Abdou Sidi alias Chef Sidi
Dans un Niger, attaché à sa souveraineté et orienté vers la refondation, certaines voix choisissent l’encre plutôt que le vacarme. Abdou Sidi, connu sous le nom de plume de Chef Sidi, s’impose aujourd’hui comme une de ces voix qui écrivent pour éveiller, dénoncer et reconstruire.
Né en 1984 à Niamey, Abdou Sidi grandit dans la capitale nigérienne où il effectue ses études primaires à l’école Pont Kennedy, puis au CES Rive Droite. Après l’obtention de son BEPC, il poursuit son parcours à l’Institut de la Ligue Mondiale Islamique (ILMI), où il décroche un baccalauréat série D. Son parcours académique le conduit ensuite à la Faculté d’Agronomie de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, où il obtient un diplôme d’ingénieur en agronomie.
Mais réduire Abdou Sidi à un seul domaine serait méconnaître la richesse de son parcours. Entrepreneur depuis plus de 15 ans, fort de 17 années d’expérience dans l’enseignement, notamment dans les filières générales, professionnelles et techniques, acteur associatif et bénévole engagé depuis plus de deux décennies, il a également participé à de nombreuses enquêtes rurales et nationales, au plus près des réalités du pays. Conférencier, panéliste, formateur en prise de parole en public, en développement personnel et animateur d’ateliers d’écriture, Chef Sidi incarne cette génération polyvalente qui refuse l’immobilisme. C’est dans la littérature qu’il trouve le canal le plus approprié pour s’exprimer. Son rapport avec l’écriture naît très tôt, dans l’intimité et la solitude. Enfant timide, souvent réservé, il découvre dans le cahier un refuge, un espace de libération où coucher ses peines, ses émotions et ses réflexions. Les cahiers d’amitié de l’école primaire, les activités culturelles de scoutisme, les veillées nocturnes ponctuées de théâtre, de contes et de chants traditionnels nourrissent progressivement son imaginaire et affinent sa plume.
Pour lui, écrire n’est ni un luxe, ni un divertissement. C’est une responsabilité sociale. « Être écrivain, c’est d’abord être utile à sa société », confie-t-il. Convertissant ses échecs et ses réussites en leçons de vie, il décide de transmettre, à travers ses livres, des conseils, des alertes et des pistes de réflexion, notamment à l’endroit de la nation en général et de la jeunesse en particulier. Romancier, nouvelliste, essayiste, poète et auteur en développement personnel, Abdou Sidi revendique une écriture plurielle. À ce jour, il est l’auteur de 17 œuvres publiées, dont les trois dernières sont parues le 5 janvier 2026.
Au cœur de son engagement littéraire se trouve une conviction forte : l’écrivain est le gardien de la culture, le dénonciateur des injustices et l’éducateur de la société. Il donne une voix aux sans-voix, éclaire les zones d’ombre et sublime le réel par la force des mots. Dans le contexte actuel de la refondation nationale, son ouvrage intitulé Tempête de la Révolution, sous-titré « Le peuple a toujours raison », publié en septembre 2023, s’impose comme un texte prémonitoire. L’auteur y aborde, bien avant certaines décisions officielles, des questions majeures telles que la tenue des assises nationales, la dissolution des partis politiques, la durée des mandats dans un État souverain ou encore la protection de la ceinture verte de Niamey, qu’il considère comme le poumon écologique de la capitale.
Pour Abdou Sidi, la littérature peut et doit accompagner la transformation sociale et politique du pays. Mais les défis restent nombreux. Le principal, selon lui, demeure la quasi-absence des œuvres nigériennes dans les programmes éducatifs et les concours nationaux. « Nous écrivons d’abord pour le peuple nigérien, mais ce sont les œuvres étrangères qui dominent l’école nigérienne », regrette-t-il. À cela s’ajoute le faible taux de lecture, qui fragilise l’économie du livre et décourage nombre d’auteurs.
Malgré ces obstacles, Chef Sidi continue d’écrire, convaincu que les grandes vérités se trouvent dans les livres et que la refondation du Niger passe aussi par la reconquête de la pensée, de la culture et de l’imaginaire collectif.
Yacouba Moumouni (Stagiaire)
