Intervention Président de la République à la Journée Nationale de la femme : «La croissance démographique pèse considérablement sur la prospérité, le bien-être, la production de la richesse et l’épanouissement social des citoyens», déclare SE. Mohamed Bazoum

Société

«Mon propos ne portera pas essentiellement sur le thème de votre journée, qui est un thème pertinent, nécessaire et incontournable même, pour la simple raison que le vendredi 25 novembre, dans cette même salle, j’ai eu à animer une conférence sur le thème de la sécurité et de la convivialité entre nos communautés, parce que j’avais eu le sentiment, incompressible à l’époque, qu’il fallait que j’intervienne sur ces thèmes en réunissant, tous les responsables, des régions de Dosso, de Tahoua et de Tillabéri. Mon propos avait été tellement relayé par les médias qu’il me semble que je peux aujourd’hui, ne pas devoir parler une fois encore sur ce même thème. Puisque j’ai cette rare occasion de m’adresser à ce parterre de femmes du Niger, représentées ici, je vais en profiter pour parler d’autres problèmes, tout aussi lancinants que ceux relatifs à la sécurité.

Mon propos va surtout consister à parler de la grave question de la démographie dans notre pays. Et c’est avec les femmes qu’il est plus pertinent que nous en parlions. D’emblée, je voudrais vous dire que mon propos ne sera pas un propos convenu, parce que si nous devions ressasser toujours les mêmes choses, nous ne nous en sortirons pas. Le Niger est confronté à un vrai problème démographique et la question sécuritaire est là pour le démontrer. Ce problème démographique est un grand handicap, pour notre développement. J’ai l’habitude de dire que la croissance démographique du Niger est très forte et n’est comparable, aujourd’hui, à celle d’aucun autre pays au monde, à par le nord du Nigeria, qui nous ressemble dans ses mœurs, ses us et ses pratiques sociales.

Cette question-là est à la base de la déficience de notre système éducatif et cela tout en étant une manifestation, d’un rapport de cause à effet, totalement imbriqué, entre forte croissance démographique et déficience du système éducatif. Qu’est qui est la cause de l’autre, qu’est-ce-qui est la conséquence de l’autre, c’est difficile à dire. Ces deux questions sont totalement confondues et inextricables. C’est exactement et véritablement la problématique de l’œuf et de la poule.

Je dis que nous devons mettre l’accent sur l’éducation, faire le pari, que nous développions notre système éducatif, pour que nous créons les conditions minimum de l’évolution de l’économie de notre pays et de notre société. Quand j’ai une occasion, comme celle d’aujourd’hui, je dois saisir cette chance, pour parler de cette question tout en considérant que quand j’en parle, j’évoque aussi ce que nous avons à faire, pour que nous puissions disposer d’un système éducatif efficient. J’ai l’habitude de dire à mes compatriotes que la compétition entre les nations se réduit à une compétition entre leurs systèmes éducatifs. La problématique de la démographie, de la population, est un paramètre important dans les conditions d’efficience du système éducatif.

Je m’en vais, à présent vous livrer quelques statistiques et cela pour que nous comprenions mieux ce à quoi nous sommes tenus et ce à quoi nous avons à faire. En 1960, les statistiques de l’époque, qui étaient valables pour tous les pays, indiquent que le Niger était peuplé de 3 millions 300 mille habitants, je vais faire des comparaisons avec des pays, qui nous sont très proches, qui ont les mêmes caractéristiques sociales, les mêmes conditions économiques, pour montrer l’évolution de chacun de nos pays et voir en quoi, aujourd’hui, nous nous avons plus de difficultés, comparativement à ces pays-là. Ainsi, en 1960, le Sénégal était aussi peuplé de 3 millions 200 habitants, une population égale à celle du Niger mais inférieure à celle du Mali, qui était de 5 millions 264 mille habitants, inférieure à celle du Burkina, qui comptait 4 millions 850 mille habitants. Le Bénin avait une population estimée à 2 millions 432 mille habitants.

En 1970, nous sommes passés à 4 millions 511 mille habitants, le Sénégal 4 millions 200 mille, le Mali cinq millions 900, le Burkina Faso cinq millions 600 et le Benin comptait 2 millions 900 mille. En 1980, le Niger enregistrait 5 millions 900, le Sénégal 5 millions 500, le Mali 7 millions, le Burkina 6 millions 800 mille et le Bénin 3 millions 717 mille habitants. En 1990, Nous étions à 8 millions de Nigériens, le Sénégal 7 millions 500 mille habitants, le Mali 8 millions 450 mille, donc nous avons atteint le Mali, mais aussi le Burkina, qui comptait 8 millions 811 mille, nous avons presque doublé le Bénin, qui a 4 millions 900 mille. En 2000, nous sommes 11 millions 300 mille habitants, le Benin 6 millions 800 mille, le Burkina 11 millions 600 mille, le Mali 10 millions 900 mille, qui se trouve être dépassé par le Niger, en terme d’habitants, le Sénégal 9 millions 700 mille, que le Niger a dépassé avec presque 2 millions d’habitants de différence.

En 2010, au Niger, nous sommes 16 millions 464 mille habitants, le Sénégal enregistre 12 millions 678 mille habitants, d’où une différence de 4 millions avec ce pays. Le Mali avait 15 millions, nous le dépassons et nous dépassons le Burkina aussi avec ses 15 millions 500 mille. Nous étions en passe de doubler le Bénin avec ses 9 millions 199 mille habitants. En 2020, au Niger nous sommes 24 millions 207 mille habitants, le Sénégal 16 millions, il y a donc un écart de 4 millions d’habitants entre nous. Nous avons doublé le Bénin qui compte 12 millions, alors qu’il y avait à peine 1 millions d’habitants de différence entre nos deux pays en 1960. Le Burkina a presque 21 millions et le Mali 20 millions 200 mille habitants.

Voyez-vous, ces chiffres indiquent que, même si nous disposions des mêmes capacités à produire des richesses, la part qui revient aux citoyens nigériens s’amenuise à mesure que nous avançons, comparés à ces pays. Par conséquent, les citoyens nigériens deviennent ainsi plus pauvres, que ceux de ces différents pays, du fait de leurs croissances échevelées, même si ils ont relativement des mœurs et structures économiques semblables. Si on prend l’exemple de la Mauritanie, qui est un pays musulman comme le Niger, en 1960, sa population était estimée à 850 mille, pour passer à 1 millions 147 mille dix ans plus tard, en 1980, ils ont passé à 1 millions 500 mille en 1990 et en 2020, les habitants mauritaniens sont estimés à 4 millions 600 mille. Si on se réfère au taux de croissance démographique, au Niger entre 1955-1960, il est estimé à 2,74%, à 2,84% dix ans plus tard, pour atteindre 3,82% en 2020 comme taux moyen de croissance démographique. Dans certaines régions, les chiffres sont encore plus élevés. Il y a donc beaucoup de disparités en fonction des régions. Si nous poursuivons la comparaison, pour être complet, le Bénin enregistre, en 2020, un taux de croissance démographique de 2,73 %, le Mali 2,99%, le Burkina 2,87%, la Mauritanie 2,78%, le Nigeria 2,59%, le Sénégal 2,77%, l’Algérie 1,98%, l’Egypte 2,03%, la Libye 1,36%, le Maroc 1,26%, le Soudan 2,39%, la Tunisie 1,1%.

Par rapport à l’indice synthétique de fécondité (ISF), ou nombre moyen d’enfants par femme, en 2012, le Niger avait 7,6 enfants par femme en âge de procréer, alors que cet indice était de 7,1 enfants en 2006. Personnellement, je me fie plus aux indices qui me semblent plus pertinents. L’analyse par région montre que dans des régions comme Maradi et Zinder, ces indices sont plus élevés et leurs évolutions sont beaucoup plus fortes. Ces indices sont passés, de 2006 à 2012, de 8 à 8,4 enfants par femme en âge de procréer à Maradi et de 7 à 8,5 pour Zinder. Selon ces données, toujours au niveau régional, 52% des adolescentes qui vivent dans la région de Zinder ont déjà eu, au moins un enfant (sans qu’elles ne soient forcement mariées), contre 15% dans la ville de Niamey. 77 % de filles nigériennes sont mariées avant l’âge de 18 ans et 28% sont mariée avant l’âge de 15 ans.

Ces chiffres illustrent la situation que nous vivons et qui doivent nous interpeller. Cela fait longtemps qu’on parle de planning familial au Niger. Le premier centre de ce planning a été créé en 1985. Le président Kountché disait d’ailleurs à cet effet: «Excusez-moi mes sœurs, vous pondez trop !». C’était une métaphore, de la poule qui pond tous les jours, qu’il a utilisé pour montrer l’excès de procréation. L’on se rappelle aussi qu’en 1984, le Président Kountché s’était adressé aux Nigériens à partir de Matamèye (région de Zinder). C’était la Déclaration de Matamèye et ce n’était pas un hasard. Ce n’est pas aussi un hasard que tous les mendiants qui créent le désordre aussi bien dans les rues et les villes d’Algérie, de Dakar, d’Accra, d’Abidjan, relèvent du département de Kantché, (ancien département de Matamèye), d’où le Président Kountché avait lancé son appel. En effet, il savait qu’il a y un problème réel qui se pose et des difficultés à disposer des moyens de subsistance dans un système de production basé fondamentalement sur l’agriculture qui ne s’est pas modernisée et où la génération des enfants se fait et se perpétue à un rythme aussi élevé.

Alors, vous qui êtes mobilisés pour la cause de la femme, je voudrais que nous interprétions et analysions convenablement ces statistiques alarmantes. Cela, pour que nous comprenions que nous avons à faire à une situation difficile, et dont nous ne devions pas nous accommoder parce qu’il n’y a pas de fatalité à ce que ça soit ainsi. En 1960, le PIB du Sénégal était estimé à 1 milliard de dollars, le nombre d’habitants lui était de 3 millions 207 mille, si on divise le PIB par le nombre d’habitants, on a 313 dollars par habitant. Aujourd’hui, le PIB du Sénégal est de 24 milliards 910 millions de dollars, alors qu’en 2020, le nombre d’habitants est de 16 millions 744 mille, après division on constate que le PIB par habitant s’élève à 1.487 dollars. Au Niger, par contre (au moment où le Sénégal a un PIB de 313 dollars par habitant), en 1960, avait 133 dollars par habitant. Aujourd’hui, nous enregistrons un PIB de 13 milliards 680 millions de dollars, pour une population de 24 millions d’habitants, toute division faite, nous avons 565 dollars par tête d’habitants. Il y a donc une différence, entre un citoyen nigérien et un sénégalais de presque 1.000 dollars. La différence de cent et quelques dollars est montée jusqu’à 1.000 dollars. Si avec nos 13 milliards 680 millions de dollars, de 2020, nous comptons le même nombre d’habitants que le Sénégal, c’est-à-dire 16 millions de personnes, au lieu des 24 millions que nous avons, nous aurions, alors, eu un PIB, par tête d’habitants de près de 1.000 dollars.

C’est pour expliquer que, le phénomène de la croissance démographique pèse considérablement sur la prospérité, sur le bien-être, sur la vie au quotidien et aussi sur la production de la richesse, ainsi que sur l’épanouissement social de citoyens. Les Nigériens sont meurtris à chaque fois que les statistiques de l’IDH sur le Niger sont publiées. Ces chiffres sont exploités contre le gouvernement, comme si l’IDH est la traduction de la politique gouvernementale, alors que l’IDH ne fait que donner qu’une photocopie de la réalité sur quelque chose de bien fondamentale que la politique, qu’elle soit bonne ou mauvaise, qui pourrait être entreprise par le gouvernement actuellement en place. Le calcul de cet IDH se fait, actuellement, sur la base de trois paramètres qui comportent des critères et portant une certaine forme d’arbitraire. Le premier, c’est le Revenu National Brut par tête d’habitant, qui est au Niger de 565 dollars, le 2ème c’est l’espérance de vie, qui est de 61 ans et le 3ème c’est le taux de croissance. Si nous sommes meurtris quand on donne ces chiffres et si nous en souffrons, nous ne devons pas rester les bras croisés à ruminer notre amertume. Nous devons plutôt agir. C’est justement pour pousser les gens à réfléchir et à agir que nous disions et répétions tous ces propos et ces statistiques. Car, il n y a pas de fatalité !

La problématique démographique est un paramètre important dans les conditions d’efficience du système éducatif

Et le calcul de l’IDH, s’est plus en plus affiné. Aujourd’hui, il repose sur trois (3) paramètres, demain il peut changer. C’est après tout une convention qui, malheureusement porte une certaine part d’arbitraire dans les critères et paramètres qui sont retenus mais aussi dans les coefficients qui peuvent être affectés de façon plus au moins égale à tel ou tel paramètre. Ainsi, le 1er paramètre, c’est le Revenu National Brut par tête d’habitant. A ces 565 dollars de RNB par habitant, le Niger n’est pas le dernier, ni l’avant dernier. Il est au dessus d’un certain nombre de pays malheureusement tous africains. Le 2ème paramètre c’est l’espérance de vie. Les Nigériens ont en moyenne une espérance de vie de 61 ans. Nous sommes le 2ème pays de l’UEMOA et peut-être de la CEDEAO après le Sénégal. Nous avons une espérance de vie de loin supérieure à celle de bien de pays africains. Donc la question n’est pas à ce niveau. Elle est ailleurs, elle est dans le système éducatif. Et c’est là où le coefficient est plus élevé parce qu’on considère que le développement humain, c’est le développement du capital humain c’est à dire la somme d’intelligence qu’on met dans la tête des citoyens, la somme de connaissances qu’on leur met dans la tête. Et ces connaissances sont acquises à l’école et elles consistent en quoi? Au nombre moyen d’année moyen de scolarisation pour tous les citoyens âgés de plus de 25 ans. On calcule pour chaque pays, le nombre d’année passée à l’école pour les plus de 25 ans. Au Niger, les chiffres de ces dernières années indiquent que les Nigériens qui ont plus de 25 ans sont restés en moyenne 2 années à l’école. Il y en a qui ne sont pas du tout allés et ils sont très nombreux. C’est presque entre 30 et 40% de la population. D’autres sont comme nous, ils sont allés à l’école jusqu’à l’université, d’autres encore ont passé 10, 15 ans à l’école. Mais qu’on fait la moyenne, le nombre d’années passées à l’école pour les plus de 25 ans au Niger est de 2 ans. En Afrique au sud du Sahara, la moyenne est de 10 ans.

C’est dire que le Niger a eu un système éducatif où le taux de scolarisation est très faible. Ce qui fait que nous avons beaucoup de personnes de plus de 25 ans qui n’ont jamais été à l’école et nombreux sont ceux qui ont décroché très tôt. C’est dire qu’à chaque fois qu’on fait le calcul de l’IDH, tant que ces gens sont vivants, ils vont tirer les statistiques du Niger vers le bas. Ça ne changera pas quelles que soient les performances de notre économie et tant que le calcul de l’IDH accordera de l’importance à la scolarisation de ceux qui ont plus de 25.

Le deuxième critère c’est le nombre d’années moyen de scolarisation attendu pour ceuxqui entrent à l’école aujourd’hui. Ce qui est grave, c’est que quand un enfant va à l’école aujourd’hui, la moyenne des années qu’il passera à l’école, c’est 5 ans alors qu’en Afrique au sud du Sahara, la moyenne est de 10 ans. Au bout de 5 ans les enfants nigériens qui vont à l’école décrochent généralement.

La scolarisation des filles et leur maintien à l’école comme début de solution au problème

Dans la région de Zinder, il y a quelques années, en classe de 6ème on renvoie 45% des enfants de l’école publique. Et dans les autres régions, c’est un peu en dessous de cela Maradi 40%. Comme vous le voyez, nous n’offrons pas de chance à beaucoup d’enfants d’aller à l’école et quand ils sont allés, nous avons un système tel qu’il ne les maintient pas. C’est ce qui donne cette situation lorsqu’elle est traduite dans les chiffres de l’IDH. Nous ne devons pas accepter cette situation pour notre pays.

C’est nous devons mettre l’accent sur l’amélioration de notre système éducatif. Dans ce sens, un certain nombre de réformes sont en train d’être faites pour que la qualité du système s’améliore en produisant des enseignants de bonne qualité. L’un des problèmes que nous avons identifiés et qui est à la base des déperditions scolaires et du décrochage massif des enfants c’est que même si ils sont à l’école, ils n’apprennent pas beaucoup, sinon ils n’apprennent rien. Avec le système de passage automatique au primaire on les garde. Mais on les garde en vérité davantage pour la forme et pour les statistiques.

Et donc lorsqu’ils viennent au collège où le système change parce qu’on est plus dans un régime de passage automatique, les enfants sont renvoyés en masse à partir de la classe de 6ème. C’est une boucherie. Et plus ils avancent, plus on de déchet et ça fait que pour qu’un enfant qui est entré à l’école, il y a 10 ans parviennent en classe de 3ème, il y a un tamis qui n’aura permis le passage de quelques rares enfants qui admettent pour certains d’entre eux au BEPC. Ceux qui n’admettent pas sont aussi exclus du système éducatif et de toute possibilité de formation qui peut destiner à un emploi quelconque.Ce qui fait qu’une bonne partie de notre jeunesse n’est pas préparée à des activités productrices de richesses. Et c’est pourquoi, mesdames, femmes du Niger, il nous faut nous mobiliser, et je compte sur vous, pour que nous ayons un autre système éducatif.

Il y a donc quelque chose qui mérite d’être souligné. En 1960, le taux de croissance démographique était de 2,74%, dix ans après, il était de 2,80%, dix après, il était de 2,88%, et à partir de 2000, il a basculé pour passer à 3,55%. En 2000, nous étions 11 millions, en 2020 nous étions 24 millions. Mais entre 1960 et 1970, 1980, nous étions 3.300.000. Sur les deux décennies on n’a pas doublé puisque nous étions 5.900.000. Nous n’avons pas doublé sur les décennies ainsi citées parce qu’à l’époque, il y avait une forte prévalence de maladies des enfants qui tuaient beaucoup d’enfants. Nous étions dans une situation de croissance quasi naturelle.

Mais, avec la découverte des antibiotiques des vaccins et de tous les médicaments dont nous avons profité à cause de la promotion de notre politique sanitaire, la population a doublé en 18 ans. Nous sommes sur cette tendance. De 2000 à 2020, notre population a plus que doubler. Si on analyse les statistiques, on voit que nous doublons notre population tous les 18 ans. Il n’y a aucun autre pays qui est dans cette tendance. Quand vous prenez le Burkina Faso était à 11 millions, il a aujourd’hui 20 millions d’habitants ; le Mali est passé de 10 millions à 20 millions sur la même période. Le Mali nous ressemble mais le Niger a plus que doublé en 20 ans. Le Sénégal qui est un pays qui s’est modernisé entre temps avait 9,7 millions, il en compte aujourd’hui 16 millions. Comme on le constate, le Sénégal a amorcé la transition démographique, il est sur une autre tendance, celle de la maîtrise de la natalité. Il est dans une situation où il peut assurer une bonne éducation à ses enfants et où il peut produire plus de richesses. Et c’est quand on est allé à l’école qu’on peut créer des richesses. C’est pourquoi, il faut préparer les élèves à être des ingénieurs qui vont produire des richesses. Mais comment vous le pouvez si chaque année, vous avez des cohortes d’enfants que vous ne pouvez pas scolariser.

Une des solutions que j’envisage et sur laquelle j’insiste auprès de nos partenaires pour que nous soyons soutenus, c’est d’assurer une bonne éducation aux femmes en créant  des internats pour les jeunes filles dans les collèges ruraux. Parce que sur les 45% des enfants renvoyés du collège, 70% sont des filles, cela parce que pour les filles il se pose, plus que pour les garçons, les problèmes de tuteurs. Les parents ont des difficultés à concevoir que leurs filles adolescentes de 12 à 14 ans soient loin de chez eux quel que soit le confort du cadre de son accueil dans le village d’à côté. Et, il y a une tendance chez les parents d’enlever les enfants filles de l’école et de les donner en mariage. C’est ça qui explique les chiffres de Zinder dont j’avais parlé précédemment. Et donc, l’une des actions sur laquelle nous devons mettre l’accent c’est d’assurer au maximum de nos enfants de rester à l’école longtemps. Pourquoi, je commence par les filles? J’aurais bien voulu commencer par tout le monde, mais je commence par les filles en me disant que c’est pour équilibrer. En effet, quand on regarde les statistiques on se rend compte que ce sont les filles qui sont le plus victimes des renvois et des décrochages. Il faut donc être juste vis-à-vis des femmes. Et il faut créer des internats pour elles. Le jour où nous aurons assez de ressources, nous créerons partout les internats au regard  de la configuration de notre pays où il faut des regroupements pour plusieurs villages un seul collège. Pour l’instant, n’ayant les capacités pour ouvrir des internats pour les enfants du Niger, nous faisons l’option d’assurer cette scolarité pour le maximum de filles que nous le pourrons. J’ai créé des internats, je me bats pour que nous ayons davantage de ressources. Je le ferai sur le budget national. Cette année, nous avons prévu plusieurs milliards de FCFA pour construire des internats sur nos fonds propres. Nous le ferons davantage dans les années suivantes; nous emprunterons de l’argent auprès de nos partenaires pour construire des internats pour les filles. Cette année, j’ai créé un internat à Kellé qui abrite déjà 250 jeunes filles, mais l’année prochaine plusieurs centaines vont encore venir et l’internat de Kellé ne sera pas suffisant, il nous faut en construire un autre. Vous voyez le cauchemar de cette croissance échevelée. Chaque année, on a des contingents très nombreux. Il n’y a aucun pays qui est dans cette situation aujourd’hui. En général, les pays qui se sont stabilisés sont ceux qui ont des écoles qui accueillent chaque année le même nombre d’enfants. Mais au Niger, compte de tenu du nombre important d’enfants qui vient chaque année, quels que soient nos efforts, nous n’atteindrons pas cet équilibre. C’est pourquoi, je me propose de remplacer les 36.000 classes en paillotes par des classes en matériaux définitifs. Je suis en discussion avec des partenaires pour ça.

Peut-être que j’aurais les ressources pour le faire. Mais une fois que je l’aurai fait, ces écoles seront insuffisantes très vite. Il n’y a pas de pays comme ça au monde, qui sont confrontés à cette situation. Dans tous les pays dont la démographie a été stabilisée, le nombre de classes suffisent pour le nombre des élèves chaque année. Un jour, je discutais avec celui qui était notre consul honoraire au Danemark, c’est une anecdote que j’aime raconter. Il me disait quand il était venu la première fois ici en 1973, le Niger avait la même population que le Damenark, soit 5 millions d’habitants. Le Danemark a toujours 5 millions d’habitants, tandis que le Niger compte 24 millions d’habitants. Vous voyez la différence. Cela veut dire que les efforts que nous avons à faire chaque année pour faire face aux impératifs de notre école, ont été multipliés par cinq (5) par rapport au Danemark. Ces efforts sont aussi valables pour les domaines de l’eau, de la santé etc.

‘’Le phénomène de la polygamie irresponsable est notre fléau et notre société doit générer des capacités en plus des solutions à travers l’éducation’’

Et pourquoi, nous avons une situation si singulière ? C’est parce que nous avons des mœurs auxquelles nous n’avons pas voulu toucher même si elles nous conduisent vers des situations impossibles. Pourquoi vous avez tant des jeunes qui sont dans le terrorisme et dans le banditisme ? C’est parce qu’ils ne sont pas à l’école ; c’est parce qu’ils n’ont pas de quoi vivre. Moi, qui plus que quiconque revois les rapports faisant état du nombre de terroristes qui circulent à Alambare ; Ouro Djéladjo ;  Boni ; Mamassé, je se pose la question de savoir d’où ils sortent comme ça ? C’est parce que nous les avons générés très nombreux et en même temps, l’économie n’a pas suivi. Vous n’avez pas autant des jeunes béninois ; togolais ou ivoiriens que vous avez des Nigériens dans ces pays, à plus forte raison au Nigéria. C’est-à-dire que notre trop plein de jeunes, nous avons tendance à les exporter chez les autres. Vous pensez que cela va être acceptable aussi longtemps?

Non, il aura un jour, tout comme ils se plaignent des mendiants nigériens, ils vont se plaindre des travailleurs nigériens. Nous devons voir loin parce que c’est cela aussi gouverner. Mais non de rester à l’instant actuel. Gouverner, ce n’est pas une affaire seulement des gouvernants; c’est une affaire de toute la société. Parce que je connais plusieurs personnes qui n’ont pas un revenu; qui vivent au jour le jour, mais qui ont plusieurs femmes et des enfants. Et vous voyez là où cette aberration nous a conduits. C’est qu’à un moment donné, un homme épouse une femme et lui dit d’aller mendier en Algérie; au Sénégal. Est-ce que c’est une bonne façon de traiter une femme ? Et faire des enfants que vous n’avez pas de possibilité d’éduquer ? Est-ce que nous devons observer cela et laisser la situation comme telle ?

Moi, je dis que la solution à long terme, c’est l’éducation. Il faut améliorer notre système éducatif pour que nos enfants y acquièrent des connaissances et des aptitudes à des formations qui vont leur donner des emplois parce qu’ils vont créer eux-mêmes les emplois. Nous allons mettre l’accent sur l’enseignement technique et la formation professionnelle. Nous sommes en train de chercher notre voie pour l’amélioration de ce système là. Nous allons améliorer la qualité de notre système d’éducation générale. Nous allons améliorer les capacités de notre système universitaire en mettant beaucoup de ressources et travailler avec toute l’intelligence qu’il faut et avec toute la rigueur et la conscience qu’il faut parce que nous pensons que nous ne sommes pas les derniers. Mais quand est-ce que les écoles vont donner des résultats avec ces réformes que nous allons faire, même quand elles sont bien inspirées, intelligentes et pertinentes? Quand est-ce que nous disposerons de 40.000 Ingénieurs ; 50.000. 100.000 Ingénieurs par ce que d’ici 2050, nous serons le deuxième pays le plus peuple de l’Afrique de l’ouest après le Nigéria que nous n’allons pas atteindre parce nos frères du nord Nigeria ont les mêmes comportements que nous. Sinon, on aurait pu atteindre le Nigéria. La population des Etats du Sud du Nigeria ne s’est pas accrue. Mais le Nord du Nigéria est surpeuplé et pauvre comme le Niger tandis que le Sud est instruit, éduqué et riche.

Et nous, notre trop plein déjà non éduqué dont nous ne savons quoi fait, ils ont tendance à aller dans les autres pays. Mais pour combien de temps. Il faut que nous ayons conscience de cela. Et c’est maintenant que nous devons envisager les remèdes. Par conséquent, la société doit avoir des mécanismes pour empêcher les comportements nuisibles. Quand quelqu’un qui n’a rien vient vous dire je vais me marier donnez-moi de l’argent et neuf mois plus tard, il revient pour annoncer qu’il a eu un enfant et qu’il veut de l’aide pour organiser le baptême. Est-ce que cela est sérieux ? Comment lutter contre cela ? Je ne dis pas que la polygamie est quelque chose à interdire, mais une certaine polygamie est une mauvaise chose. Et vous pensez qu’on ne doit pas en parler. Moi, ma responsabilité, c’est d’en parler. Je prends le risque de le dire et je l’assume parce que ceux qui nous combattent, disent que c’est notre religion qui nous l’a dit, c’est faux.

Si on le réfère au Coran, il est très clair dans la sourate ‘’Alnissaye’’ dit «épousez ce qui vous plaira entre les femmes par deux; trois ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas juste, alors seulement une». C’est plus le sur moyens d’échapper à la partialité. Est-ce que cette sourate du Coran prescrit comme la polygamie une obligation ? Non, elle ne la prescrit pas. Et si on a peur de Dieu comme moi, elle l’a proscrit. Quel est le sens de mon propos ? Mon propos consiste à dire que quand un homme pauvre marie plusieurs femmes et fait plusieurs enfants qu’il n’a pas les capacités d’instruire, de bien nourrir, si vous lui dites que son comportement n’est pas bien. Il vous dit que c’est Dieu qui a dit de faire ça. Est-ce que la sourate que je viens de lire l’autorise ? Non parce que le Coran exige des parents qu’ils éduquent leurs enfants ; qu’ils s’occupent de leurs femmes d’abord. Je connais beaucoup des gens qui ne s’occupent pas de leurs femmes et leurs enfants (le manger et le vêtir). Ils les marient et ils les laissent. Cela nous crée le désordre que nous vivons aujourd’hui.

C’est pourquoi, madame la ministre et vous les femmes, il faut que nous ayons un comportement responsable. Il n’est pas interdit de faire plusieurs femmes, mais seulement les hommes qui sont capables d’entretenir plusieurs femmes et enfants sont autorisés à faire plusieurs femmes. Mais ceux qui n’ont pas les possibilités de le faire, on doit les sensibiliser pour leur dire que notre comportement a fait de notre pays le dernier. Et si nous continuons la même chose, nous serons toujours derniers et nous aurons des difficultés à vivre parce que le Niger est certes vaste. Mais en vérité, les ¾ du pays ne sont pas habitables parce que c’est une zone désertique. Quel est l’aménagement du territoire que nous pouvons faire qui pourra nous contenir ? Il n’y a pas. Gouverner, c’est prévoir. Nous devons faire ce qu’on appelle la prospective pour voir comment nous serons dans 100 ans et avoir les comportements qui conviennent avec les défis qui se posent devant nous. La démographie est un vrai problème. Si la Mauritanie ; le Maroc ; l’Algérie ; l’Arabie Saoudite ; le Mali ; le Burkina ; le Sénégal ont un comportement qui les met à l’abri des risques auxquels nous, nous sommes exposés demain, en quoi, nous serions plus musulmans qu’eux pour considérer que nous sommes des musulmans. Nous ne sommes pas plus musulmans que les Mauritaniens. Je puis vous le dire parce que ce sont les Mauritaniens qui ont diffusé l’Islam dans toute l’Afrique. Les premiers marabouts que j’ai vu chez moi à Tesker et à N’gourti étaient des mauritaniens. Si eux, ils ont un taux de croissance de 2%. Comment est-ce qu’on peut dire que nous, nous sommes plus savants qu’eux et que nous devons faire des taux de croissance de 4%.

Je pense que le phénomène de la polygamie irresponsable est notre fléau et notre société doit générer des capacités en plus des solutions à travers l’éducation, de faire en sorte que nous sensibilisions nos compatriotes et qu’ils aient un comportement responsable. Nous devons donner l’exemple. Nous qui avons eu la chance de comprendre tout cela. C’est pourquoi, l’autre jour, j’ai dit à mes membres que tant que vous êtes dans mon gouvernement, il vous est interdit de prendre une femme supplémentaire. Le ministre qui veut prendre une femme supplémentaire peut quitter le gouvernement. Mais tant qu’il est dans le gouvernement, il lui sera interdit de prendre une femme supplémentaire. Je le dis pour provoquer le débat; pour interpeller les gens. Si vous êtes au gouvernement et que vous avez deux ou trois femmes, il n’y a pas de problème. Mais si vous voulez en ajouter, vous quittez le gouvernement et vous prenez votre femme.

Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, je voudrais que les députés prennent aussi un tel engagement pour que nos compatriotes nous écoutent et nous entendent. Nous devons avoir un comportement de modèle pour que les gens soient interpellés.

(Script : ONEP)