L'artiste plasticienne Fati Seyni devant ses tableaux lors du vernissage de l'exposition
Parmi les participants à la Résidence de création du projet artistique « Traces Vives » organisée à Bobo Dioulasso par la Galerie Kanudya de l’artiste burkinabè Mariam Sougué, en marge de la SNC 2026, le Niger était bien représenté avec Fati Seyni, artiste peintre, plasticienne qui manie le pinceau depuis une trentaine d’années. Elle est la seule femme parmi les 10 artistes sélectionnés pour cette Résidence suite à un appel à candidatures. Fruits d’une semaine de travail, les créations des artistes venus de plusieurs pays d’Afrique sont présentées lors de l’exposition internationale dont le vernissage a eu lieu le 28 avril à la Galerie Kanudya au secteur 25 de la Cité de Sya.
De par son titre déjà, le projet artistique « Traces Vives » est assez évocateur. A en juger par les œuvres issues de la Résidence de création et qui sont exposées à la Galerie Kanudya jusqu’au 4 mai 2026, on peut dire que l’inspiration était au rendez-vous et les talents se sont exprimés. Artistes peintres, plasticiens, performeurs, ont fait montre d’imagination, de créativité pour façonner des œuvres, créer et monter des performances artistiques inspirées de leurs ressentis, vécus, de l’actualité ou de l’histoire et qui questionnent, dénoncent, portent des messages de révolte, d’espoir, de paix…
Fati Seyni, démarche contemporaine, technique mixte, engagement…
Faisant partie de la deuxième génération d’artistes plasticiens nigériens, Fati Seyni est arrivée dans l’art par passion. S’exerçant déjà au dessin dès l’école primaire, en quittant le banc un peu tôt, elle a saisi la chance de la formation offerte au CCOG à partir de 1987 pour s’adonner à la peinture, l’art plastique.

La création de Fati Seyni lors de la Résidence du projet « Traces Vives » à Bobo Dioulasso s’inscrit bien dans la démarche contemporaine, avec une technique mixte, un style abstrait qui mêle formes et couleurs… L’œuvre consiste en deux tableaux de 80cm/60cm, faits à base de pigments naturels et d’acrylique. En fait, ces deux tableaux doivent se lire l’un après l’autre. Le premier est intitulé « Colombe », titre à travers lequel l’artiste fait allusion non pas à l’oiseau symbole de la paix, ce qui, on le comprendra est ardemment désiré dans le contexte en question, mais plutôt à Christophe Colomb, un des grands navigateurs des XVe et XVIe siècles qui ont été les artisans directs de l’expansion coloniale européenne, ayant relié l’Europe à l’Amérique, l’Afrique, l’Asie et qui ont ouvert la voie à l’exploitation de leurs ressources.
Ainsi en observant attentivement cette œuvre, on peut y reconnaître un navire accostant, et en face, sur terre, des africains qui regardent avec étonnement cette chose étrange qui s’approche. L’artiste évoque donc l’arrivée des colonisateurs sur les côtes africaines, ce qui pour les populations autochtones allait être le début ou la cause des problèmes qu’elles vont vivre : l’occupation, l’exploitation, les guerres. Toujours de manière abstraite, à travers les couleurs et formes des éléments du deuxième tableau, l’artiste amène à ressentir ou dénoncer les souffrances découlant de la situation évoquée dans le premier tableau : cases abandonnées, village déserté pas ses habitants et où se dressent des formes humaines avec des têtes d’animaux (bec, ou museau). Ce qui, on peut le comprendre est une allusion à l’insécurité, aux terroristes qui sèment la désolation dans certains pays africains, dont ceux de la région du Sahel d’où est originaire l’artiste.
« Nous sommes à la recherche de la paix »
Il faut relever que l’œuvre créée par Fati Seyni dans le cadre du projet artistique « Traces Vives » est ancrée dans l’histoire mais aussi l’actualité. Le passé est convoqué pour expliquer, voire dénoncer le présent. Ce qui revient à dire que certains événements contemporains sont les résultantes de trajectoires historiques. Une analyse que valide l’artiste plasticienne. « À mon avis, en tant qu’artiste, c’est depuis là-bas, le temps de la colonisation que le problème a commencé. Aujourd’hui, des populations sont obligées d’abandonner leurs terroirs, champs, car il n’y a pas de sécurité », déplore-elle. « Nous sommes là, à la recherche de la paix, donc c’est ça qui m’a inspirée pour ce tableau-là », résume l’artiste, laissant place à l’appréciation, aux questionnements que suscitent son œuvre.
Ayant eu la chance de suivre les formations qui lui ont permis d’exprimer sa passion et son talent lorsqu’elle a quitté les bancs de l’école un peu tôt, et devenir une artiste dont les travaux en peinture, art plastique, photographie, sont récompensés au-delà du Niger, Fati Seyni s’investit aussi dans la transmission du savoir. Elle anime des ateliers de vacances au bénéfice des enfants et enseigne l’art plastique, la peinture à l’Institut National des Arts et de la Culture(INAC) à Niamey, pour contribuer à la poursuite du travail de création.
Souley Moutari (ONEP)
Envoyé spécial à Bobo Dioulasso
