Quelques œuvres de Mme Aminou Bassira et ses collaboratrices ...
Dans une société où la culture est de plus en plus délaissée par les communautés, certaines personnes ont choisi de défendre et de valoriser leurs traditions. C’est l’exemple de Mme Aminou Bassira Badaoui, biologiste de formation et diplômée d’un master en nutrition, qui s’est lancée dans l’entrepreneuriat, notamment dans la décoration traditionnelle. Après l’obtention de son baccalauréat au Niger, elle poursuit ses études supérieures à l’étranger, plus précisément en Algérie, où elle a passé près de cinq (5) années. Titulaire d’un double master en biologie de la santé et en nutrition, Mme Aminou Bassira Badaoui a aussi suivi plusieurs formations complémentaires, renforçant ainsi son profil professionnel.
Loin de son pays d’origine, elle a choisi de se lancer dans un domaine un peu éloigné de son cursus : la décoration traditionnelle nigérienne. Un revirement qui montre son fort engagement en faveur de la protection et de la transmission de la culture. Ces années passées en Algérie ont permis à Mme Bassira de côtoyer des étudiants venus de divers horizons, porteurs de différentes cultures. « Qui dit différents pays dit différentes cultures », dit-elle. C’est ainsi qu’elle découvre que chaque peuple cherche à préserver et à faire connaître sa culture, surtout lorsqu’il est à l’étranger. « De base, je suis quelqu’un qui aime beaucoup le détail, et c’est ce qui m’a le plus donné l’idée de me spécialiser dans ce domaine. Nous avions l’habitude de faire des journées traditionnelles, ce qu’on appelait ‘’Grena’’ en Algérie. C’est la grande rencontre des étudiants nigériens en Algérie. Et j’étais choquée de voir que, lors de ces événements, nous n’avions pas du tout les instruments culturels qui représentaient le Niger. Donc, c’était vraiment choquant pour moi. Je me suis posé ces questions : pourquoi ne pas valoriser notre culture ? Pourquoi ne pas mettre l’accent sur cela ? Pourquoi ne pas essayer d’amener la culture nigérienne au-delà de nos frontières et faire parler notre identité ? », explique Mme Bassira.

Pour répondre à toutes ces questions, elle proposa à tous ses camarades nigériens, une fois en vacances au pays, d’apporter chacun un instrument (tambour, flûte, tam-tam, etc.) ou un objet symbolisant la culture nigérienne (une calebasse, des objets artisanaux, les tasses communément appelées « Fantekas » ou autres). Et tout est parti de là. Pour Mme Aminou, décorer n’est pas seulement embellir un espace. C’est raconter une histoire, montrer une identité et rappeler les origines. Elle décide alors de se spécialiser dans la décoration traditionnelle pour non seulement valoriser la culture, mais aussi la faire connaître aussi bien au Niger qu’au-delà des frontières.
Le Niger est un pays riche en ethnies : Haoussa, Zarma, Touareg, Toubou, Kanuri, Gourmantché, Peulh, Arabes, etc. Malheureusement, les traditions de ces différentes ethnies ne sont pas transmises de génération en génération. « J’étais surprise de voir qu’il y a des enfants qui ne connaissent pas leurs vraies ethnies. Ils parlent haoussa ou zarma. Ils disent seulement : “je suis Haoussa, je suis Zarma”, sans autant savoir que derrière ces langues se cachent pas mal de valeurs et symboles traditionnels », déplore-t-elle. L’idée est de rappeler à chaque personne qu’elle a une originalité, une racine qu’elle doit jalousement garder et transmettre à ses enfants et petits-enfants. C’est de faire ressortir cette valeur culturelle que beaucoup ignorent de nos jours.
Le goût du travail esthétique
De retour au Niger, Mme Aminou décide alors de s’adonner pleinement à cette activité. Consciente de la nécessité d’acquérir une connaissance accrue dans le domaine et par amour du travail esthétique bien fait, elle a parcouru des villages et hameaux du Niger pour s’imprégner davantage des traditions nigériennes. « Je me rends compte qu’à travers les événements, il y a certains mariés qui font appel à notre expertise. “Madame, j’ai besoin d’une décoration pour telle ou telle ethnie.” Étant donné que nous nous retrouvons tous à Niamey, à travers ces cérémonies, nous essayons de faire ressortir ces caractéristiques culturelles », souligne Mme Aminou.
Ainsi, les matériaux, couleurs et objets utilisés sont choisis en fonction des ethnies. Chez les Peuls, par exemple, le jaune, l’orange et le bleu dominent, des couleurs brillantes qui attirent immédiatement le regard. Et qui dit Kanuri dit rouge, le marron pour les Haoussa. « Nous essayons de faire la décoration en fonction des couleurs et des objets propres aux ethnies », indique la décoratrice. Elle a aujourd’hui mis en place une équipe dynamique et bien formée qui l’aide dans son activité. Bien qu’elle ne soit plus au Niger, malgré ses obligations professionnelles et le décalage horaire, elle parvient à satisfaire ses clients.

« C’est certes un peu difficile pour moi, étant donné que, souvent, je pars au boulot et qu’il y a un décalage horaire. Il faut d’abord m’envoyer l’image de l’espace à décorer, j’étudie l’endroit afin de faire un retour à mon équipe. Il faut aussi appeler, coordonner, recevoir les images de la décoration, les regarder, voir les détails, s’ils y sont. Franchement, cela demande énormément de temps et de concentration. Et Dieu merci, nous arrivons toujours à bien faire le travail, car nous faisons cette décoration avec passion. Nous transmettons tout notre savoir-faire, notre patience et notre passion », se réjouit-elle.
Porter loin la culture nigérienne
Parlant de la culture nigérienne à l’extérieur, Mme Aminou Bassira Badaoui a souligné avec fierté l’intérêt que les Nigériens de la diaspora accordent à leur culture. « En France, où je vis actuellement, il y a pas mal de Nigériens et franchement, les gens de la diaspora, j’ai l’impression qu’ils s’intéressent plus à la culture nigérienne que les Nigériens vivant même au Niger. Parce qu’une fois à l’étranger, vous vous rendez compte que chaque personne, chaque peuple, chaque groupe ethnique, essaye de préserver sa culture et de la transmettre à ses enfants. Étant donné que nous nous retrouvons dans un pays qui n’est pas le nôtre, la seule manière de préserver son authenticité, sa culture et ses valeurs est de les transmettre et de les expliquer à ses enfants. C’est pourquoi vous trouverez chez chaque Nigérien un objet symbolisant la culture accrochée aux murs, tels que la croix d’Agadez, les tableaux artisanaux, quelques éventails, quelques pagnes tissés et bien d’autres qui identifient la culture nigérienne », soutient la décoratrice.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
