Star incontestable des mets, la volaille occupe une place de choix dans la cuisine de plusieurs familles à l’occasion de la fête marquant la célébration de la fin du jeûne de ramadan ou Aïd El Fitr. Grillée, frite, farcie ou mijotée, la viande de volaille est l’aliment incontournable pour préparer le festin à partager en famille ou avec l’entourage. Cette journée de réjouissance qui marque la fin du mois béni de Ramadan est l’occasion de festoyer, témoigner la reconnaissance envers Dieu et renforcer les liens fraternels et familiaux. Les autres lieux d’attraction en cette veille de fête à Niamey sont les ateliers de couture, pris d’assaut par des clients à la recherche de jolies coupes de vêtements, et, aussi les salons de coiffure où affluent les femmes, y compris des très jeunes pour se faire belles.
Des prix accessibles sur les marchés de la volaille
Il est presque 9 h ce jeudi 12 mars 2026 et les premiers vendeurs sont déjà sur les lieux. Certains attendent l’arrivée de leurs marchandises alors que d’autres mettent les leurs en place. Plusieurs véhicules arrivent, les uns plus remplis que les autres. Des cages rondes ou rectangulaires en bois y sont fermement accrochées et elles contiennent plusieurs poulets ou pintades. Les discussions fusent de tous les côtés entre les vendeurs et les clients. Ils déchargent les cages, vérifient l’état des précieux poulets ou pintades et procèdent au règlement du conducteur. Une fois que la réception est faite, chacun s’occupe de ses cages avec l’aide de plusieurs jeunes se trouvant au marché et servant de main-d’œuvre pour acheminer les poulets et pintades dans leurs cages. On y trouve des récipients contenant de l’eau sont déposés, des tiges de bois y sont accrochées pour permettre à la volaille de se sentir comme dans leur habitat naturel et des graines de mil ou sorgho y sont jetées en vrac pour assurer leur alimentation et leur permettre de picorer au besoin. De couleur, poids et genre différents, il y en pour tous les goûts et toutes les bourses.

Après un mois de dévotion spirituelle, l’heure est à la célébration. À quelques jours de la fête de l’Aïd El-Fitr, les regards sont tournés vers les marchés de la volaille qui sont, à cette période, pleins à craquer. Dans ces marchés, le bruit est maître. Caquètements et gloussements, les poules, coqs et pintades s’adonnent à une animation sans fin d’un orchestre d’une part et les clients et revendeurs à une négociation intense, chacun défendant ses intérêts ou essayant de trouver un compromis favorable d’autre part.
Avec un regard observateur, les doigts indexent tel ou tel poulet ou pintade, les clients s’adonnent à une vérification minutieuse pour dénicher la perle rare. Certains clients laissent le choix aux vendeurs en fonction de leurs moyens financiers, tandis que d’autres préfèrent choisir en fonction de leurs besoins le poulet ou la pintade qui leur convient et négocier le prix après. Installé sous un hangar au marché de Harobanda, M. Halidou Hamani exerce ce métier depuis 1991. Il possède plusieurs poulaillers sur les lieux. En outre, il a notifié que la plupart des poulets et pintades proviennent de la localité de Kontagora ou de la frontière du Burkina Faso. Pour les prix, il souligne que le poulet se vend à
3 500 FCFA et la pintade à 4 000 ou 4 500 FCFA. « Nous avons également des poulets qui se vendent à 2 000, 2 500 ou 3 000 FCFA. Pour la pintade, celle issue de l’élevage est vendue à 6 000 voire 7 000 FCFA », dit-il. Ces prix, ajoute-t-il, sont abordables pour nous et pour les acheteurs cette année par rapport à l’année précédente. Aussi, il explique que la seule difficulté notoire, c’est l’insécurité qui sévit dans certains villages, rendant ainsi souvent difficile ou compliqué l’approvisionnement mais, il rassure de la disponibilité de la « star du moment ». « Nous pouvons satisfaire tous les besoins de la population malgré cette situation. Nous avons pris nos précautions pour cela et les prix seront bénéfiques pour tous », a indiqué le commerçant.
Au marché de Dar Es Salam de Niamey, M. Yayé Saidou est installé depuis 1999. Il est le délégué de tous les vendeurs de poulets et pintades du marché. Assis sur son banc en bois, il est celui qui donne les ordres mais il met également la main à la pâte pour aider et guider. Pour s’approvisionner, il sillonne plusieurs villages du Niger pour discuter directement avec les éleveurs ou il achète certains poulets et pintades provenant du Nigeria et du Burkina Faso auprès de vendeurs qui viennent eux-mêmes à Niamey. Pour les prix, le délégué confie que les gros poulets coûtent 3 000 FCFA et les moyens sont à 2 500 FCFA. Pour les pintades, les prix varient de
4 000 à 4 500 FCFA mais il peut aller jusqu’à 5 000 FCFA à mesure que l’on s’achemine vers le jour-J, c’est-à-dire le jour de la fête de Ramadan.
Aux marchés de Wadata et du Nouveau Marché, l’emplacement dédié aux vendeurs de poulets et pintades est quasiment vide, voire inexistant. Mais, on peut remarquer la présence de certains revendeurs qui se démarquent de la foule. En effet, ces derniers tiennent un tas de poulets et pintades en main en les soulevant comme un trophée pour attirer la clientèle. Certains ont expliqué que ces voies ont été dégagées et que la plupart des vendeurs ont migré vers d’autres marchés plus animés.
Comme à l’accoutumée, à l’approche de la fête, les prix connaissent une flambée du fait de la demande sans cesse croissante de la population et certains clients se tournent vers d’autres alternatives comme l’achat du poisson ou de la viande rouge. Mais, les vendeurs ont expliqué que cette flambée du prix se produit indépendamment de leur volonté.
En effet, M. Halidou Hamani explique que le changement du prix est dû à l’achat des poulets et pintades auprès des fournisseurs.
« Quand ils se rendent compte que la fête s’approche, ils augmentent le prix d’achat. Parfois, ils mettent leur vie en péril en se rendant dans des zones à risque pour nous livrer la marchandise afin que nous puissions satisfaire tout le monde. Par conséquent, ils doivent se faire une marge bénéficiaire à la hauteur du risque encouru », précise le vendeur. Mais il affirme que même si le prix change à la veille de la fête, il restera abordable et fixe et surtout que la disponibilité est garantie. « Ainsi, le dernier prix du poulet sera de 3 500 FCFA et 5 000 pour la pintade mais nous espérons qu’il soit en dessous pour permettre à chacun de s’en procurer », a-t-il souhaité.
Pour certaines clientes, ce prix serait plus abordable par rapport à l’année passée et ils se réjouissent de la disponibilité des poulets et pintades. C’est le cas de Mme Khadija qui est venue acheter ses pintades. « Je préfère la pintade car, je trouve qu’elle a meilleur goût et cette année le prix est réconfortant. L’année dernière, j’ai acheté des pintades à 7 000 FCFA voire plus alors qu’elles sont à 4 500 voire 5 000 FCFA aujourd’hui. Le prix du poulet est aussi très abordable cette année », se réjouit-elle.
Aux côtés de cette cliente, d’autres trouvent que les prix sont abordables maintenant mais qu’ils vont grimper la veille de la fête malgré la disponibilité. « J’achète mes poulets et pintades dès maintenant car, si je tarde à le faire, le prix sera trop élevé et c’est comme ça chaque année », explique Mlle Samira qui compte offrir ce présent à ses parents.
Cependant, malgré cette situation, on remarque des clients qui préfèrent les poulets d’élevage pour célébrer cette fête de Ramadan. Vendeur de poules et coqs de la race Maja, Goliaths, issus de l’élevage en basse-cour, M. Ousmane Khalid souligne que le prix de ces derniers est de 7 000 FCFA mais il peut aller jusqu’à 9 000 FCFA à plus lors des fêtes. « Le prix varie en fonction du poids et on peut avoir des poules ou coqs qui pèsent 8 kg à plus. Nous avons une clientèle spécifique qui préfère ce poulet et il se vend comme des petits pains lors des fêtes », confie-t-il.

Toutefois, la vente des poulets et pintades n’est pas seulement favorable aux revendeurs. Elle constitue une occasion pour les jeunes de se faire de l’argent surtout en cette période. Ils sont nombreux, avec des mini tonneaux sur le feu, couteaux en mains, et des tables couvertes d’une nappe en plastique qui s’adonnent à l’abattage et à la plumaison des poulets et pintades. C’est le cas de M. Saley Nouhou qui pratique cette activité depuis 2005 au marché de la volaille de Harobanda. « La plumaison se fait généralement à 100 FCFA mais, à l’approche des fêtes, le prix est fixé à 200 FCFA en raison de la forte demande et du travail que cela demande », dit-il. Il explique aussi que l’eau servant à déplumer est changée fréquemment et que le tas de déchets est tous les jours ramassé par la mairie. Aussi, ils procèdent à la conservation des poulets et pintades frais dans des thermos remplies de glace pour revendre aux clients qui sont pressés afin de les satisfaire.
Néanmoins, les préparatifs de la fête vont bon train et comme chaque année, les fidèles musulmans s’activent fortement dans les marchés, les centres commerciaux pour se procurer tous les produits indispensables à leurs besoins afin de célébrer l’Aïd El-Fitr dans des conditions favorables.
Massaouda A. Ibrahim (ONEP)
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L’affluence bat son plein dans les ateliers de couture
Au grand marché, le soleil était au zénith, pendant que des commerçants, acheteurs et passants vaquaient à leurs préoccupations quotidiennes. On constate, dans plusieurs ateliers de couture, un défilé de femmes soucieuses de se faire belles le jour de la fête avec des coutures exemplaires.
Assise dans son atelier de couture, entourée de ses productions de plusieurs modèles, Mme Charifa, couturière depuis 14 ans, recevait ses clientes d’une manière chaleureuse. Au fond de l’atelier, quatre (4) apprentis travaillaient sérieusement pour satisfaire les besoins des clientes qui faisaient un va-et-vient incessant. Son atelier est spécialisé dans la création des habits pour femmes et enfants en wax, bazin et lèche.
Avec l’approche de la fête de l’Aïd El-fitr, Mme Charifa accueille avec une mine bienveillante beaucoup de nouvelles clientes, en plus de ses clientes fidèles. Mais cela n’a aucun impact sur les prix habituels de ses créations, souligne-t-elle. « D’habitude, nous donnons aux clientes un délai d’une semaine pour récupérer leurs coutures, mais avec les préparatifs de la fête, le travail s’accumule. Ce qui fait que le délai peut aller au-delà d’une semaine », explique Mme Charifa, préférant jouer la carte de la sincérité avec ses clientes.
Les prix de ses coutures, renchérit-t-elle, varient en fonction du modèle choisi par la cliente. Ainsi, le plus grand prix de ses productions est estimé à 20 000 FCFA. Cependant, Il y a des coutures pour 15 000 FCFA, d’autres à 10 000 FCFA et 7 000 FCFA, a-t-elle précisé.

Mme Boubacar Amina, une cliente fidèle rencontrée dans ledit atelier, est venue récupérer la couture de sa fille, un modèle mélangeant wax et bazin. « Je suis très bien accueillie dans cet atelier et bien que la fête approche, les prix n’ont pas changé. Cet ensemble que je suis venue récupérer a été cousu à 20 000 FCFA », mentionne-t-elle.
Mme Maman Balkissa Abdoul Hayyou, une autre cliente trouvée sur le lieu, apprécie positivement le travail du patron de cet atelier et surtout son talent, son savoir-faire. « On y confectionne de jolis modèles et le personnel respecte toujours les rendez-vous. Actuellement je suis venue prendre mes habits cousus à 12 000 FCFA », témoigne-t-elle.
Certes, la clientèle est importante, mais Mme Charifa fait face à des obstacles dû à la non coopération de certaines clientes dans le payement des frais de leurs habits. « Il y a des clientes qui apportent leur pagne sans donner des avances. D’autres laissent même leur pagne jusqu’à 3 ans. Et, à force de rester pendant longtemps dans l’atelier, ces pagnes laissés finissent par disparaitre et les propriétaires reviennent demander le remboursement », se plaint-elle.
Toujours au grand marché, Mme Fatimatou Kalilou nage dans le monde de couture pour femmes il y a 23 ans de cela. Elle gagne sa vie grâce à ce métier. Pour les clientes, non seulement les anciennes restent toujours fidèles et elle accueille également des nouvelles clientes. « Avec les préparatifs de la fête, vraiment je remercie Dieu. Je reçois beaucoup de clientes, mais moins de bazin que d’habitude, c’est surtout les pagnes traditionnels et les lèches que je reçois le plus cette année, a-t-elle dit.
Les tarifs de ses coutures dépendent du modèle et de la qualité et aussi du type de pagne. « Par exemple, si le client achète le bazin à 10 000 FCFA, donc pour avoir un bon travail sur son bazin, il doit payer 20 000 FCFA. Et les broderies peuvent aller jusqu’à 20 000 FCFA », a expliqué Mme Fatimatou Kalilou.

Le travail de la jeune dame connait des difficultés dont des frais impayés des commandes délaissées pendant une longue durée. « Il y a des clientes qui apportent leur pagne sans donner des avances. D’autres abandonnent même leur pagne jusqu’à 3 ans. Actuellement, j’ai des coutures qui datent de 2 ans, d’autres 6 mois », a-t-elle confié. « Le message que j’adresse à mes clientes, c’est de venir récupérer leurs habits. Et quand vous apportez vos pagnes il faut motiver le tailleur avec de l’avance. Car si la personne apporte son pagne sans avance, c’est comme si elle nous demande de le déposer et non de le coudre », conclut Mme Fatimatou Kalilou.
Zouladeini A. Razinatou
(Stagiaire)
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Engouement dans les salons de coiffure
Dans un salon de coiffure situé à côté de la Place du Petit Marché de Niamey, l’animation bat son plein à l’approche de la fête de l’Aïd. Les lieux se remplissent progressivement de femmes qui viennent se faire belles, alors même que plusieurs de leurs consœurs s’apprêtaient à quitter le salon, satisfaites des services de beauté reçus. Ici, certaines femmes se font tresser tandis que d’autres confient leurs ongles à des techniciennes ou se font défriser les cheveux dans une atmosphère bon-enfant.

La patronne du salon accueille les clientes à longueur de journée avec un sourire aux lèvres et un esprit très convivial. Ici, une cliente rencontrée explique qu’elle habite loin de la ville mais préfère faire le déplacement car elle est une habituée des lieux. « Je viens de défriser mes cheveux pour que ma tresse de fête soit jolie. Depuis plus de 5 ans, je me coiffe ici à chaque fois que l’occasion se présente, surtout que les prix pratiqués dans ce salon sont plus compétitifs que par rapport aux autres établissements du même genre. Elle te lave les cheveux et les met dans le casque à seulement 700 F. La pédicure c’est à 2 000 FCFA, et pour les tresses, en fonction du modèle, c’est à partir de 1 000 FCFA », dit-elle.
Pour sa part, Mme Mimi, une jeune coiffeuse et esthéticienne du quartier Aéroport à Niamey, indique accueillir beaucoup de clientes à l’approche des fêtes. « Je n’ai pas d’heure fixe pour le travail. Je peux travailler de 6h à 1h du matin. Des fois, je me fais assister par ma sœur quand les clientes sont nombreuses. Le coup de peigne se fait à 700 FCFA, les tresses simples pour enfants, en fonction des cheveux, sont à partir de 1 000 FCFA et les tresses avec un paquet de mèches sont facturées entre 2 000 FCFA et 3 000 FCFA. Le défrisage, si le client amène son produit, on le fait à 1 500 FCFA, sans défrisant à 2 500 FCFA. Le bain d’huile commence à partir de 2 500 FCFA », a-t-elle expliqué.
Selon Mme Mimi, ces dernières années, les enfants viennent beaucoup plus au salon que leurs mères. « Une maman peut amener trois enfants ou plus avec elle pour des tresses simples, et pour d’autres le rasta. C’est un travail qui demande beaucoup de patience parce que ce n’est pas facile de tresser plusieurs têtes par jour », a-t-elle ajouté.
Mme Hannata, une cliente, affirme qu’elle adore bien faire ses soins de cheveux chez Mimi, surtout lors des grands évènements. « C’est une femme humble et qui s’occupe de moi, même quand je n’ai pas d’argent », a-t-elle conclu.
Rabi I. Guero (ONEP)
