
Professeur Guéro Yadji, spécialiste en sciences du sol
Au Niger, les agriculteurs, cultivateurs et producteurs étaient autrefois confrontés principalement au manque de pluie. Mais aujourd’hui, même avec des précipitations abondantes dans plusieurs régions, un autre défi se présente, il s’agit de l’infertilité des sols. Ce phénomène, bien réel, touche de nombreuses localités et contribue progressivement à la baisse de la production alimentaire dans le pays.
Ces dernières années, pendant la saison des pluies, les rendements agricoles ont chuté. Par exemple, un champ qui produisait auparavant 100 à 110 sacs de maïs ou de blé n’en produit plus que 80 à 90. De même, un champ qui donnait 600 bottes de mil en produit désormais à peine 200. Cette baisse significative des récoltes affecte fortement les revenus et les moyens de subsistance des cultivateurs. Selon le Professeur Guéro Yadji, spécialiste en sciences du sol à la Faculté d’Agronomie de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, l’infertilité des sols est un problème qui persiste depuis plusieurs années. Bien que le Niger soit un pays riche en ressources naturelles, son économie repose principalement sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et le commerce. Cependant, beaucoup de sols au Niger sont sableux, très filtrants et donc peu fertiles. Le professeur explique que traditionnellement, les cultivateurs n’enrichissent pas les sols avec des engrais chimiques ou des amendements organiques. En l’absence d’un bon traitement, les terres s’appauvrissent. « Lorsqu’un champ est exploité pendant plusieurs années sans entretien, il perd sa fertilité naturelle et devient improductif », affirme-t-il. Pour faire face à ce défi, il est urgent d’adopter de meilleures pratiques agricoles, notamment l’utilisation raisonnée des engrais, le compostage, la rotation des cultures et la régénération des sols.
Selon le Professeur émérite Guéro Yadji, la matière organique joue un rôle essentiel dans la fertilité des sols. Le changement climatique, de manière générale, contribue également à leur appauvrissement. Il explique que les sols du Niger, majoritairement sableux, retiennent difficilement l’eau et les éléments nutritifs. « L’érosion, la déforestation et le changement climatique sont des facteurs très agressifs. Ils privent les sols de leur couverture végétale et détruisent la végétation naturelle. Ces causes menacent sérieusement la souveraineté alimentaire », a-t-il souligné.
Par ailleurs, l’une des erreurs fréquentes des cultivateurs réside dans la manière de récolter les semences. Beaucoup ignorent que couper les racines des plantes peut appauvrir durablement les sols. « Pour récolter les semences de manière durable, il faut éviter de couper les racines des plantes. Il est préférable de les conserver pour la prochaine saison. Sans racines dans le sol, il devient difficile pour les semences de repousser même en saison pluvieuse», a-t-il expliqué.
Pour le professeur, l’infertilité des sols a un impact direct sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, soulignant que la faim pousse souvent les familles à migrer. L’infertilité réduit les rendements car les plantes ne trouvent plus les nutriments nécessaires à leur développement. Un autre défi concerne la rétention d’eau. «Lorsque la pluie tombe, l’eau ne stagne pas dans les champs car les terrains sont souvent en pente », a-t-il ajouté. Il insiste sur l’importance du choix du terrain, que ce soit en agriculture, en pêche ou dans d’autres secteurs. Durant la saison des pluies, de nombreux producteurs sont contraints de quitter leurs champs et leurs villages, à cause des effets négatifs de l’infertilité des sols sur leur activité et leurs moyens de subsistance.
Les solutions face à l’infertilité des sols selon le Pr émérite Guéro Yadji
Pour atténuer le phénomène d’infertilité des sols, le Professeur Guéro Yadji, spécialiste en sciences du sol, propose des solutions durables pour restaurer les terres non productives. Il recommande un meilleur traitement des sols cultivables, notamment par l’utilisation d’engrais chimiques ou azotés, de fumier et d’autres substances fertilisantes. « Il est essentiel de renforcer l’usage de produits fertilisants. Pendant la saison sèche, les agriculteurs doivent préparer leurs champs en y appliquant du fumier et des engrais pour anticiper la saison pluvieuse », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, plusieurs agriculteurs confirment cette réalité sur le terrain. C’est le cas de M. Rabiou Seydou, enseignant et cultivateur dans le village de Komané, département de Koré Maïroua, qui affirme que son village est confronté à l’infertilité des champs depuis sept ans. Producteur de mil, maïs, arachide, blé, sorgho et haricots, il note que le problème se pose surtout avec le mil et le maïs. « Avant, un champ de trois hectares pouvait donner jusqu’à 100 bottes de mil. Aujourd’hui, on n’en tire parfois que 20 à 30. C’est une situation inquiétante pour notre alimentation », a-t-il déploré.

En revanche, pour les autres cultures comme l’arachide, le haricot ou le sorgho, les rendements restent acceptables. Il explique cela par la différence de nature des sols et des méthodes de culture. « Dans les champs d’arachide, l’eau stagne plus longtemps et le sol est moins sableux. Les engrais utilisés sont également différents. Cela montre que le choix des terres est essentiel selon le type de culture », a-t-il conclu. M. Rabiou Seydou a exprimé l’espoir que cette année soit meilleure que les précédentes sur le plan agricole, une activité qu’il pratique depuis longtemps.

Pour sa part, M. Halidou Maïfada Isshaka, cultivateur et commerçant résidant dans la région de Dosso, affirme que l’infertilité des sols n’est pas un phénomène nouveau. « Depuis trois ans, nos champs ne produisent plus comme avant. Nous cultivons principalement le mil, le maïs, le sorgho, l’arachide et le wondzou. Mais les plus grandes difficultés sont liées à la baisse de rendement dans les champs de mil et de sorgho », a-t-il déclaré. M. Halidou se souvient qu’autrefois, lorsque les pluies étaient abondantes, l’agriculture était une activité bien pratiquée au Niger, grâce à la fertilité des sols. « Avant, dès l’arrivée de la saison pluvieuse, tout le monde se lançait dans les champs, chacun planifiait les cultures à réaliser. Les terres étaient fertiles et productives. Mais aujourd’hui, que ce soit dans les villages ou en ville, l’agriculture est peu à peu abandonnée à cause de l’infertilité des sols. Cela a même poussé de nombreux cultivateurs à quitter leurs champs et leurs villages », a-t-il rappelé. Il souligne que ce problème touche particulièrement les champs de mil, d’arachide et de wondzou. « Autrefois, je récoltais plus de six sacs d’arachide, mais en 2024, je n’ai obtenu que deux sacs. Pour le mil, j’ai récolté à peine trois sacs sur un champ de trois hectares. Quant au wondzou, la récolte n’a même pas atteint un sac. Et cette situation ne concerne pas uniquement la région de Dosso, elle touche l’ensemble des huit régions du Niger », a-t-il témoigné.
Pour lutter contre l’infertilité des sols, l’État doit prendre des mesures concrètes, efficaces et durables afin de préserver la souveraineté alimentaire tant souhaitée depuis longtemps. Sans le renforcement des secteurs clés de l’économie, notamment l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et le commerce, le pays risque de rester confronté à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire. Il convient de souligner que de nombreux pays qui connaissent aujourd’hui un développement soutenu ont commencé par investir massivement dans le secteur agricole.
Mahamadou Maïfada (Stagiaire)