Travaux de récupération des terres dégradées à Gagawa ...
Le PAM travaille en étroite collaboration avec le gouvernement du Niger et l’ONG Karkara pour mettre en œuvre un paquet de résilience intégré, pluriannuel et communautaire dans la commune rurale de Gangara. La commune compte 5 sites, tous financés par BMZ en 2022. Le site de Gagawa est situé à 120 km au nord de Zinder et à 15 km à l’Est de Gangara. C’est un vaste terroir qui connait un niveau de dégradation des ressources agrosylvopastorales, accentuant davantage la vulnérabilité de la population face aux effets du changement et de la variabilité climatiques. Dans ce village, le ciblage des ménages très pauvres conduit à travers l’approche participative communautaire a permis d’identifier 948 ménages constituant 6 498 bénéficiaires.
Loin de chercher de l’or ou un minerai de grande valeur, les braves femmes et hommes du village de Gagawa participent à un vaste projet de récupération de terres à travers la construction de demi-lunes. Une fois creusés, ces dispositifs permettront de retenir l’eau de pluie qui va nourrir les semences d’herbe versées dans ces trous pour donner du fourrage, tout en participant à la revalorisation de ces terres. En milieu rural, ces travaux portés par le PAM et réalisés par l’ONG Karkara sont une source de revenus importante et stable pour les villageois. Chaque demi-lune creusée est récompensée à hauteur de deux mille francs CFA.
Ce qui impressionne ici, ce sont les femmes qui, loin de rester derrière ou à l’écart, cumulent travaux ménagers et travail sur le site de récupération des terres dégradées. Pour celle-ci, la terre dure et sèche n’est rien face à leur détermination. Sourire aux lèvres, elles participent à la revitalisation de ces terres pour soutenir le village de Gagawa à s’émanciper et à prendre en main son avenir par le travail de la terre, les pépinières et d’autres activités connexes. La femme de Gagawa montre par sa détermination sa place de choix dans toutes les activités de développement du village. Même les moins fortes ou les plus âgées s’associent à deux ou à trois pour creuser.
Dans la commune rurale de Gangara, les efforts déployés par le PAM, les services techniques communaux de l’environnement et l’ONG Karkara ont permis la récupération de plus de 510 hectares de terres dégradées et plus de 190 hectares récupérés sur le site du village de Gagawa. Ce qui contribue significativement à l’effort des services de l’environnement qui ambitionnent de récupérer plus de 220 000 hectares de terres dégradées par an à l’échelle nationale.

Halima Aboubacar est dans la quarantaine. Mère au foyer, elle a confié faire ce travail pour remplacer sa mère rattrapée par le poids de l’âge. « Avec ce que nous gagnons, nous parvenons à faire du petit commerce et cela permet d’avoir de l’argent pour financer d’autres besoins du quotidien. Dès l’aube, on se réveille pour faire les travaux de la maison pour pouvoir venir tôt sur le site. Des fois, on peut se retrouver avec plus de trente mille francs CFA par mois », s’est-elle réjouie.
Selon le chef du village de Gagawa, M. Abdoulaye Louché, ce travail est une aubaine pour sa communauté dont, à pareil moment de l’année, beaucoup d’hommes seraient déjà partis très loin de leurs familles. « Mais, grâce à ce qu’on gagne dans ces travaux de demi-lunes, les hommes et les femmes sont tous ici. Beaucoup de personnes ont pu s’offrir plusieurs biens parce que certains ont beaucoup d’animaux, d’autres ont construit des logements », a-t-il noté. Le chef du village a aussi expliqué que, grâce à l’argent que les villageois perçoivent, une cotisation a été mise en place afin de créer une banque alimentaire locale. « Nous avons une banque alimentaire que nous avons mise en place. Il a été demandé à chacun de verser comme cotisation chaque mois la somme de cinq cents francs CFA », a indiqué M. Abdoulaye Louché.
Ainsi, pour accompagner cet effort, a ajouté le chef de village, des champs ont été mis à la disposition de la communauté pour que la récolte soit reversée dans la banque. « Actuellement, nous avons dans la caisse du village plus de deux millions de francs CFA et plusieurs tonnes de céréales. En période de pluie, on sort ces céréales et on les vend à prix modéré aux villageois et, dans ces mêmes céréales, on prend des semences qu’on sème dans les champs pour remplacer les céréales vendues », a-t-il confié. M. Abdoulaye Louché a par ailleurs fait remarquer que ces activités de demi-lunes ont permis de réduire les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs, car le fourrage et l’eau retenus dans le dispositif font que les bergers ne s’approchent plus des champs en période d’hivernage.
Une pépinière communautaire pour le reboisement de la terre récupérée
Pour assurer la rentabilité des ouvrages et leur mise en valeur, le PAM a financé en 2022 la production des plants et l’achat des semences herbacées. A Gagawa, sur une parcelle de plus de 400 mètres carrés juxtaposée au centre de santé intégré, M. Nassirou Garba et une dizaine de femmes du village s’occupent d’une pépinière mise en place grâce à l’accompagnement du PAM et des services techniques des Eaux et Forêts. Les plants ainsi semés, arrosés et élevés jusqu’à maturité sont par la suite revendus au PAM à raison de 50 francs CFA l’unité puis plantés sur les sites de récupération des terres. « Nous avons tellement de terres dégradées, les arbres sont morts, ils nous ont donc accompagnés en nous clôturant cet espace, en mettant à notre disposition des semences. Dieu merci, avec les bénéfices de la vente de plants au PAM, nous avons l’année dernière pu acheter quatorze sacs de mil que nous stockons. Nous avons également offert deux cent (200) mille francs CFA aux femmes transformatrices et mis à leur disposition quatre machines d’extraction d’huile, nous avons aussi apporté une contribution au CSI pour l’achat de médicaments », a apprécié M. Nassirou Garba.
Les ventes de plants de cette pépinière rapportent aujourd’hui deux millions de francs CFA par an au village de Gagawa. Cette activité, qui a débuté il y a cinq ans, a permis de replanter des milliers d’arbres sur les sites de récupération, facilitant ainsi l’approvisionnement en plants et le retour progressif de la végétation. « Dieu merci, nous avons vu les bienfaits sur les surfaces plantées, les arbres ont bien poussé. Au moins 75% des arbres sont là. L’année dernière, un autre projet est arrivé et nous lui avions vendu 40 000 plants à 75 francs l’unité, mais quand c’est le PAM qui achète, nous le lui vendons à cinquante francs CFA. Notre souhait est de voir notre pépinière prospérer, et ce même après le départ du PAM », a souhaité le président du comité chargé de la gestion de la pépinière.

Dans l’optique de durabilité et de pérennisation des acquis de ce projet, une stratégie dite de progression est mise en œuvre au niveau de tous les villages, avec pour objectif de pérenniser les résultats du projet. À cet effet, plusieurs activités de renforcement de capacités et d’accompagnement sont mises en œuvre dans cinq villages rattachés au site de Gagawa, dont les banques céréalières pour réduire les difficultés d’approvisionnement en vivres en période de soudure et le hangar à foin qui est un filet de sécurité pour le bétail et les éleveurs.
Au niveau de ce site, les habitants du village de Gagawa ont témoigné que, depuis le début du projet, une nette baisse de l’exode rural s’observe surtout au niveau des ménages bénéficiaires des activités du projet. De manière générale, ils ont souligné l’importance de l’assistance qu’ils reçoivent pendant la période de soudure et cela leur a permis de travailler dans leurs champs à plein temps, sans aller travailler dans les champs des plus nantis afin de subvenir à leurs besoins.
Hamissou Yahaya (ONEP)
