Le marché central de Birni N’Gaouré prend vie tout doucement chaque jeudi. Il est 9h du matin et déjà, les premiers marchands s’installent. Pendant ce temps, des camions déchargent leur cargaison ; un autre, trop large, manœuvrant mal, s’est bloqué à l’entrée de la grande porte bleue. Les commerçants sont assis à côté des marchandises déjà scellées et superposées, sans aucune crainte. Leur seul souci étant d’arriver à destination à temps. On y aperçoit sur les véhicules des lits confectionnés à base des tiges de mil, de la paille, du natron, de la poterie, des céréales, des légumes et des articles artisanaux. Les pourparlers entre passagers et apprentis créent une humeur vivante qui renforce parfois leur lien social.
Les conducteurs de charrettes de leur côté ne manquent pas à l’appel ; ils se bousculent entre transports de marchandises ou de personnes avec pour seul et unique but de multiplier les chiffres avant le coucher du soleil. Dès l’entrée, on est accueilli par les tas de sac de céréales disposés les uns sur les autres. A côté, des sacs de mil une exposition de vanneries accrochés aux branches des arbres où les femmes artisanes attendent les clients. Un peu plus loin, les maraîchers exposent leur récolte : choux, tomates, oignon, piment frais, courgette et autres. Pendant que les discussions entre vendeurs et acheteurs se poursuivent, les talibés, tasse en main, souhaitent que le marché se conclut pour proposer leurs services. « Je passe la journée à côté des vendeurs attendant qu’un achat soit fait pour que je propose mes services en contrepartie de quelques choses. Souvent on nous parle mal, nous traite de voleurs mais rien ne me décourage », confie Idrissa un jeune talibé.
Au centre du marché, les étals de tissus, des pagnes aux motifs traditionnels multicolores, des voiles légers ou de broderies fines séduisent les passants. Les femmes discutent les prix avec énergie. « Même si ce n’est pas le foulard qui m’a amené au marché, mais quand je l’ai vu, j’ai tout de suite aimé », disait une jeune dame venue pour ses courses de la semaine. A l’arrière du marché, des vieilles dames exposent des canaris, encensoirs et autres ustensiles fabriqués localement. D’autres vendeurs ambulants font le tour du marché avec des paniers et cordes tressées avec des feuilles de palmier doum et accrochés aux mains. Les voix des passants, les rires des enfants qui se pourchassent entre les stands, les couleurs des vêtements, les senteurs de parfums, d’aliments et autres produits transforment ce lieu en un carrefour économique et social. Situé sur la RN1, le marché central de Birni N’Gaouré est un symbole de dynamisme pour la commune urbaine et ses environnants.
Un espace d’échange commercial en plein expansion
Sous les hangars, les commerçants interpellent les passants pressés qui par respect ou curiosité lancent un coup d’œil promettant de revenir plus tard. Dans une tente ouverte laissant passer des rayons de soleil à cause du haut abîmé, se tient débout Moussa Allasane, un commerçant vêtu d’un boubou jaune moutarde, déballant ces derniers cartons. Plus nous nous approchons de lui, plus il devient méfiant à la vue de l’appareil photo. « Vous n’êtes pas d’ici vous. J’espère que je n’ai rien fait de mal », nous lance-t-il le visage crispé. Après un moment de détente, mais toujours suspicieux, il finit par expliquer que ce commerce est son gagne-pain quotidien, une identité qu’il s’est faite au fil des années. « Je suis natif de la région, ça fait environ 22 ans que je me suis lancé dans cette activité. Par la grâce de Dieu, on arrive à avoir de quoi se prendre en charge », dit-il.
En effet, Moussa Allasane excelle depuis plusieurs années dans la commercialisation des produits cosmétiques et divers. Sur une table, sont disposés soigneusement des pommades éclaircissantes, des parfums de plusieurs senteurs, des attaches cheveux et voiles, des crayons, rouge à lèvres, bref toute une multitude de produits et d’objets qui font ressortir la féminité, la beauté et surtout l’élégance de la femme sur toutes les facettes. Il se ravitaille à Niamey et revend sur les marchés de Birni N’Gaouré, Fabidji, Ingonga, Koddo, Dagaba et Harikanassou. « Le marché est comme la femme souvent elle te satisfait et d’autres fois elle t’énerve au point d’en devenir fou », ajoute-t-il sur un ton humoristique juste pour expliquer que chaque jour à son lot de surprises, mais quand même, il arrive à faire des chiffres de temps à autre.

Au bon milieu du marché, se trouve un tailleur passionné par le métier malgré son âge avancé. Il s’agit en effet de Soumana Saley connu à Birni sous le sobriquet de ‘’Sayizé’’. Âgé de 77 ans, il s’est aventuré dans la couture depuis des lustres. Passionné et avide de travail, il transforme chaque défi en opportunité, chaque morceau de tissu est minutieusement travaillé pour harmoniser la coupe et satisfaire le client. Un drap sur la machine, les mains bien ajustées sont posées sur la machine pour harmoniser l’aiguille au tissu. Pendant environ 55 ans de travail acharné, Soumana Saley arrache chaque fois un sourire aux clients satisfaits de la couture ou d’un vêtement retouché. « Ce métier que j’appelle mon compagnon m’a rapporté beaucoup au fil des années. Je me suis marié grâce à ça ; j’ai des enfants qui sont leurs propres patrons. Aujourd’hui, je continue d’exercer le métier non pas pour m’enrichir, juste parce que je suis habitué à faire travailler mes 10 doigts et tant que j’aurais la force, je continuerais », a-t-il dit avec un sourire aux lèvres. Chaque jour de marché est une chance qu’il met à son avantage pour multiplier les commandes et faire un bon travail. « Souvent avec la recette, je paie un sac de riz plus des condiments pour tenir le foyer en attendant le prochain jour du marché », a-t-il souligné.

Dans un quartier du marché se trouvent des femmes peulhs venues d’un village environnant de Birni. Par manque de moyens de transports, elles font le trajet à pied chaque jour de marché avec leurs bagages sur leurs têtes. L’article qu’elles proposent est un élément traditionnel fabriqué à base de tige de mil, assemblé un par un pour former un couchage simple, solide et confortable communément appelé ‘’Tattari’’ en langue Zarma. Assise et pensive, Hadiza a les yeux rivés sur chaque silhouette qui se dessine espérant faire affaire. A 55 ans, cette femme de teint noir vêtue d’un hijab rouge, les yeux rouges, les pieds et les orteils enflés, le regard froid, explique le calvaire qui se cache derrière ce travail qu’elle qualifie à la fois de pénible et non rémunéré. « Nous achetons la botte de tiges de mil à 1 000 FCFA, difficilement nous arrivons à avoir une natte et un petit reliquat. Après la confection, nous proposons le produit fini à 1 000 F, souvent l’unité n’atteint même pas 1 000 F. On ne gagne rien. On le fait juste pour ne pas rester les bras croisés mais en termes de bénéfice c’est nul », dit-elle.
Hadiza affirme qu’elle s’est lancée dans ce commerce non pas par passion, mais juste pour subvenir aux besoins de ses enfants. « Au retour nous achetons des feuilles de baobab pour la sauce, du piment, du sel, du natron, des chaussures aux enfants et quelques produits manquants. Dans la journée, si on arrive à vendre deux c’est déjà bien », a-t-elle lâché avec un soupir de désespoir.

Dans un autre coin animé du marché, devant les braises incandescentes, ses objets de vente exposés çà et là, Hama Hassan forge avec délicatesse les morceaux de fer. Une activité héritée et apprise aux côtés de son père. Forgeron dévoué, il propose aux éventuels clients une large gamme d’outils utilisés dans les travaux champêtres et maraîchers. Pour fabriquer des objets comme les couteaux, les hilaires, la houe, la daba et autres, Hama Hassan fait fondre dans un feu la matière brute achetée à Niamey. Une fois fondu, le fer est facilement remodelable, manœuvrable et s’accommode à la forme souhaitée. « Pour permettre à tout le monde de profiter de mes créations, je vends mes articles de 200 FCFA à 2 000 FCFA. La matière brute est chère, mais nous arrivons à nous en sortir. La journée du jeudi qui est notre jour de marché, on peut vendre beaucoup surtout pendant la saison des pluies. Nous prenons le bois en brousse et nous le taillons avec minutie pour ressortir la forme des outils », a-t-il dit.
Agé de 64 ans, M. Seyni est, quant à lui, un conducteur de charrette depuis plus de 20 ans. Le jour de marché, pas de repos et pas le temps pour les petits malaises, la cloche de l’argent sonne. Armée de courage Seyni affronte chaque journée avec courage espérant qu’elle sera meilleure que la précédente. Sur son chariot, il transporte des marchandises des différents quartiers au marché à un prix raisonnable et les jours ordinaires, il transporte des briques à 25 F l’unité. « Je peux gagner 5.000 f par jour ; avec ça, la popote est garantie », a-t-il avoué.
Fatiyatou Inoussa,
Envoyée Spéciale
