Commandant Harouna Halidou
Le département de Gouré est une zone à vocation pastorale, située à environ 200km à l’Est de son chef-lieu de région, Zinder, soit à plus d’un millier de km de Niamey. Il est limité à l’est par les départements de Goudoumaria et de N’guigmi, à l’ouest par ceux de Magaria, de Mirriah et de Tanout, au nord par ceux de Bilma et de Tchirozérine, au sud par la République Fédérale du Nigeria. Le département est caractérisé par un climat tropical sahélien avec une saison sèche prolongée et une saison des pluies courte. Gouré est une zone d’élevage, avec plus de 400 cuvettes et des aires de pâturages représentant plus de 60% de la superficie du département. La diversité culturelle, les aléas climatiques et les défis liés à l’accès à la terre et aux services sociaux de base ne sont pas sans enjeux pour la consolidation de la paix et le renforcement de la cohésion sociale dans cette contrée plutôt paisible, à l’ère de la Refondation, dira le préfet du département de Gouré, le Commandant Harouna Halidou, dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder.
Mon Commandant, le département de Gouré est l’une des plus vieilles et vastes divisions administratives du Niger, où, malgré les aléas climatiques, les populations font preuve de résilience. Quels sont les défis auxquels est confronté le département, notamment en ce qui concerne l’accès aux services sociaux de base ?
Le département de Gouré est très grand, il s’étend de la frontière du Nigeria au Sud à notre limite avec le Département de Damagram Ta-Kaya et celui de Tanout au Nord. Au Nord -Est avec ceux de Tesker et Goudoumaria (Région de Diffa). Les infrastructures sanitaires sont trop espacées pour soulager au mieux la population, ce qui entraine un faible taux de fréquentation surtout des femmes pour accéder aux soins médicaux. Les pluies diluviennes de ces deux dernières années ont accentué la dégradation des pistes, cela a aggravé la précarité des moyens d’évacuation.
Autre défi, c’est que la très étendue des espaces cultivables et des pâturages dont regorge le Département présente une insuffisance de bornage. Les couloirs de passage des animaux sont mal connus des transhumants et certains cultivateurs en profitent pour les obstruer par des champs érigés anarchiquement. La Commission Foncière Départementale (COFODEP) ne dispose pas des moyens de déplacement ne serait-ce que de motos pour aller vérifier et corriger ou entamer des procédures de sanction aux contrevenants des deux côtés (agriculteurs et éleveurs). Pour mieux cadrer le contexte sécuritaire et renforcer la cohésion entre les communautés, ce bornage des espaces spécifiques réservés est plus que nécessaire.
Les populations vivent dans la paix et la cohésion sociale, de Guidiguir à Kellé, en passant par le chef-lieu du département. Quels sont alors les enjeux liés à la consolidation de la paix et de la cohésion sociale à Gouré ?
Les enjeux liés à la paix et la cohésion sociale c’est d’arriver à faire respecter, par tous, les lois en vigueur. Leur méconnaissance et ou l’insuffisance de sensibilisation constituent le principal problème qui trouble la quiétude sociale en général. Pour parvenir à amener tout le monde à comprendre que chacun a un droit qu’il faut respecter, l’arme la plus efficace c’est la sensibilisation.
Le département est réputé être une zone d’élevage par excellence. Qu’en est-il ? Et quelle est, aujourd’hui, à l’ère de la Refondation, la vision ou la politique de l’Etat, pour la valorisation de ce potentiel ?
Le département de Gouré est une zone à vocation agricole et pastoral disposant de très nombreux espaces pour l’agriculture et l’élevage. Nous disposons de plus de 400 cuvettes et vallées où l’eau est en moyenne à moins de 10 mètres de profondeur. Nous avons aussi des mares permanentes. C’est un potentiel très favorable pour la refondation en ce qui concerne notamment le Programme Grande Irrigation et la politique de valorisation de la chaîne de valeur de l’élevage. L’Etat est entrain de tout mettre en Œuvre pour leur exploitation dans le cadre de la refondation et en des aménagements, des périmètres d’irrigation.
Bien qu’épargnée par les menaces des groupes armés terroristes, la région de Zinder est confrontée au défi lié aux trafics illicites de carburant et de stupéfiants ? Comment se présente la situation dans le département de Gouré et quelle est votre approche contre ces fléaux ?
Nous partageons plus de 140 km de frontière avec le Nigeria. Tous les trafics illicites nous viennent de là. Mais nous ne manquons pas d’initiatives et de détermination pour lutter contre ces fléaux, à travers effectivement des patrouilles frontières méticuleuses, des contrôles réguliers au niveau des différents passages. Bref, malgré les moyens limités, nous ne croisons les bras. Avec l’appui de la population, dont la collaboration avec les Forces de défense et de sécurité n’a fait que se renforcer depuis l’avènement du Conseil National pour Sauvegarde de la Patrie (CNSP), en matière de renseignements notamment, nous parvenons à faire beaucoup de saisies. Nous continuons aussi à sensibiliser cette population sur les dangers que la consommation des stupéfiants entraine dans la vie surtout chez nos jeunes. Jusque-là, nous tenons, bien qu’il faille améliorer et adapter les moyens logistiques, tel que l’exigent les conditions difficiles du terrain.
Quelle appréciation faites-vous des efforts des forces de défense et de sécurité contre les trafics illicites ?
La détermination et le professionnalisme de nos FDS, conformément à leur serment, font notre fierté quant au maintien de la sécurité des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du département. Je leur adresse mes très vives félicitations et les encouragements des plus hautes autorités de notre chère Patrie au premier rang desquelles SE le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, SEM Ali Mahamane Lamine Zeine, Premier ministre.
Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter, après tout ce que vous venez de dire ?
J’appelle au patriotisme de tous les citoyens, pour bâtir un avenir prospère, contrer de manière digne, libre et souveraine, toute ingérence, toute tentative de déstabilisation contre le Niger et l’ensemble de la Confédération de l’AES. Je rends hommage au FDS pour leur lutte contre le terrorisme.
Entretien réalisé Par Ismaël Chékaré
Envoyé spécial
