Le directeur du CEFP du Musée National, M. Assilila Illiassou, acteur de la formation professionnelle des jeunes
Au Niger, chaque année, des milliers de jeunes sortent diplômés des centres de formation technique et professionnelle, accompagnés d’un savoir-faire certifié en menuiserie, mécanique, couture, plomberie, l’électricité, entre autres. Cependant, beaucoup de ces jeunes sont confrontés à un manque d’emplois. Face à cette situation, après leur formation technique et professionnelle, certains se regroupent pour créer leur propre société. D’autres partent en individuel se faire engager dans les sociétés de la place tant publiques que privées. En dehors de ces deux options, la troisième, c’est de continuer, malgré eux, les études dans d’autres centres plus spécialisés.
Aujourd’hui, l’enjeu est de transformer cette qualification en une activité décente, en auto-emploi viable afin de contribuer au développement du pays.
Ainsi, l’insertion professionnelle des jeunes formés touche la capacité des politiques publiques, du secteur privé et des partenaires à créer des pistes efficaces entre l’offre des compétences et les besoins réels du marché du travail.

Le Centre Éducatif de Formation Professionnelle et Technique (CEFPT) du Musée National est un établissement public d’enseignement professionnel spécialisé, créé en 1970 avec pour mission principale de récupérer et d’insérer les jeunes nigériens exclus du système classique.
Ce centre compte sept (7) filières, à savoir: la construction métallique, communément appelée soudure, l’économie familiale et sociale, l’électricité et les bâtiments, la maintenance informatique, la mécanique, la menuiserie et la plomberie bâtiment. Afin de favoriser le talent des jeunes, toutes les filières possèdent un atelier bien équipé, permettant de dispenser une formation impeccable soutenue par un stage de 8 à 9 mois en deuxième année et au début de la troisième dans des services publics et privés.
D’après le directeur dudit centre, M. Assilila Illiassou, chaque année, 250 élèves formés sortent, prêts à aller sur le terrain. S’agissant de leur insertion professionnelle, a poursuivi le directeur, beaucoup de jeunes sont dans différents services, notamment les hôpitaux de la capitale et des camps militaires comme la Garde Nationale.
Il est important de noter que ces jeunes qui sont déjà sur le terrain se sont débrouillés eux-mêmes afin de se réaliser . « On manque de moyens nécessaires pour soutenir ces jeunes, notre seul soutien pour eux, c’est de leur trouver un stage afin de perfectionner leur niveau. A l’issue de l’examen de fin du cycle pour 2024-2025, il y a eu 282 qui sont sortis. On n’a pas les moyens de les accompagner », a souligné M. Assilila Illiassou.
Néanmoins, le Centre Éducatif de Formation professionnelle et technique (CEFPT) est entravé par des difficultés liées à la conduite des enfants. « Nous recevons des enfants de partout. Certains sont exclus par l’insuffisance de travail, d’autres par l’indiscipline », se plaint le directeur avant d’ajouter que certains des formateurs manquent de capacités à même de perfectionner les compétences des jeunes malgré les efforts de la direction générale du musée qui s’évertue à améliorer la situation.
Selon lui, le ministère de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels est en train de revisiter les programmes et, dans cette démarche, la question du renforcement des capacités est prise en compte. M. Assilila Illiassou conseille aux jeunes en formation d’être assidus sur la place de stage. Car cela va créer la confiance entre eux et les structures dans lesquelles ils sont placés. « Plus vous êtes sereins, mieux vous travaillez et mieux vous trouvez d’emploi », a dit le directeur du CFPT.
Le rôle du FAFPA-FE dans l’insertion professionnelle des jeunes formés
Le Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage, Fonds d’État (FAFPA-FE) est un établissement public de financement créé pour soutenir les actions de formation, d’insertion professionnelle et d’appui aux dispositifs de formation.
Sa mission, telle que définie par l’État du Niger, consiste à contribuer, à travers le financement, à la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en matière d’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels (EFTP). A ce titre, le FAFPA-FE intervient notamment dans les domaines de la formation professionnelle continue, diplômante, qualifiante, de l’apprentissage ainsi que dans l’orientation, l’accompagnement et l’insertion professionnelle.

D’après le directeur général du FAFPA-FE, M. Mounahi Abdoulphata, s’agissant des programmes mis en œuvre en faveur de l’employabilité des jeunes, le FAFPA-FE intervient, outre les actions de renforcement des capacités destinées aux agents des entreprises et la formation des formateurs du secteur formel, à travers plusieurs dispositifs dont la formation par apprentissage dual, la formation dans le cadre de projets collectifs, comprenant la formation initiale professionnalisante, la formation qualifiante, ainsi que les formations de perfectionnement et de spécialisation, la formation en reconversion des jeunes et la formation à la demande.
Ces différents dispositifs ciblent principalement les jeunes déscolarisés et non scolarisés âgés de 15 à 35 ans, ainsi que les groupements de femmes en milieu rural et périurbain.
M. Mounahi Abdoulphata souligne que l’ensemble de ces interventions vise à développer les compétences professionnelles des bénéficiaires, améliorer leur employabilité et favoriser leur insertion durable dans la vie socio-économique. « Le FAFPA-FE s’inscrit désormais dans une approche qui consiste à ne plus former pour former, mais à former dans une perspective clairement orientée vers l’insertion professionnelle et l’intégration durable des bénéficiaires dans la vie socio-économique », a-t-il fait savoir.
Dans cette perspective, le FAFPA-FE dispose désormais de deux documents majeurs qui encadrent son approche en matière d’insertion professionnelle des jeunes : le document de stratégie d’insertion, validé le 15 avril 2026, et un manuel de procédures d’insertion des jeunes formés par le FAFPA-FE.
Ces deux instruments, a indiqué le directeur général, constituent un cadre de référence permettant de mieux organiser, suivre et apprécier les résultats des actions d’insertion des jeunes bénéficiaires des formations financées par le FAFPA-FE.
Des mécanismes d’accompagnement pour soutenir les jeunes formés
Les mécanismes d’accompagnement et de suivi de l’insertion des jeunes sont encadrés par les documents stratégiques et les procédures internes du FAFPA-FE. Principalement, deux mécanismes d’insertion sont prévus : l’emploi salarié et l’auto-emploi et l’entrepreneuriat.
Selon le directeur général, M. Mounahi Abdoulphata , en matière d’emploi salarié les principaux mécanismes prévus sont, entre autres, l’inclusion grâce à des conventions signées avec les ateliers et les entreprises, l’appui aux entreprises partenaires en équipements, le suivi du respect des engagements pris en matière de recrutement, la formalisation des relations professionnelles à travers des contrats de travail entre les bénéficiaires et leurs tuteurs ou entreprises.

Pour ce qui est de l’auto-emploi et d’entrepreneuriat, l’accompagnement porte notamment sur la formation des bénéficiaires en GERME (Gérer Mieux Votre Entreprise) et en compétences de vie, l’appui à l’installation à travers la mise à disposition de kits de démarrage et de fonds de roulement, l’accompagnement technique et le suivi rapproché des jeunes pendant une période de six mois par des structures spécialisées, l’assistance dans la recherche de financements complémentaires, le développement des activités et l’accès à des sites d’implantation.
Ces mécanismes traduisent ainsi la volonté du FAFPA-FE de renforcer l’articulation entre formation, accompagnement et insertion afin de favoriser une meilleure valorisation des compétences acquises par les jeunes.
Stratégies d’adaptation des formations aux besoins réels du marché du travail et aux secteurs porteurs d’emploi
Le FAFPA-FE veille à adapter ses interventions aux réalités socio-économiques, aux évolutions du contexte et aux besoins réels du marché du travail. Cette adaptation repose sur une démarche structurée d’identification, de sélection et de validation des besoins en formation et des métiers porteurs, conformément aux procédures en vigueur au sein du Fonds.
En effet, l’identification des besoins en formation et des métiers porteurs obéit à une véritable démarche d’ingénierie de formation. « Au niveau communal, les besoins sont notamment identifiés à partir des demandes exprimées par les bénéficiaires indirects et font l’objet d’une première validation par les collectivités territoriales », a dit M. Mounahi Abdoulphata avant d’ajouter que cette étape permet de s’assurer de la pertinence des demandes au regard des réalités et des spécificités locales, mais également de prendre en compte le niveau de saturation éventuel de certains métiers ainsi que les opportunités offertes par les chaînes de valeur des métiers artisanaux.
Ainsi, les demandes identifiées sont soumises au Comité Régional de Sélection (CRS), présidé par le Gouvernorat, avant d’être examinées par le Comité de Sélection et d’Agrément (CSA) du FAFPA-FE.
Cette démarche permet au Fonds de rapprocher progressivement son offre de formation des besoins réels des territoires, des opportunités économiques et des secteurs porteurs d’emplois, tout en limitant le risque de financer des formations ne correspondant pas aux possibilités réelles d’insertion.
Cependant, le Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage, Fonds d’État (FAFPA-FE) est confronté à des obstacles dans sa démarche de faire accéder les jeunes formés à l’emploi ou leur capacité à créer et développer leurs propres activités. « Nous avons l’insuffisance des débouchés, aussi bien en matière d’emplois salariés que d’auto-emploi », se plaint le directeur qui évoque le poids des traditions sur le développement de certaines filières professionnelles considérées comme étant sensibles ou taboues. A cela s’ajoutent l’insuffisance du dispositif d’incubation et d’accompagnement entrepreneurial, les difficultés d’accès aux matières premières nécessaires à la production et à la transformation et l’insuffisance des ressources disponibles du FAFPA-FE pour assurer les fonds d’amorçage et les appuis sous forme de kits d’installation.

Ces contraintes constituent des facteurs importants qui peuvent limiter la transformation des compétences acquises en opportunités économiques durables, malgré les efforts consentis en matière de formation professionnelle.
Toutefois, M. Mounahi Abdoulphata reconnaît les efforts consentis par les autorités dans le secteur de l’EFTP, avant de plaider pour que le FAFPA-FE puisse disposer de ressources financières et logistiques suffisantes afin de renforcer ses interventions et d’atteindre pleinement son objectif, l’insertion professionnelle et socio-économique des jeunes nigériens, en particulier les jeunes déscolarisés.
En effet, cette catégorie de jeunes constitue une frange importante de la population et demeure particulièrement exposée aux différents phénomènes de vulnérabilité sociale, notamment au banditisme et aux phénomènes assimilés. Il est donc essentiel de renforcer les dispositifs permettant de leur offrir des compétences adaptées, mais surtout des perspectives réelles d’insertion et d’autonomisation économique.
Par ailleurs, il apparaît nécessaire d’accorder davantage d’attention à la cohérence et à la complémentarité des différentes interventions des projets et ONG qui œuvrent dans le domaine de la formation et de l’insertion professionnelle.
De même, le secteur de la formation-insertion est particulièrement sensible. Les interventions doivent être davantage coordonnées et orientées vers des résultats concrets en matière d’insertion. Il convient ainsi d’éviter que les jeunes ne deviennent simplement des bénéficiaires successifs de formations, davantage préoccupés par les avantages immédiats liés à ces formations que par leur insertion professionnelle et leur autonomisation à long terme.
L’enjeu est donc de passer progressivement d’une logique de formation pour la formation à une véritable logique de formation orientée vers l’emploi, l’entrepreneuriat, l’autonomisation et l’insertion durable des jeunes.
M. Abdoulaye Soumana Idé est un jeune mécanicien rencontré au quartier Bobiel. Dès son bas âge, il s’intéressait à la mécanique. Afin de perfectionner ses compétences, il est parti au Sénégal où il s’était fait former à la Sénégalaise de l’automobile. En 2022, il a fondé son propre atelier après avoir travaillé pendant seize (16) ans au sein de la Nigérienne de l’automobile. Son atelier intervient dans la réparation des véhicules. Il s’approvisionne en matériel au marché Katako, parfois il commande des machines depuis la Chine pour le diagnostic.
Au moyen de cet atelier, M. Abdoulaye Soumana Idé s’est créé une source d’autonomisation financière et une insertion durable. Aujourd’hui, grâce à cette activité, non seulement il gagne largement sa vie, mais il est aussi un employeur.
En effet, une vingtaine d’adolescents a qui M. Abdoulaye Soumana transmet ses connaissances travaillent à ces côtés afin de générer des revenus.
Dans ce contexte de refondation où la jeunesse se trouve au centre des priorités, réussir cette insertion constitue une étape importante dans la formation professionnelle et technique dans la mesure où elle ouvre la voie à une jeunesse active dans la construction du pays.
Zouladeini A. Razinatou (ONEP)
