L’air du temps : La justice à l’école de l’expérience professionnelle

L'air du temps

Quelque chose de proprement inédit, mais assurément utile, s’est déroulé la semaine dernière en Belgique. En effet, le week-end, 55 magistrats volontaires ont séjourné dans une prison de la banlieue de Bruxelles pour, pourrait-on dire, ‘’goûter’’ un tant soi peu aux réalités de la privation de liberté. La nouvelle a été accueillie avec un réel intérêt par les observateurs. Non pas parce que quelques esprits cyniques pourraient se réjouir de voir des porteurs de robe ‘’jetés au gnouf’’, mais simplement par le fait que l’idée d’expérimenter la vie des détenus par des juges est porteuse d’une grande sagesse. En effet, les intéressés sont ceux-là mêmes qui, par leurs verdicts, ont la délicate mission de décider du sort des accusés pour en faire des prisonniers ou des hommes libres.

Aussi, pour mieux expérimenter la privation de liberté, les ‘’seigneurs des tribunaux’’, ont été traités comme de véritables prisonniers pour deux jours. Comme des vrais prisonniers, en plus de suivre à la lettre les ordres et les instructions du personnel pénitentiaire, les magistrats étaient assujettis aux mêmes corvées que les détenus à la cuisine et à la blanchisserie, sans compter qu’il leur était interdit l’usage du téléphone et que les lumières sont éteintes dès 22 heures.

Selon le ministre belge de la Justice cette démarche s’inscrit dans un souci d’insuffler une dynamique de rigueur et de sérieux dans les décisions de justice en faisant en sorte que les juges puissent trancher en toute responsabilité, mais en ayant une idée claire de la portée de leurs verdicts et de leurs conséquences pour les prévenus. Il est vrai, a-t-il dit que les magistrats savent comment se passent les choses dans une prison, ‘’mais en faire l’expérience par eux-mêmes leur donne une occasion unique qui pourra les aider à prononcer des peines en toute connaissance de cause’’. En un mot, faire de ces juges des bons juges !

Chez nous au Niger, comme partout ailleurs, une telle expérience serait, à coup sûr,  une bonne école pour tous ces magistrats qui, quotidiennement, sont appelés à décider du sort des accusés qui défilent devant les tribunaux. Et c’est un secret de polichinelle de dire que pour certains juges, déposer directement et facilement un prévenu à ‘’Darado’’ relève d’un simple acte de routine.  Mais mon propos n’est pas de dire que chez nous aussi des magistrats doivent goûter aux rudes réalités d’une vraie vie de ‘’bagnard’’…Moi je n’ai pas dit ça dey !!!

Assane Soumana(onep)