M. Yempabou Mahamadou
Monsieur le préfet, le département que vous dirigez est situé dans une zone qui regorge d’énormes potentialités, dites-nous un peu plus sur cet aspect.
Permettez-moi de remercier l’ONEP pour l’opportunité qu’il m’offre de partager avec vos lecteurs les potentialités du département de Magaria. Qu’il me soit aussi permis de remercier le Président de la République, Chef de l’Etat, SE le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, et son gouvernement pour les efforts inestimables fournis dans le cadre de l’appui aux producteurs et c’est ce qui a permis au département d’engranger une importante moisson cette année.
La position du département de Magaria, par rapport à la vallée de la Korama, fait de lui une zone potentiellement agricole et un important réservoir d’eau de la région grâce à l’abondance de la nappe phréatique propice à la petite et grande irrigation. Le département est une zone agricole importante, particulièrement dans sa partie sud, avec une production significative de cultures vivrières comme le niébé, le mil et le sorgho. A ceux-là s’ajoutent les cultures hors saison de pluies qui se pratiquent dans des jardins et autour des cuvettes avec des spéculations comme la canne à sucre, le riz, la pastèque, l’oignon, la tomate, la pomme de terre. Toutes ces cultures sont possibles grâce à la présence des points d’eau et une nappe affleurante.
A titre illustratif, le département dispose de 350 303 hectares de superficie exploitables dont 332 788 ha sont déjà exploités, soit 95 %. Nous avons aussi une énorme potentialité aquifère et les valeurs de niveaux piézométriques varient de deux (2) mètres à une dizaine de mètres (17 m) de profondeur, et pouvant devenir même affleurant dans les dépressions inter dunaires.
Au plan pastoral, nous disposons d’un cheptel important, une ressource économique clé pour le département. Un pôle économique de commercialisation de bétail au niveau des marchés à bétail, un comptoir de commercialisation du niébé est mis en place pour soutenir la filière.
Dans le domaine commercial, Magaria est géographiquement proche du Nigeria, toute chose qui favorise le commerce bien qu’essentiellement local et informel qui représente aussi une activité économique majeure.
En matière de foresterie, les potentialités du département de Magaria reposent principalement sur les parcs agroforestiers qui constituent l’essentiel de ses ressources ligneuses, avec des espèces dominantes comme le gao, le baobab et le Piliostigma reticulatum (Kalgo), le palmier doum. Il y a aussi des espèces épineuses et de combrétacées. Aussi, il faut noter la présence de plusieurs mares (27 mares permanentes, 74 mares semi-permanentes et 21 mares temporaires) et 455 cuvettes, notamment dans lesquelles se pratique la pêche.
Toutes ces ressources soutiennent des activités économiques telles que le bois de chauffage, la vente du poisson et des produits forestiers non ligneux (le miel, les feuilles de moringa, les feuilles de baobab, les fruits du palmier doum, la gomme arabique) dont l’apport économique est très important.
Les produits forestiers non ligneux et la pêche sont des activités rentables et constituent une bonne opportunité de diversification de revenus dans le département de Magaria, avec des potentialités d’augmentation certaine de la production. L’ensemble de ces activités réalisées dans les différentes communes du département a apporté un équivalent monétaire de l’ordre de 293 535 050 F CFA au cours de l’année 2024, et 177 922 275 F CFA au cours des trois trimestres de l’année 2025 malgré l’insuffisance des partenaires d’appui et le faible accès des producteurs aux équipements modernes.
Pour parler spécifiquement des cultures irriguées et de décrues, il y a 228 sites répartis sur l’ensemble du département sur une superficie de 54 573 ha dont 24 407 ha sont exploités par 30 291 exploitants et exploitantes.
Existe-t-il des initiatives locales tendant à mettre en valeur cet important potentiel ?
En effet oui, il y en a. Les initiatives locales à Magaria visent à valoriser le potentiel agricole, pastoral et forestier par des pratiques agricoles durables (diversification des cultures, gestion des sols), l’intensification de la production (semences améliorées, techniques modernes), et le développement d’activités à valeur ajoutée (cultures de rente, élevage sélectif). La gestion de l’eau, le soutien aux filières locales comme la pêche, la pisciculture, la promotion des produits forestiers non ligneux comme le moringa, le miel, la gomme arabique, les feuilles de baobab, les fruits du palmier doum à travers la mise en œuvre de stratégies de développement rural. Nous avons beaucoup de nos administrés qui ont des sites agricoles exploités et dont l’apport est inestimable en termes d’emplois et de résorption de chômage des jeunes.
Justement, on constate un regain d’intérêt des populations pour les cultures hors saison de pluies, notamment avec l’introduction de nouvelles spéculations, comme le riz hors aménagement, la culture la pastèque et autres produits, qu’est-ce explique cela ?
Le regain d’intérêt pour les cultures hors saison dans le département de Magaria s’explique par la nécessité de diversifier les revenus agricoles face à la précarité des cultures pluviales, exacerbées par les événements climatiques extrêmes.
L’introduction de nouvelles spéculations comme le riz hors aménagement et la culture de la pastèque répond à cet objectif. Ces nouvelles pratiques sont rendues possibles par la mise en place de systèmes de production plus résilients, souvent soutenus par des projets de développement agricole et des techniques d’irrigation. Les autres facteurs qui expliquent le regain des cultures hors saison sont le caractère précaire de l’agriculture pluviale, la conscience qu’il faille diversifier les sources de revenus, l’adaptation au changement climatique, l’accessibilité à de nouvelles cultures et le soutien aux projets de développement.
Par exemple, à Sawayya Gabi et Dan Alla, des villages de la commune rurale de Bandé, après la production du riz en pluvial, les producteurs font un deuxième cycle de production dans les bas-fonds et cuvettes entre les mois de mars et juin. Le semis a lieu en mars et la récolte au mois de juin. Les producteurs utilisent les motopompes pour l’arrosage des plans du début jusqu’à la fin du cycle de production.
La production du riz s’élève à 7507,5 tonnes en 2024 pour une superficie de 2 145 ha. La culture de pastèque prend de l’ampleur avec une production sur une superficie estimée à 4 900 ha exploités en 2025 avec des chiffres d’affaires importants qui avoisinent 5 à 15 millions de Francs CFA chez les grands producteurs.
Quels sont les principaux acteurs de cette révolution agricole et quel avenir pour le département ?
Les principaux acteurs de la révolution agricole sont les agriculteurs et leurs organisations, les gouvernements locaux et nationaux, ainsi que les bailleurs de fonds. L’avenir de Magaria repose sur le développement de sa production agricole, notamment du niébé, grâce à des infrastructures comme le comptoir de commercialisation, et à des stratégies pour améliorer l’accès aux marchés, renforcer l’irrigation et diversifier les cultures.
Cependant, force est de constater que le premier acteur de cette révolution dans le secteur agricole, c’est le Président de la République, Chef de l’Etat, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, à travers le « Programme Grande irrigation » et son appel sans cesse pour une exploitation judicieuse de nos terres en vue de l’atteinte d’une autosuffisance alimentaire.
Il y a aussi des acteurs locaux qui se sont fait distinguer ici à Magaria. Je vous donne l’exemple des autorités coutumières et les opérateurs économiques notamment. Nous avons le chef de canton de Bandé, l’honorable Aboubacar Yahaya Louché, et le chef de groupement peulh de Kakitama, l’honorable Laminou Boubé, qui sont des illustrations parfaites de la pédagogie de l’exemple. Ils ont incité leurs administrés respectifs à l’exploitation agricole.
Il y a aussi des initiatives privées comme celle de l’ex-député national, l’honorable Mahamane Sabiou dit Chapiou, qui exploite plusieurs dizaines d’hectares de riz dans la commune urbaine de Magaria et qui créée plus de cent emplois temporaires au quotidien. Nous avons aussi M. Altiné Elhadji Mamouda de la commune rurale de Sassoumbroum qui a effectué une moisson de 240 sacs de riz paddy sur une superficie 3 hectares.
Je peux dire que l’avenir de cette révolution agricole dans le département de Magaria est promoteur, car la pastèque est déjà exportée vers la capitale Niamey et au Nigéria voisin. La forte production rizicole a valu au département de Magaria d’être choisi dans la région de Zinder comme lieu d’implantation d’un complexe de décorticage de riz qui sera construit par l’Etat à travers la société Riz du Niger sous financement de la Banque Mondiale. Un terrain de 10 hectares à déjà été affrété au projet et, à terme, plus de 300 emplois permanents seront créés.
Quels sont les dispositifs mis en place par l’Etat et les partenaires pour appuyer les producteurs ?
L’Etat et ses partenaires ont mis en place divers dispositifs pour appuyer les producteurs de Magaria, notamment par des programmes d’appui conseil via les Chambres Régionales d’Agriculture (CRA) et le RECA (Réseau National de Chambre d’Agriculture), qui fournissent des conseils techniques et de gestion. Il existe également un soutien financier par des mécanismes de garantie et de bonification, ainsi que des dispositifs de distribution de semences améliorées, comme l’a montré la distribution de semences de riz par l’Etat et la FAO. Des programmes comme le PECEA, soutenu par la coopération danoise, visent à renforcer la sécurité alimentaire et le développement agricole. Les producteurs bénéficient des appuis en matière de conseil de gestion et technique, conseils agricoles, diffusion d’informations.
Cette nouvelle situation a-t-elle un impact sur certains maux qui assaillent la jeunesse du département ?
Les nouvelles pratiques agricoles peuvent avoir un impact ambivalent sur les jeunes de Magaria. Elles peuvent réduire le chômage et la dépendance à l’agriculture traditionnelle en offrant des opportunités de revenus grâce à l’innovation et l’accès aux marchés, tout en créant de nouveaux défis tels que la dégradation de l’environnement, l’utilisation des produits chimiques nocifs et l’éloignement des savoirs traditionnels, ce qui peut perpétuer l’instabilité. Pour atténuer les aspects négatifs, il est crucial de promouvoir des alternatives durables comme les biopesticides et de sensibiliser à l’utilisation responsable des intrants.
Comment comptez-vous faire pour inciter les jeunes à aller davantage vers le secteur agricole ?
Pour inciter les jeunes à s’adonner à l’agriculture, il faut moderniser l’image du secteur en valorisant l’innovation et les technologies, améliorer l’accès à la formation et à l’installation via des financements adaptés et des soutiens, et promouvoir des modèles économiques modernes et rentables. Il est également crucial de développer les infrastructures rurales et de cultiver un esprit d’entreprise chez les jeunes dès le plus jeune âge. Les personnes que j’ai citées ci-haut sont des exemples à suivre par l’ensemble de la population pour exploiter pleinement tout le potentiel et permettre aux jeunes de rester travailler dans la dignité.
Réalisé par Zabeirou Moussa
