Dr Elisabeth Shérif
La ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Elisabeth Shérif, était, dans la soirée du dimanche 31 mai 2026, l’invitée de la RTN pour présenter le bilan de son Ministère. Elle a présenté sans aucune ambiguïté une vision globale des réformes entreprises par son département ministériel pour améliorer la qualité de l’enseignement, renforcer les infrastructures scolaires et garantir à chaque enfant un accès durable à l’éducation. L’accent a été mis surtout sur les efforts engagés pour lutter contre les abandons scolaires, améliorer les conditions d’apprentissage, valoriser le métier d’enseignant et adapter l’école aux réalités nationales.
La ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues a estimé que l’école nigérienne tient débout en dépit des défis internes qu’elle rencontre et qui concernent l’offre éducative elle-même, ses capacités, sa qualité, son adéquation à nos réalités et son impact. En ce qui concerne les défis liés à l’offre éducative et ses capacités, ce sont les difficultés qu’a l’école nigérienne aujourd’hui de répondre véritablement et de manière effective aux besoins infrastructurels auxquels elle est confrontée, aux besoins d’enseignants de qualité. Quant aux défis liés à la qualité de l’offre éducative, c’est son inadéquation avec les préoccupations de la société et son incapacité à garantir l’insertion des jeunes. Il y a aussi le défi de la gestion rationnelle et transparente des ressources matérielles et humaines qui sont confiées à ce sous-secteur.
A ceux-là s’ajoutent les défis externes au système éducatif, à savoir les aléas climatiques, les pesanteurs sociales, la vision que l’on a jusqu’à présent dans certaines localités pour inscrire les enfants à l’école d’une manière générale, et plus particulièrement les filles et les enfants handicapés. Il y a des facteurs étatiques, le contexte dans lequel se trouve l’État qui conditionne également l’offre éducative, l’évolution sociopolitique ces dernières années et les défis sécuritaires qui impactent le fonctionnement de l’école. Nonobstant ces défis, l’école nigérienne, a souligné Dr Elisabeth Shérif, a un atout formidable : des acteurs qui sont prêts à œuvrer pour que l’école avance véritablement dans le sens souhaitable ; la détermination politique des plus hautes autorités.
La déperdition scolaire : un défi majeur du système éducatif nigérien
Pour répondre à cette problématique, le Ministère, a dit Dr Elisabeth Shérif, a renforcé les programmes d’alimentation scolaire dans plusieurs localités en vue d’encourager le maintien des élèves à l’école. Aussi, des campagnes de sensibilisation sont menées auprès des communautés pour promouvoir la scolarisation, notamment celle des filles. La ministre a souligné que la réussite de ces actions passe par une forte implication des familles, des leaders communautaires et de l’ensemble des acteurs de l’éducation. Elle a reconnu par ailleurs que la fiabilité des statistiques éducatives constitue un défi majeur. Néanmoins, les données disponibles montrent que le taux de scolarisation diminue progressivement au fur et à mesure que les apprenants avancent dans leur cursus. « Le taux de scolarisation, au primaire est d’à peu près 67 %. Environ 25% au collège et ça va un peu en déclinant, ce qui démontre une certaine déperdition scolaire. « Face à cette situation, nous essayons de faire le nécessaire pour que nous puissions maintenir le plus longtemps que possible nos enfants dans une école qui a changé de paradigme et qui leur permettrait non seulement de rester, mais aussi d’acquérir des compétences qui leur permettraient de s’insérer dans le tissu socio-économique et de contribuer au développement de notre nation ».
Mise en œuvre d’actions ciblées pour une école plus performante
Afin de mieux comprendre les causes de ces difficultés, le Ministère a entrepris un vaste travail de diagnostic visant à identifier les facteurs structurels qui freinent les performances de l’école nigérienne. Cette démarche a permis de proposer un certain nombre de réformes visant à améliorer durablement les conditions d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit notamment des efforts réalisés dans le domaine des infrastructures. La ministre a fait savoir que la politique nationale de construction scolaire a permis la réalisation de 3 331 salles de classe en moins de trois ans. Aussi, plusieurs autres infrastructures sont programmées pour répondre aux besoins grandissants du secteur. Pour elle, la résolution des difficultés passe par une reconnaissance lucide des problèmes existants et une mobilisation collective des ressources disponibles.
C’est pourquoi, a souligné Dr Elisabeth Shérif, depuis 2023 son département ministériel travaille en étroite collaboration avec ses partenaires pour mettre en œuvre des solutions durables. Elle a en outre rappelé que les problèmes du système éducatif ne datent pas d’aujourd’hui et qu’elles sont le résultat de plusieurs décennies. « Nous ne pouvons répondre valablement à ce rendez-vous qu’en nous écoutant. Les problèmes de l’école nigérienne n’ont pas commencé avec le CNSP. Nous sommes d’une certaine manière condamnés à regarder ces problèmes en face avec beaucoup d’humilité, beaucoup d’objectivité pour pouvoir les résoudre. La question des infrastructures, mais aussi celle de la vision que certaines localités ont jusqu’à présent vis-à-vis de l’école ». Le gouvernement accorde également un intérêt à la scolarisation des filles. Des milliers des jeunes bénéficient dans le cadre de la Stratégie nationale de scolarisation et de formation des filles, de bourses destinées à soutenir leur maintien à l’école. Elle a cependant insisté sur la nécessité de garantir la transparence dans l’attribution de ces aides afin qu’elles profitent effectivement aux élèves les plus vulnérables.
La qualité de l’enseignement
Parlant de la qualité de l’enseignement, la ministre a défendu la restauration du Certificat de Fin d’Etude du Premier Degré (CFEPD), une décision intervenue après des évaluations ayant révélé d’importantes lacunes chez de nombreux élèves entrant au collège. D’après elle, les évaluations internes qui avaient remplacé cet examen ne permettaient plus d’apprécier objectivement les compétences réelles des élèves. La restauration du CFEPD a fait l’objet d’une large concertation avec les enseignants, les encadreurs pédagogiques et les partenaires de l’éducation. Malgré les contraintes économiques, les autorités ont choisi de financer cette forme afin de revaloriser le niveau de l’enseignement. Elle a affirmé que cette mesure a permis de réintroduire la culture de l’effort, du mérite et de la responsabilité au sein du système éducatif. Selon la ministre, les premiers résultats observés sont encourageants. Ils indiquent surtout une hausse du taux de promotion en classe de sixième et une baisse de taux des redoublements et des exclusions. Ces perfectionnements traduisent, a-t-elle dit, un retour progressif vers une école tournée davantage vers la qualité des apprentissages que la simple recherche des statistiques favorables. L’amélioration du niveau scolaire, c’est aussi la disponibilité des manuels, l’amélioration des équipements pédagogiques et la modernisation des méthodes d’enseignement. Pour cela, Dr Elisabeth Shérif a annoncé que plusieurs initiatives ont été engagées pour renforcer les ressources éducatives et soutenir l’activité des enseignants.
L’insécurité : un défi de plus pour l’école nigérienne
La ministre a reconnu la perturbation des activités scolaires dans certaines régions du pays à savoir Tillabéri, Tahoua, Diffa et certaines zones de Dosso et Maradi par des menaces sécuritaires. Face à cette situation, a-t-elle soutenu, le Ministère a multiplié les concertations avec les autorités administratives, les FDS et les communautés locales en vue de garantir la continuité de l’éducation. Grâce aux mesures prises, plusieurs milliers d’enfants ont pu réintégrer le système éducatif. La réforme des programmes scolaires occupe également une place de choix dans la stratégie gouvernementale. Pour cela, a expliqué Dr Elisabeth Shérif, un comité national chargé de revoir les curricula a été mis en place afin de les adapter davantage aux réalités sociales, culturelles et économiques du Niger.
La ministre considère que l’école doit former des citoyens enracinés dans leur culture, tout en étant capable de répondre aux exigences du monde moderne. Elle a, à cet effet, rappelé que l’introduction éventuelle de l’enseignement religieux fait partie des réflexions en cours. Toutefois, la ministre a estimé que l’essentiel demeure moins dans l’ajout de contenus religieux que dans la promotion effective des valeurs de vérité, d’intégrité, de paix et de respect mutuel. La qualité morale d’une société dépend selon elle, de la capacité de chacun à mettre en pratique ces principes dans sa vie quotidienne. Dans le même ordre d’idées, l’éducation civique et morale a été réintroduite au niveau des collèges depuis 2023. Cette discipline vise à renforcer le civisme, la tolérance, le respect des différences et le vivre-ensemble. La ministre a estimé que la prévention de l’extrémisme et des comportements à risque passe avant tout par l’éducation aux valeurs citoyennes.
S’agissant de la discipline scolaire, elle a insisté sur le rôle central des familles. Dr Elisabeth Shérif a précisé que la mission principale de l’école est d’instruire, tandis que l’éducation morale relève d’abord de la responsabilité des parents. Elle a d’ailleurs invité les instructeurs et les parents d’élèves à collaborer pour assurer un encadrement efficace des enfants. Elle appelle ainsi à une meilleure collaboration entre l’école et les parents afin d’assurer un encadrement efficace des enfants.
« Je réaffirme mon engagement en faveur de la restauration de l’autorité de l’enseignant car ces derniers demeurent les principaux artisans de la formation des futures générations et méritent plus de considération. C’est dans cette perspective que mon département ministériel a renforcé le dialogue avec les syndicats et investi dans la formation continue du personnel éducatif ». A ce titre, a-t-elle affirmé, des dizaines de milliers d’enseignants ont déjà bénéficié de formations à travers les Centres d’animation pédagogique et d’autres dispositifs spécialisés. Pour la ministre, un enseignant bien formé, compétent et valorisé constitue la meilleure garantie d’une éducation de qualité.
Aussi, a fait savoir Dr Elisabeth Shérif, le gouvernement œuvre pour la promotion des sciences. Face à la baisse du nombre d’élèves orientés vers les filières scientifiques, les autorités ont créé le Collège scientifique de Niamey, dont les premiers résultats sont jugés très satisfaisants. Cette expérience est progressivement étendue à d’autres régions du pays afin de former des compétences dont le Niger a besoin pour son développement. En outre, la ministre a souligné l’importance du numérique dans la modernisation du système éducatif. Elle a relevé que des équipements informatiques ont été déployés dans les écoles normales et les structures d’encadrement pédagogique. Des bibliothèques numériques et des plateformes éducatives sont également développées afin de faciliter l’accès au savoir et d’améliorer la formation des enseignants. A travers ces réformes, la ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues affirme sa volonté de bâtir une école plus performante et davantage adaptée aux réalités du pays.
Malgré l’ampleur des défis, elle se montre confiante quant à la capacité du système éducatif nigérien à se redresser grâce à l’engagement des enseignants, des familles, des partenaires et des autorités.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
