce commerçant a expliqué que ce fruit est l’un de ceux dont les prix sont instables. Une particularité qui s’explique, dit-il, par la forte demande. « Lorsque les camions viennent, les grossistes se l’arrachent et pour avoir d’autres cargaisons, il faut attendre plusieurs jours à cause de l’état des routes. Cette lenteur dans le ravitaillement à un impact fort sur les prix », a-t-il précisé..
Toutefois, la tomate se classe parmi les légumes qui pourrissent rapidement et qui résistent mal aux longs trajets. Ce qui soulève la problématique de l’industrialisation au Niger, avec, pour l’instant, zéro unité de transformation et de valorisation de la tomate produite localement. Cet état de fait oblige ainsi les producteurs à se rabattre vers les veilles méthodes traditionnelles qui consistent à sécher l’excédant de la production. « Une fois séchée, elle devient un produit très recherché par certaines femmes, car la tomate fraiche comme séchée, chacune a son utilité », a-t-il ajouté.
Hamissou Yahaya et Rahila Tagou
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Le kilichi à l’oignon et à l’ail, l’autre spécialité de la foire des maraîchers
Dans cette exposition de transformation agroalimentaire, la viande séchée communément appelée « kilichi » a été remodelée avec l’apparition de nouvelles saveurs qui suscitent l’intérêt des amateurs. Ces deux nouveaux arômes sont le kilichi d’oignon et d’ail mélangé au gingembre développé par M. Souleymane Alhassane de Madaoua, fief de la viande séchée. « Nous avons innové pour développer une nouvelle saveur parce que la viande séchée au piment et sans piment est très répandue. La nouvelle saveur, c’est le kilichi à l’oignon, à l’ail et au gingembre. Celui à l’ail est une nouvelle variété méconnue des consommateurs », a-t-il indiqué.

Pour préparer cette variété, M. Souleymane Alhassane a expliqué qu’il achète beaucoup de gingembre et d’ail qu’il assaisonne avec des épices dont il a le secret et le tout pilé ou broyé au mixeur et le mélange est ensuite appliqué à la viande séchée afin qu’elle s’imprègne de l’arôme goût oignon. « Dan Satom », c’est le nom qu’il a donné à sa nouvelle création. Son histoire, raconte-t-il, remonte à plusieurs années, lors de la construction d’une route bitumée dans le département de Madaoua. Il y avait, poursuivit-il, un directeur de nationalité malienne qui s’appelait Boubacar Touré, le jour de son arrivée dans le cadre du chantier, il avait envoyé son chauffeur pour lui chercher du kilichi, mais il ne veut pas de ceux qui existent. « Je lui ai alors dit de revenir le lendemain à la même heure. Le matin, j’ai cherché de l’ail et du gingembre avec des assaisonnements pour préparer le kilichi et je lui ai donné pour qu’il l’amène et quelques minutes plus tard, il est revenu pour dire que son patron est très satisfait de l’échantillon et qu’il en veut plus. J’ai donc nommé cette création « Dan Satom » et c’est ce nom qui figure sur mon agrément », a-t-il ajouté.
Quant à la viande séchée à l’oignon, je l’ai développée, dit-il, lors de la foire Sahel et cela a été possible grâce à mes quarante (40) ans d’expérience dans ce commerce. Ici, à la foire des maraichers d’Agadez, la création de Souleymane est bien accueillie et appréciée des amateurs de la viande séchée. Pour preuve, indique-t-il, ces deux variétés sont en rupture de stock parce que les clients étaient venus en grand nombre rien que pour se les procurer. « Actuellement, il est beaucoup plus apprécié que l’ancienne saveur ». C’est une grande avancée pour notre commerce et ma clientèle habituelle le préfère, surtout ceux qui voyagent. Ce n’est pas très connu parce que les nouvelles créations prennent du temps avant de se vulgariser et même à Madaoua je suis l’unique personne qui fait le kilichi à l’oignon, au gingembre et à l’ail parce que je suis la référence et j’engage neuf personnes qui travaillent à la chaine pour produire en quantité et en qualité », se réjouit-il.
La foire des maraîchers d’Agadez joue un rôle crucial dans le développement économique du Niger. À travers cette grande initiative, producteurs tout comme acheteurs trouvent leurs comptes. Malgré, les conditions difficiles et les soucis économiques, les produits sont accessibles et disponibles en quantité et surtout en qualité.
Hamissou Yahaya et Rahila Tagou (ONEP)
