Préparatifs du spectacle des chansons oubliées
Figures emblématiques de la sphère musicale nigérienne, certains artistes décédés ont su marquer l’histoire culturelle et artistique du Niger. Avec des titres phares et appréciés de tous, ils ont égayé le public à travers leurs chansons, pour la plupart enregistrées en langues locales et porteuses de messages forts. Aujourd’hui, ils sont une référence dans le milieu de la musique nigérienne, mais leurs productions sont de plus en plus oubliées par la jeunesse et leur empreinte tend à disparaître au fil du temps.
Afin de redonner vie à cette richesse culturelle, ce patrimoine précieux, ces chansons longtemps rangées et enfouies dans les souvenirs et rendre un hommage mérité aux artistes nigériens décédés, certains artistes ont décidé d’organiser un grand spectacle pour faire revivre le savoir-faire de ces derniers. C’est dans cette optique que l’Institut National des Arts et de la Culture (INAC) et le Centre Culturel Oumarou Ganda (CCOG) prévoient l’organisation d’un spectacle grandeur nature au mois de février 2026. Ce spectacle vise essentiellement à réunir les Nigériens autour d’une cause commune, celle de la valorisation des chansons nigériennes oubliées ou négligées et du patrimoine culturel nigérien.
Depuis le lancement des répétitions dans les locaux de l’INAC, l’ambiance est empreinte d’émotion et de nostalgie. Certains artistes écoutent attentivement, tandis que d’autres se laissent porter par les mélodies qui rappellent de belles époques. Micros en main, instruments branchés, paroles soigneusement retranscrites sur papier et paroles chantées en chœur, tel est le quotidien de ces artistes qui ont volontairement accepté de revisiter les titres les plus célèbres de la musique nigérienne chantés par des artistes décédés depuis plusieurs années. Éclats de rire, encouragements mutuels, corrections collectives et répétitions incessantes rythment leurs journées de travail acharné. Jeunes et anciens artistes, musiciens, encadreurs et chanteurs unissent leurs talents pour offrir un hommage à la hauteur de l’héritage laissé par ces pionniers. Les répétitions se poursuivront à l’Institut National des Arts et de la Culture (INAC) et prendront fin le 10 février 2026, après un mois de travail acharné. Le Centre Culturel Oumarou Ganda (CCOG) accueillera les festivités de ce spectacle prévues pour le 13 février 2026.

À cet effet, le directeur général de l’INAC, M. Ibrahim Souleymane a expliqué les raisons qui ont sous-tendu l’organisation de ce spectacle. « Depuis le décès de John Sofakolé, un groupement d’artistes s’est réuni pour organiser, en sa mémoire et celle de son palmarès dans le domaine de la musique, un spectacle pour commémorer son parcours », a-t-il indiqué. Ce dernier, ajoute-t-il, avait à son actif un album composé de six à huit titres qui ont été repris par des artistes nigériens, « et c’est cette restitution qui nous a beaucoup impressionnés » s’est-il réjoui. « Suite à cette reprise, des artistes nous ont approchés pour organiser un grand spectacle mettant en avant ces figures musicales décédées, en prenant en compte des artistes nigériens disparus de la sous-région », a-t-il expliqué. Pour l’organisation et la réussite de cette initiative, le directeur général a souligné que plusieurs réunions ont été organisées avec les artistes afin de décider de la date du spectacle, du lieu et de toutes les commodités nécessaires. Le directeur a révélé qu’au total 15 artistes défunts ont été retenus, soit deux artistes par région. Il s’agit de Moussa Poussy, Adam’s Junior, Ali Djibo, Hamsou Garba, John Sofakolé, Dargné, Saadou Bori, Hassan Garba, Maman Garba, Sani Aboussa, Maman Barka, Elh Taya, Jacob, Man Nana et Mati, avec des titres vedettes tels que Gazéra, Dan Niger, Sangala, Lacole, Aiko, Diyan Roumdji, Mai Yaki, Karin Mota, Dogoua, etc.
Pour la reproduction, il a expliqué que chaque artiste reprendra deux titres phares d’un artiste défunt, pour un total de 30 morceaux interprétés avec une orchestration assurée par des musiciens ayant volontairement accepté de participer à cette commémoration. Concernant l’organisation, il a précisé que chaque artiste a volontairement choisi la chanson qui lui convient et qu’il maîtrise parfaitement. « Nous avons d’abord recherché les musiques, l’histoire et la biographie de ces artistes. Tous ces éléments seront exposés lors du spectacle, en plus de la reprise des titres phares. Les deux titres ont été choisis en fonction de l’histoire qu’ils relatent, de leur notoriété et de l’impact qu’ils ont eu dans le parcours de l’artiste », a-t-il mentionné.
Par ailleurs, le directeur a indiqué que cette initiative est aussi une occasion de faire découvrir à la jeunesse la musique nigérienne moderne, permettant un retour en arrière et mettant en valeur la richesse musicale du Niger. Ce spectacle ajoute également une valeur pédagogique pour les artistes participants, car les répétitions se déroulent toute la journée et auront un impact positif sur leurs futures productions. En dehors des artistes civils, M. Ibrahim Souleymane a confié que les Forces de Défense et de Sécurité ont accepté d’accompagner cette noble cause en mettant à disposition leur fanfare et des musiciens militaires.
Présent à chaque répétition et très motivé, l’artiste musicien Yacouba Moumouni alias Denké-Denké a salué cette initiative et exprimé sa fierté. « Ces artistes se sont sacrifiés pour ce pays et ils méritent largement cet hommage. Je suis très ému et fier de voir les jeunes et les anciens artistes se réunir et travailler ensemble pour reproduire ces belles œuvres. Je suis ravi et honoré d’y participer », a-t-il confié. Il souligne que ces anciennes chansons sont très bien écrites et qu’un travail remarquable a été réalisé malgré le manque de matériel moderne à l’époque. « Ces artistes ont mis en avant les réalités sociétales, conseillé et sensibilisé la jeunesse sur le respect des valeurs, tout en valorisant nos instruments locaux. J’espère que cette première édition permettra d’organiser d’autres spectacles plus grands pour honorer nos talents », a-t-il souhaité.
Ému, il a révélé que cette reprise marque un tournant décisif dans sa carrière, car c’est une première pour lui. « Je suis ravi et fier d’être là. Je n’ai jamais interprété les chansons d’un autre artiste, encore moins celles de nos célébrités nationales. J’ai choisi d’interpréter deux titres de Moussa Poussy, car je maîtrise mieux la langue. Chaque artiste a fait son choix selon ses affinités, sans modification des chansons, seule la voix change, et c’est ce qui fera la beauté de ce spectacle », a-t-il ajouté. Il a également lancé un appel aux jeunes artistes afin qu’ils prennent le temps de mieux travailler leurs chansons. « C’est un long processus. Ces figures disparues avaient un bagage intellectuel et un talent inné. Les jeunes doivent s’en inspirer pour produire des œuvres de qualité ».
De son côté, l’artiste chanteur et acteur Mohamed Kitary Coulibaly a aussi exprimé sa fierté de participer à ce spectacle. Il a salué l’initiative tout en regrettant que cet hommage intervienne après le décès des artistes. « C’est une belle initiative, et nous espérons que les artistes encore vivants auront l’occasion de se produire ensemble sur scène pour rappeler ce que nous avons eu et perdu de notre culture ancestrale », a-t-il déclaré. Selon lui, ce spectacle permettra également de revisiter des morceaux que la jeunesse d’aujourd’hui connaît peu. « Leurs œuvres sont extraordinaires. Leur rendre hommage, c’est leur dire merci pour tout ce qu’ils ont apporté à la culture nigérienne », a-t-il ajouté.
Massaouda Abdou Ibrahim (ONEP)
