Almounar Ayouba (à gauche) et ses collègues membres de la troupe Takamba
Avec des mélodies rythmées jouées sur un instrument traditionnel à cordes appelé tehardent/ngoni, les percussions de la calebasse et dansé à travers des mouvements gracieux, le ‘’Takamba’’ signifiant « prendre la main » en langue Songhaï est une des expressions artistiques les plus symboliques des communautés Songhaï et Touarègues du Mali et du Niger. Plus qu’un simple genre musical traditionnel et des gestes, le Takamba relate l’histoire d’un peuple et continue représente un symbole identitaire.
Au son de la guitare artisanale plus connue sous le nom de ‘’tehardent’’, de la calebasse, des chants traditionnels et des youyous, les danseurs exécutent avec élégance des mouvements fins des épaules, des bras et du torse. Chaque mouvement est rythmé avec la musique. Cet art transmis de génération en génération a vu le jour au 15è siècle à Gao qui constituait l’un des principaux centres politiques et culturels de la région. Avec le temps, les échanges entre les communautés ont favorisé l’évolution de cette expression artistique tout en conservant son authenticité.
Selon les explications données par Almounar Ayouba originaire de Gao et musicien de Takamba résidant à Niamey, cette danse était jadis interprétée par les griots et forgerons Touaregs lors des grandes cérémonies notamment : les fêtes populaires, les fêtes de fin de récolte ; les baptêmes, l’intronisation des chefs traditionnels et coutumiers ; le retour des guerriers, lors des cérémonie de mariage dans les familles nobles, des grandes rencontres culturelles ou pour rendre hommage aux familles de haut rang. Au tout début, elle se dansait en position assise accompagnée des simples mouvements des épaules et des mains. Aujourd’hui, les danseurs se lèvent pour former un cercle, s’aligner ou se faire face. Les mouvements se définissent par des jeux de charme élégants, accompagnés de balancement des épaules, des bras et des mains. Certaines, transmettent même des messages à travers des gestes dont eux seuls détiennent le secret. Ces gestes sont en coordination harmonieuse avec le rythme de la musique. Tout de même, il y a des parties où les danseurs l’exécutent dans la position assise. Cette partie symbolisait la noblesse, la retenue et la finesse », précise-t-il. Pour lui, cette tradition constitue un héritage familial précieux. « Nous avons hérité du takamba auprès de nos grands-parents. C’est une musique et une danse traditionnelle qui est organisée lors des grands événements dans le Nord du Mali. Elle fait partie intégrante de l’identité des communautés de Gao et de Tombouctou », souligne Almounar Ayouba. Lors des festivités, «les habitants portaient leurs plus beaux habits pour fêter ce grand événement», dit-il avec fierté.
Le Takamba, explique Almounar Ayouba, se joue avec les instruments traditionnels tels que : le tehardent ou kourbou, un luth traditionnel à cordes dont les sonorités accompagnent la danse, le ngoni, les percussions réalisées à l’aide d’une calebasse flottant sur l’eau. Au Niger, le Takamba se joue particulièrement dans les régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéri.
Des efforts pour la transmission
Pour préserver cette richesse culturelle, les musiciens forment des jeunes pour assurer la relève. « Nous avons hérité cette musique auprès de nos grands-parents et nous sommes à notre tour en train de former nos jeunes pour qu’ils puissent assurer la relève », affirme Almounar Ayouba. Pour ce qui est de la danse, les jeunes s’y intéressent beaucoup, maîtrisent toutes les techniques et l’exécutent avec fierté, se réjouit-il. Le Takamba est inscrit sur la liste du patrimoine culturel du Mali. La danse est mise souvent à l’honneur lors des grandes festivités, des semaines artistiques et des manifestations nationales telles que l’accueil d’un invité de marque. Elle continue de séduire les passionnés de la culture.
Cependant, malgré sa popularité, cette expression artistique fait ces dernières années face à des nombreux défis notamment : l’influence progressive des musiques modernes ; les jeunes accordent plus d’importance à la culture occidentale. «La religion a aussi beaucoup contribué à la perte progressive de cette danse qui incarne l’histoire commune de communautés qui ont perpétué durant des siècles l’identité culturelle du Sahel. Les marabouts avaient accentué leurs prêches sur les interdictions de ce genre de festivités par l’Islam, ce qui a amené beaucoup de gens à tout abandonner », a confié M. Almounar Ayouba.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
