Le Général Sadio Camara est décédé le 25 avril 2026. Cet hommage est rendu le troisième jour, conformément à la tradition islamique qui recommande de présenter les condoléances avant ce délai.
Par un citoyen de l’Alliance des États du Sahel
Il est des hommes que l’histoire semble susciter à l’heure où les peuples vacillent. Il est des militaires qui ne se contentent pas de défendre des frontières, mais qui régénèrent l’âme d’une nation. Le Général Sadio Camara est de ceux-là. Pour nous, citoyens du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunis au sein de l’AES, son nom n’est pas celui d’un simple ministre de la Défense. Il est celui d’un bâtisseur, d’un résistant, d’un visionnaire qui a su, en quelques années, renverser des décennies de fatalisme.
Aujourd’hui, je veux rendre hommage à cet homme d’État en uniforme, non pas par complaisance, mais par conviction profonde. Parce qu’à travers ses actes et ses paroles, il a redonné à des millions de Sahéliens ce qui nous avait été volé : la fierté.
I. L’architecte de la force neuve
« L’armée malienne de 2025 n’a rien à voir avec celle de 2020. Nous avons construit, en un temps record, une force solide, résiliente et digne de porter les aspirations du peuple malien à la sécurité et à la souveraineté.» Général Sadio Camara
Général, que ces mots résonnent comme un coup de tonnerre dans les chancelleries et les états-majors étrangers qui nous méprisaient ! En 2020, l’armée malienne était humiliée, mal équipée, infiltrée, parfois abandonnée face à des hordes terroristes venues de tous les horizons. Les soldats mouraient sans gloire, faute de moyens, faute de doctrine, faute de vision.
Mais vous avez fait le serment silencieux de tout changer. Vous n’avez pas promis des miracles, vous avez promis du travail. Et en à peine cinq ans, vous avez tenu tête à la fatalité. L’armée de 2025, c’est une armée qui a retrouvé le goût de la victoire. C’est une armée qui ne fuit plus, qui ne subit plus, mais qui impose le combat sur son propre terrain. Ce que vous avez accompli en un temps record, beaucoup disaient impossible. Mais la volonté, quand elle est servie par l’intégrité et la compétence, déplace des montagnes de sable.
Aujourd’hui, chaque enfant de l’AES sait que derrière lui se tient une force qui ne le trahira pas. Vous avez fabriqué cette confiance avec des nuits blanches, des réformes douloureuses, et une exigence absolue. Merci, Général, pour cette armée qui porte haut les aspirations de tout un peuple à ne plus jamais être une proie.
II. Le rempart contre le nouvel ordre de l’humiliation
« Les peuples dignes et jaloux de leur souveraineté sont confrontés aux défenseurs d’un ordre international déstabilisateur. Ceux qui pensent nous intimider ou nous déstabiliser se trompent lourdement. » Général Sadio Camara
Voilà la parole d’un homme libre. Combien de dirigeants africains, devant les mêmes pressions, plient l’échine, baissent les yeux et acceptent la tutelle déguisée ? Vous, Général, vous avez nommé les choses avec une clarté chirurgicale. « Défenseurs d’un ordre international déstabilisateur » : le mot est lâché, et il brûle les lèvres de l’hypocrisie.
Nous, citoyens de l’AES, savons de quoi vous parlez. Ces défenseurs d’un monde unipolaire nous imposent des sanctions quand nous voulons choisir nos partenaires. Ils ferment les robinets de la coopération militaire quand nous refusons de nous soumettre. Ils déguisent leurs ingérences en « conseils », et leurs sabotages en « diplomatie ».
Mais ils se sont heurtés à un mur : la dignité. Vous avez montré qu’un général africain peut tenir tête à ceux qui rêvent de nous garder à genoux. Vous avez fait comprendre que l’intimidation n’aura pas de prise sur des soldats qui ont retrouvé leur honneur. Chaque fois qu’une menace ou un ultimatum tombe de l’Occident, votre phrase résonne en nous : « Ils se trompent lourdement. »
Et parce que vous avez tenu bon, le Mali, puis le Burkina et le Niger, ont osé l’impossible : quitter des organisations régionales devenues des courroies de transmission des ingérences. L’AES est née de cette bravoure. Et vous en êtes, discrètement, l’un des piliers.
III. Le démasqueur du monstre à deux têtes
« Ne nous voilons pas la face. Il y a une coalition multiforme composée d’États et de sociétés privées qui utilisent ce même terrorisme comme arme géostratégique. C’est cette même Coalition qui met les États souverains sous embargo, pour les priver des moyens de se battre contre le terrorisme, pendant que les terroristes n’ont aucune difficulté à s’équiper des armes sophistiquées. » Général Sadio Camara
Voici le propos le plus grave, le plus vrai, le plus subversif pour l’ordre établi. Depuis des années, on nous rabâchait les oreilles avec la « guerre globale contre le terrorisme ». Mais qui finançait, armait, orientait ces hordes assassinant nos villageois, nos enseignants, nos élus locaux ? Le Général Sadio Camara a eu le courage de déchirer le voile.
Il a dit tout haut ce que nous soupçonnions tout bas : le terrorisme dans le Sahel n’est pas une fatalité naturelle. C’est une arme. Une arme géostratégique entre les mains d’une coalition hybride, mêlant États prédateurs et entreprises privées de la guerre. Et cette même coalition, par un cynisme absolu, nous interdit d’acheter des drones, des hélicoptères, des systèmes de détection, sous prétexte de « sanctions », alors que les mêmes terroristes circulent librement avec du matériel sophistiqué.
Comment ne pas voir la supercherie ? Comment ne pas saluer l’homme qui ose dénoncer cette mascarade ? Vous ne vous êtes pas voilé la face, Général. Vous avez ouvert les yeux de toute une génération. Grâce à vous, aujourd’hui, un citoyen de Bamako, de Niamey ou de Ouagadougou sait que la lutte contre le terrorisme est d’abord une lutte contre les soutiens extérieurs du terrorisme. Et vous avez eu le mérite d’aller chercher ailleurs, chez de nouveaux partenaires sincères, les moyens de briser l’embargo de la honte.
L’héritage vivant
Général Sadio Camara, vous n’êtes pas un homme de podiums ni de déclarations enflammées. Vous êtes un homme d’action, de silence, et de paroles pesées. Mais quand vous parlez, la terre tremble sous les pas des prédateurs.
Vous avez donné au Mali une armée neuve.
Vous avez donné à l’AES un modèle de résistance. Vous avez donné à l’Afrique une leçon de clarté.
Trois maximes du Général Camara, issues de sa pensée publique, nous les reprenons comme des credo de l’AES :
- « L’armée malienne de 2025 n’a rien à voir avec celle de 2020. »
- « Les peuples dignes et jaloux de leur souveraineté sont confrontés aux défenseurs d’un ordre international déstabilisateur. »
- « Ne nous voilons pas la face. Il y a une coalition multiforme… qui utilise ce même terrorisme comme arme géostratégique. »
En ce troisième jour, la tradition musulmane nous enseigne que la prière des vivants est le plus beau cadeau laissé à ceux qui nous quittent. Le Général n’est plus parmi nous en chair, mais son âme demeure. Avant de sceller cet hommage, j’élève les mains vers le Très-Haut : Ô Allah, pardonne-lui, fais-lui miséricorde, accorde lui Ta paix et Ton pardon. Honore sa demeure, élargis son entrée, purifie-le par l’eau, la neige et la grêle. Lave-le de ses péchés et de ses fautes comme on purifie un vêtement blanc de toute souillure.
Seigneur, élève son rang parmi les bien-guidés. Permets que son œuvre pour l’AES et pour le Mali pèse lourd dans la balance de ses bonnes actions. Fais que son héritage vivant soit une lumière qui guide encore les soldats et les citoyens.
Et accorde, par Ta Grâce, la patience et la foi à sa famille, à ses frères d’armes et à tous les peuples de l’AES — Amine.
Ne nous laissons pas aveugler par les bruits qui courent, les soupçons ou les fautes supposées de tel service ou de telle complicité. La mort est un destin auquel nul ne peut échapper, pas plus le simple citoyen que le grand général. Elle ne surprend pas Allah ; elle arrive à son heure fixée.
Alors, plutôt que de nous attarder sur ce que nous ne savons pas, réjouissons-nous de ce que nous savons. Le Général de corps d’armée Sadio Camara est désormais inscrit dans la liste des martyrs, des héros et des dignes fils de l’Afrique. Non pas parce qu’il est mort, mais parce qu’il a vécu debout. Il était un homme d’une intelligence rare, d’une rigueur exemplaire et d’une intégrité sans faille. En voici une preuve irréfutable, comme le rapporte sa biographie officielle (Wikipédia) : alors qu’il commandait le Prytanée militaire de Kati, sa fille a tenté le concours d’entrée. Elle n’a pas été admise. Il n’a rien forcé, rien influencé. Il a accepté la décision du jury, comme n’importe quel père citoyen. Voilà l’homme que nous pleurons : un père qui ne s’est pas servi de son grade, un homme qui n’a pas confondu l’amour paternel avec l’injustice. Par Sa volonté, Allah fait de cette mort une preuve silencieuse mais éclatante : l’armée malienne est aujourd’hui une force debout, puissante, souveraine. C’est cette armée que le Général Sadio Camara a bâtie. C’est elle qui, grâce à lui, a reconquis le territoire morcelé.
Le Mali est uni. Non pas le Mali des divisions artificielles ou des assignations communautaires, mais le Mali réel, celui de sa diversité fière et rassemblée. Cette mort, douloureuse pour nous, devient ainsi, par la grâce d’Allah, une confirmation : la patrie ne sera plus jamais livrée aux prédateurs. Ce que le Général a semé, d’autres le récolteront. Et sa mort, comme sa vie, sert notre souveraineté.
Et parlons vrai, en citoyen de l’AES. L’unité que nous voulons n’est pas un slogan vide. Elle inclut nos frères Touaregs de l’Azawad, comme elle inclut toutes les communautés de cet espace sahélo-saharien. Partout dans le monde, les peuples se regroupent, parce que l’union fait la force. L’AES est une occasion historique pour que chaque communauté, loin des haines instrumentalisées, occupe la place qui lui revient — dans la dignité, dans la reconnaissance mutuelle, dans le destin commun.
En avant pour des négociations sincères en faveur de l’unité, et non pour la division. La division, nous la connaissons : elle est soutenue, motivée, financée par des relents racistes, au service de seuls intérêts impérialistes occidentaux. Ces forces veulent un Sahel éclaté, faible, en guerre permanente contre lui-même. L’Algérie et la Mauritanie doivent le comprendre : l’AES n’est pas une menace contre elles, mais un fait souverain. Nous ne demandons pas la permission de nous unir. Nous nous unissons, parce que notre survie et notre honneur le commandent.
Pour l’AES, pour le Mali, pour l’Afrique debout. Honneur et respect éternel au Général Sadio Camara.
Issoufou Nouri Dini
Niamey, le 28 avril 2026
