Hamza Harouna alias Hamzahro Hero
Dans la ville historique du Damagaram, où traditions séculaires et expressions modernes se côtoient, une nouvelle voix tente de se faire une place. C’est celle de Hamza Harouna, connu sous le nom d’artiste Hamzahro Hero, jeune chanteur haoussa et chauffeur dont le parcours illustre la vitalité culturelle de Zinder.
À Zinder, chanter en langue haoussa n’est pas un simple choix linguistique, c’est un ancrage culturel. Hamzahro s’inscrit dans cette tradition en explorant plusieurs genres populaires de la région : le rap haoussa, le dandali et la kasida. Entre rythmes urbains et références spirituelles, il incarne cette génération qui modernise l’expression artistique tout en restant fidèle aux racines du Damagaram.
Né vers 1999 à Mayto, dans le 5è arrondissement communal de Zinder, Hamzahro grandit dans une cité marquée par l’empreinte du prestigieux sultanat du Damagaram, où la culture façonne les identités et nourrit les imaginaires. Ici, la parole, le chant et la poésie occupent une place centrale dans la transmission des émotions, des valeurs et des mémoires collectives.
C’est dans ce terreau culturel qu’émerge sa vocation en 2022. A la suite d’une déception amoureuse, le jeune homme découvre dans l’écriture un exutoire. « J’ai écrit ma première chanson, ‘’A rayuwata’’, à cause d’une déception amoureuse d’une fille que j’aimais beaucoup », confie-t-il. Ce qui n’était qu’un cri du cœur devient peu à peu une voix artistique encouragée par ses proches et par un ami, Elh Bambino.
Son parcours reflète aussi les réalités sociales de nombreux jeunes de la région. Après avoir quitté l’école tôt, il part en exode en Algérie, où il passe sept ans. L’exil, expérience fréquente chez les jeunes Nigériens en quête d’opportunités, nourrit sa sensibilité artistique. Depuis l’étranger, il compose pour celle qu’il aime, restée au village. À son retour en 2022, il apprend qu’elle est mariée. La blessure devient alors matière à création, transformant l’épreuve intime en œuvre partagée.
Le jour, Hamzahro est chauffeur de tricycle, communément appelé adaidaita. La nuit ou aux heures libres, il devient chanteur. Cette dualité est typique d’une jeunesse zindéroise qui conjugue nécessité économique et passion culturelle. « J’aime beaucoup la musique, mais je ne peux pas rester sans travail en dehors d’elle », explique-t-il. Dans la ville de Zinder, l’artiste est souvent aussi artisan, commerçant ou conducteur, faisant de la création un combat quotidien.
Contrairement à certaines idées reçues, il ne rencontre pas d’opposition familiale. Issu d’une famille respectable et ayant perdu son père, il choisit d’informer lui-même sa mère de son engagement artistique. « Elle m’a donné des conseils et m’a souhaité bonne chance », raconte-t-il avec émotion. Dans une société attachée aux valeurs traditionnelles, ce soutien maternel symbolise l’évolution du regard porté sur les métiers culturels.
Cependant, le dynamisme culturel de Zinder fait face à des défis structurels. L’accès aux studios d’enregistrement et la qualité technique demeurent des obstacles pour de nombreux jeunes artistes. « Quand tu es un petit artiste, certains techniciens te découragent », déplore-t-il, évoquant également le manque d’équipements modernes dans certains studios locaux.
Malgré ces difficultés, Hamzahro participe activement à la scène culturelle locale. Il prête aussi sa voix à des entreprises désireuses de promouvoir leurs activités en chanson, perpétuant ainsi une tradition ouest-africaine où la musique accompagne la vie sociale et économique.
Dans la capitale historique du Damagaram, où les griots d’hier transmettaient l’histoire par la parole et le chant, la jeunesse réinvente aujourd’hui les codes artistiques. Hamzahro Hero s’inscrit dans cette continuité : il transforme une douleur personnelle en expression culturelle, une expérience individuelle en patrimoine sonore partagé. Entre résilience et créativité, ce jeune artiste rappelle que, à Zinder, la culture n’est pas seulement un divertissement, elle est un mode de résistance, une affirmation identitaire et un pont entre tradition et modernité. Dans les ruelles animées du Damagaram, sa voix porte l’écho d’une génération qui refuse le silence.
Fahad Mahaman (stagiaire), ONEP Zinder
