Le département de Tanout est une zone à vocation essentiellement agro-pastorale. La zone est toutefois connue sous le vocable de « Damergou ». Ce département était l’un des grands foyers de production de mil par excellence, ainsi que d’autres produits agricoles de grande consommation à l’échelle nationale. Il s’agit du haricot et du gombo, deux produits saisonniers phares dont le Damergou continue à garder jalousement le label. Les marchés de Bakin-Birji, de Guézawa et surtout celui de Tanout sont révélateurs de l’importance de la production du mil, du haricot et du gombo, même si par ailleurs les acteurs de la chaîne de production et de commercialisation de ces produits agricoles se plaignent beaucoup, cette année, des caprices de la saison des pluies, symptomatiques du climat sahélien.
Mais qu’à cela ne tienne, les producteurs du département de Tanout ont récolté le minimum et la présence de ces produits agricoles sur les principaux marchés de la zone est la preuve éloquente que le déficit reste maîtrisable avec les cultures de contre saison, un domaine qui mobilise tant les populations de la zone. Tanout s’organise, les vaillantes populations travaillent durement la terre avec des moyens, certes rudimentaires, pour gagner leurs vies.

En cette fin d’année 2025, à l’entrée de la ville en venant de Zinder et sur l’axe Tanout- Kellé-Kellé, des champs de gombo sont visibles et à perte de vue. Il en est de même pour le niébé. Le caractère tardif de ces deux produits agricoles résulte de la nature du sol du Damergou. Le département de Tanout dispose, selon le directeur départemental de l’Agriculture, M. Laouali Salé, de terres fertiles dont les bas-fonds constituent le lieu de prédilectionde production des principales cultures de la zone. Le niébé et le gombo sont des plantes qui se régénèrent avec la fraîcheur et surtout après des pluviométries furent abondantes. Les populations privilégient les variétés locales et les préservent scrupuleusement pour les générations futures. Pour le niébé, deux principales variétés locales sont connues et font l’objet d’une sauvegarde accrue. Il s’agit des variétés « Sa baban-sata » et « Katchéni-Baoudé ».
La singularité de ces variétés réside dans le fait qu’elles ont un cycle de production long. En plus, les graines de ces variétés sont particulièrement grosses par rapport aux autres types de niébé. En ce qui concerne le gombo, les variétés locales inventoriées par le service de l’Agriculture sont au nombre de 49 types. Mais elles n’appartiennent pas exclusivement au département de Tanout. Ces variétés sont cultivées dans la bande allant de Tanout à Mirriah en passant bien évidemment par Damagaram-Takaya et Zinder. Les populations les différencient à travers l’abondance des fruits dont certains longs et autres courts, ainsi que le cycle de production tardif.
Le groupement féminin Hadin-kay Damergou envisage la culture de contre saison …
Appelée d’urgence à la mairie de Tanout par l’administrateur délégué de la commune, Mme Fouré Masko, présidente du groupement féminin Hadin-kay Damergou, répond avec célérité, les minutes qui suivent, ce jeudi 25 décembre 2025. Ce groupement est composé de 36 femmes qui excellent dans au moins 10 types d’activités dont les plus emblématiques sont la production et la vente de gombo local, la production et la transformation du niébé, la vente du fromage, la cueillette et la vente d’une feuille sauvage fortement consommée localement appelée « tchéchégou », etc. « Nous exerçons ces activités non seulement pour l’autonomisation féminine, mais aussi pour participer au développement de l’économie locale et à la gestion de l’équilibre du foyer. Nous aidons nos maris à surmonter les périodes de soudures », explique ce leader féminin sur un ton plein de sagesse.
Ce groupement féminin envisage aussi d’expérimenter les cultures de contre saison dans la perspective de lutter efficacement contre la soudure et pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire conformément à la vision des autorités actuelles réunies au sein du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et du gouvernement. Dans cette optique, il souhaite avoir des appuis pour une durabilité de l’activité.
L’accès des femmes à la terre
Pour produire, il faut nécessairement avoir accès à la terre. Si l’accès des femmes à la terre avait constitué une problématique majeure et continue dans nombre de contrées au Niger, à Tanout, certaines femmes avaient hérité de la terre pour pouvoir cultiver. C’était à une époque où la pression foncière n’était pas exacerbée. La présidente du groupement des femmes Hadin-Kay estime que c’est une aberration d’exclure une grande partie de la population nigérienne par rapport à l’accès à la terre. Les statistiques nationales sur la démographie sont assez édifiantes. Mme Fouré Masko dont le groupement féminin est affilié à l’association pour le développement de l’Agriculture au Niger (ADN ANKOUTASS) affirme avoir hérité de deux grands champs auxquels s’ajoute un autre espace obtenu à travers une répartition de l’Etat il y a de cela plusieurs années. Elle cultive dans ses champs du gombo, du maïs, de la pastèque, du cor chorus, etc.

Le groupement féminin Hadin-Kay Damergou a été créé en 2021 et travaille sans répit pour l’autonomisation de la femme dans le département de Tanout. En bonne campagne agricole, Mme Fouré déclare avoir récolté plus de 20 sacs de gombo. La Tiya du gombo se vend au marché de Tanout à 1 500 voire 2 000F.
Ce groupement évolue aussi dans des activités de production du savon liquide et la vente du fromage produit par les femmes des éleveurs de la zone, etc. Avec le groupement, les femmes épargnent, chacune en fonction de ses capacités et de ses moyens. Cette épargne ou tontine est effectuée chaque semaine. Certaines femmes membres du groupement épargnent 500 FCFA, tandis que d’autres versent jusqu’à 1 000 FCFA. En termes de formation des membres du groupement, Mme Fouré Masko rappelle que la dernière formation reçue remonte à l’époque du Président Tandja où un ressortissant d’un pays côtier leur a appris les techniques de fabrication de savon liquide. « C’était une formation payante, soit 2 500 FCFA par semaine. L’année suivante, un autre jeune formateur venant de la région d’Agadez avait perfectionné nos connaissances dans le processus de réalisation du savon liquide en raison de 2 000 FCFA, un prix forfaitaire pour bénéficier de la formation », renchérit Mme Fouré Masko.
Une campagne agricole loin des attentes des producteurs
Cette année, la campagne agricole dans le Damergou n’a pas du tout répondu aux attentes des producteurs. Selon le président des producteurs agricoles de Tanout, M. Mahamadou Souley alias Katcha, le déficit agricole est énorme en attendant l’officialisation des chiffres par les services compétents. Cependant, il y a lieu de relever un aspect qui a fortement pesé sur la balance de la campagne agricole. « Tous les producteurs ayant effectué les semis lors de la première pluie enregistrée au mois de mai 2025, ont récolté une bonne production du mil en fonction du travail accompli. Par contre, les réticents qui ont joué au malin n’ont rien compris. Comparativement à l’année passée, le département de Tanout est nettement déficitaire aussi bien sur la production du mil, du sorgho que sur celle du niébé cette année », précise-t-il.

Malgré les irrégularités des pluies liées au changement climatique, deux variétés locales du mil sont cultivées à l’échelle du département de Tanout. Il s’agit en l’occurrence de la variété appelée « Ankoutass » et une autre variété dénommée « Bahangouré » cultivée principalement dans la zone de Bakin-Birji. « La particularité de ces deux variétés savamment sauvegardées dans le département de Tanout réside dans le fait qu’elles résistent aux différentes pauses de sécheresse d’une part et ont un bon rendement à l’hectare. Le cycle de production de la variété Ankoutass est relativement long parce qu’elle atteint 90 à 120 jours. En plus, lorsqu’elle est en maturité, aucun ennemi de culture ne peut la ravager tant les graines sont bien bâties. A côté de ces variétés locales, il y a aussi des nouvelles variétés qui émergent. On peut citer, entre autres : « Sosane » et HKP. Ces deux variétés ont un cycle de production court, soit 70 à 90 jours. Elles résistent aussi à la sécheresse », a ajouté M. Mahamadou Souley, précisant que des actions de sensibilisation sont menées auprès des producteurs pour les convaincre à cultiver les variétés améliorées dont le cycle de production s’adapte au climat.
Comme tous les secteurs de la vie socio-économique, celui de l’agriculture connaît une multitude de problèmes à Tanout. Le véritable problème qui hante l’esprit des producteurs agricoles du Damergou, c’est la collaboration avec les éleveurs. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont monnaie courante dans ce département. Alors que l’agriculture et l’élevage vont de pair parce qu’ils sont complémentaires. La cohabitation pacifique est ici indispensable pour renforcer la cohésion sociale et le nécessaire vivre-ensemble.

Le secrétaire de la coordination départementale de l’Association pour la Redynamisation de l’Elevage au Niger (AREN), M. Oumarou Garba, prône le dialogue, comme outil efficace pour le règlement des conflits. La saison tardive, spécifique à la zone de Tanout est à l’origine des incompréhensions entre les agriculteurs et les éleveurs. « Notre association défend tout naturellement l’intérêt et les droits des éleveurs. Cette année, en dépit du déficit fourrager dans les enclaves pastorales, le département de Tanout a enregistré une série de feux de brousse ayant ravagé une grande partie de l’espace fourrager. C’est dire que nous allons assister à une crise pastorale liée au manque de fourrage. Le tapis herbacé s’est asséché très vite, précisément au mois d’août. Quant aux cours d’eau, ils n’ont pas fait le plein pour permettre aux troupeaux de s’abreuver tout au long de l’année. Les éleveurs seront obligés de se rabattre sur les forages et puits. Et les ressources en eaux sont partagées entre les agriculteurs sédentaires et les éleveurs. La cohabitation est souvent source de conflits », relève le secrétaire général de la coordination départementale de l’AREN.
Une production fourragère mitigée
Zone pastorale par excellence, le département de Tanout connaît cette année un déficit fourrager sans précédent. La mauvaise campagne agricole due à une mauvaise répartition des pluies dans le temps et dans l’espace est à l’origine de l’insécurité pastorale qui se profile à l’horizon surtout dans la partie dédiée au pâturage. Cependant, la production fourragère est satisfaisante dans les enclaves agricoles. Elle est moyenne dans la partie Nord-Est en l’occurrence dans la commune de Tenihya où la biomasse herbeuse est fortement importante. Les quelques foyers de production fourragère acceptables ont été ravagés par des feux de brousse. Selon le secrétaire général de la préfecture de Tanout, M. Mounkaila Djibo, les feux de brousse enregistrés au cours de la deuxième décade du mois d’octobre 2025 ont littéralement réduit en cendres une importante partie du pâturage. « Au total, 309 284, 54 ha ont été brûlés et 230 914,91 tonnes de biomasse détruites. Et le plus souvent, les auteurs de ces actes ignobles n’ont malheureusement pas été retrouvés », déplore le secrétaire général de la préfecture de Tanout.
Hassane Daouda, Envoyé Spécial
